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Couverture maladie universelle : Des débuts mitigés

Publié le 19 novembre 2014 par Pape Adama Touré

Le 20 septembre 2013, le lancement de la CMU se faisait en grandes pompes. Un an après, les débuts sont encore timides.

Le Sénégal a réalisé d’énormes progrès dans la mise en œuvre de la CMU», lançait dernièrement le Pr Seydou Badiane, coordonnateur de la cellule d’appui à la Couverture Maladie Universelle (CACMU). Depuis le 1er octobre 2013, le dispositif a déjà été mis en branle et la couverture maladie universelle (CMU) déroule. Dans cette première phase, les autorités sanitaires ont ciblé la petite enfance. Même si les débuts sont prometteurs et que d’importants progrès ont été réalisés, le taux de mortalité s’élève encore à 72‰ chez les enfants de moins de 5 ans.

Depuis le début de cette mesure sociale, les structures pédiatriques de santé de Dakar ont vu leur fréquentation augmenter dans une plus ou moins grande mesure.

Selon le bilan de la CACMU, l’analyse des données du dernier trimestre de 2013 et celle du mois de juin 2014 montrent globalement qu’il y a une bonne dynamique dans les départements pilotes.
Concernant la gratuité des soins pour les enfants de moins de cinq ans, depuis la mise en œuvre de l’initiative, environ 700.000 enfants ont été consultés, 318.771 ont été vaccinés et 58.917 ont été hospitalisés.
Du côté de l’hôpital Albert Royer, structure pédiatrique de référence, les deux espaces réservés à l’accueil sont pleins dès 9h 30. «Il est vrai qu’il y a un manque d’information. Certaines personnes ne comprennent pas et pensent que tous les enfants, quel que soit leur problème, sont pris en charge. Ce n’est pas le cas. Surtout au début, il y avait une grande affluence mais maintenant, ça revient un peu à la normale. On se bat sur la prise en charge avec les cas de gastroentérite qui dominent le suivi des infections respiratoires aigues», ajoute le Dr Ndiaye, médecin dans cette structure pédiatrique.
Par contre, dans d’autres structures, la réalité diffère souvent de celle d’Albert Royer. Pour les enfants par exemple, les tickets de consultation, de vaccination et d’hospitalisation devaient être gratuits dans tous les postes et centres de santé, ainsi que pour les urgences hospitalières. Ce n’est pas le cas partout. De plus, la définition des paquets souffre d’une bonne harmonisation. Dans nombre de structures également, la gratuité des médicaments comme promis au départ, ne figure pas dans la prise en charge des enfants.

Nombre de structures (postes de santé en banlieue surtout) n’ont pas bien pris le rythme de cette mesure ou ne l’appliquent pas encore comme le veut la nouvelle politique. Pis, les quelques parents interrogés avouent ne même pas être bien au fait de la mesure. Sans nul doute, cela explique pourquoi dans le plan d’information et de communication de la CMU, l’accent a été surtout mis sur la nécessité d’arriver à une compréhension plus élargie de la couverture maladie universelle. Car d’après les autorités sanitaires, 80% des personnes cibles ignorent le concept, d’autres par contre (20%), n’en ont qu’un aperçu.

Démarrage timide

Malgré le lancement officiel de la CMU et l’effectivité de la gratuité pour les enfants de moins de cinq ans, peu de Sénégalais semblent bien informés, et les professionnels de la santé, avertis au dernier moment, s’inquiètent encore de la mise en œuvre de la gratuité des soins. En effet, beaucoup redoutent aujourd’hui des difficultés de recouvrement, une surcharge de travail sur des personnels déjà bien en deçà des normes. Le spectre du plan Sésame plane toujours. D’après certaines informations glanées ça et là, nombre de structures (postes de santé en banlieue surtout) n’ont toujours pas pris le rythme de cette mesure ou ne l’appliquent pas encore comme le veut la nouvelle politique. Pis, les quelques parents interrogés avouent ne pas être bien au fait de la mesure.
D’ailleurs, dans le plan d’information et de communication, l’accent a été surtout mis sur la nécessité d’arriver à une compréhension plus élargie de la couverture maladie universelle car, d’après les autorités sanitaires, 80% des personnes cibles ignorent le concept, d’autres par contre (20%), n’en ont qu’un aperçu.

Pourtant, dans le cadre du système de couverture à la prise en charge des travailleurs du secteur privé, il était prévu la mise en place d’un fonds de garantie pour le renforcement de la gouvernance des IPM. D’abord, les soins devraient devenir plus accessibles. Grâce à la généralisation de la CMU, plus de la moitié de la population devrait être couverte d’ici à 2017, promettent encore les autorités. Alors que la couverture (consultations seulement) n’est accessible jusqu’à présent que pour les enfants de 0 à 5 ans, les médicaments devraient être aussi gratuits pour les personnes indigentes tant que cela ne dépasse les conditions souscrites dans les «paquets». Car, il faut le souligner, la couverture maladie universelle ne signifie pas gratuité totale puisque chaque Sénégalais devra s’acquitter d’une cotisation annuelle de 7 000 F CFA, subventionnée pour moitié par l’État - et en totalité en faveur des 20 % de ménages les plus pauvres. Pour ce faire, un travail de ciblage a été déjà fait, se basant sur la base de données obtenue dans le cadre des bourses de sécurité familiale.

Si l’objectif du Plan stratégique de développement de la CMU 2013-2017 est d’atteindre un taux de couverture de 75 %, le dispositif pour y parvenir, s’appuie d’abord sur le renforcement et la multiplication des mutuelles de santé communautaires, dont le nombre devrait passer de 250 à 500.

En attendant, de nombreuses contraintes persistent. Outre le cadre juridique tant réclamé par les acteurs du secteur de la santé. Elles ont pour noms : difficulté d’accès aux services de santé de qualité, insuffisance des ressources (humaines et matérielles) pour la prise en charge des questions de santé, plateau technique obsolète des structures de référence, dette des hôpitaux, insuffisance quantitative et qualitative du personnel de santé pour la plupart concentré à Dakar… A cela s’ajoute la question du financement qui représente sans doute le plus gros défi pour le Sénégal pour la mise en œuvre de sa politique de couverture maladie universelle. Si l’on sait que les ressources domestiques sont loin de suffire, le pays devra à la fois renforcer la part de son budget dédié à la santé et accroitre le soutien extérieur via une aide budgétaire sectorielle des partenaires techniques et financiers. Sauf quoi, un sous-financement et une mauvaise préparation peut mener à l’échec d’une politique de gratuité des soins ou de protection sociale.
Ce sont autant d’éléments qui concourent à une mise en œuvre correcte de la CMU et qui ne sont pas encore au rendez-vous. Du coup, la route reste encore longue dans un pays où la santé est un vrai luxe.

La mutualisation en marche

ce jour, les autorités sanitaires font état de l’implantation de 106 nouvelles mutuelles de santé et une vingtaine en cours de restructuration dans les 14 départements de concentration, à travers l’approche ‘Décentralisation et assurance maladie’ (DECAM) avec l’adhésion de 28.293 nouvelles personnes.
A travers le renforcement des politiques de gratuité existantes telles que les soins destinés aux personnes âgées de 60 ans et plus (Plan sésame) et aux femmes enceintes, on note d’une part, un plan de relance et un remboursement de la dette de tous les districts de santé en charge des personnes âgées d’un montant de 1.037.989.552 F CFA ; d’autre part, la gratuité de la césarienne sur toute l’étendue du territoire national avec un remboursement de 85.000 F CFA aux différentes structures de santé où se pratiquent ces césariennes. D’après les chiffres de la CACMU, environ 12 mille femmes auraient bénéficié de cette gratuité dès son lancement.

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