Construction de l’hôpital du futur - LE rêve devenu promesse

Pour limiter les évacuations vers l’Occident ou le Maghreb et offrir les meilleurs soins aux Sénégalais, l’Hôpital Aristide le Dantec prépare sa mue avec un projet de reconstruction révolutionnaire. En lieu et place des unités centenaires, sera entièrement reconstruit sur le même site, un hôpital ultramoderne pour répondre aux besoins des patients, médecins, chercheurs et préparer le futur.

n hôpital du futur à construire aujourd’hui sur un site du passé ? C’est évident, le défi est de taille. Futuriste certes, mais loin d’être utopiste. Au contraire, l’équipe en charge de conduire le projet promet que c’est très faisable voire incontournable pour le Sénégal. Centenaires, les unités de soins de l’Hôpital Aristide Le Dantec (HALD) sont depuis longtemps obsolètes et ne nécessitent plus une réhabilitation mais une reconstruction complète, explique le Pr Cheikh Tidiane Touré, chirurgien par ailleurs coordinateur du projet de reconstruction de l’hôpital du futur. «Nous sommes arrivés au constat que Le Dantec ne peut pas être rénové parce qu’il ne répond plus aux normes d’un hôpital moderne. L’hôpital Le Dantec a plus de cent ans, et comme on peut le constater, les infrastructures et les équipements sont obsolètes. Nous arrivons tout de même à faire diverses interventions sauf certains actes comme les greffes par exemple qui exigent un environnement particulier. Nous sommes frustrés de voir que beaucoup de Sénégalais vont se soigner pas seulement en Occident mais maintenant dans des pays maghrébins qui, il n’y a pas longtemps, n’étaient pas plus avancés que notre pays», souligne le Pr Cheikh Tidiane Touré. Les Assises de l’Hôpital Aristide Le Dantec, tenues en 2005 à l’Hôtel Ngor-Diarama, avaient permis de faire un diagnostic de l’établissement sous tous ses aspects et de formuler une recommandation majeure : la reconstruction complète de l’hôpital sur son site actuel. Le Professeur Touré avait alors été désigné comme coordonnateur du projet « Hôpital A. Le Dantec Nouveau ».

Etablissement public de santé de niveau 3, le CHU Le Dantec s’est donc fixé depuis dix ans maintenant, des objectifs ambitieux en termes de médecine de pointe, avec une modernisation des équipements qui constitue l’un des axes majeurs de cette reconstruction.
Plus convivial, plus performant et mieux conçu pour les soins, l’hôpital du futur va être doté d’un plateau technique ultraperformant et d’un système d’informatisation de dernière génération. Standing digne d’hôtel cinq étoiles avec au maximum deux lits par chambre, zone VIP avec des suites pour personnalités, salles de cours, amphithéâtre de 300 places, espaces pour thalassothérapie, zone de stationnement pour hélicoptère, restaurants… Dans une ère très «green», l’architecte sénégalais Malick Mbow, a pensé à un hôpital très éclairé où l’implantation du site tient compte de l’ensoleillement pour un gain énergétique. Tel est le futur visage que voudrait présenter l’Hôpital Aristide Le Dantec (HALD). Objectif : soigner d’abord l’espace, améliorer le confort des patients et surtout mettre le tout en conformité avec la vocation initiale de ce centre hospitalier universitaire (CHU) et dans le respect des normes internationales. «Le président Wade avait dit qu’il allait déguerpir Le Dantec de la ville et qu’il n’y mettrait plus un seul franc. Nous avions dit non, il faut que l’hôpital soit en ville, au cœur de la ville comme dans toutes les grandes capitales du monde. L’hôpital moderne est un équipement social, qui est construit là où les gens habitent, c’est une vitrine de la médecine», rappelle le Pr Touré.

Au-delà du décor, toute l’organisation sera repensée. Pour l’équipe en charge du projet, c’est plus une démarche éthique qui a conduit à penser un ouvrage intelligent où l’investissement n’est pas seulement d’ordre économique mais surtout qualitatif. En convoquant sur un même site: qualité de l’enseignement, excellence de la recherche et des soins au service des Sénégalais, c’est l’hôpital du futur qui se dessine. Bref, un équipement à la dimension d’une capitale qui rêve d’émergence. «Il y a une volonté des autorités de moderniser le pays, mais c’est tout un ensemble, il faut aussi que le secteur médical soit de même niveau que les infrastructures réalisées. Dakar mérite d’avoir un hôpital de niveau international pour réduire les évacuations à l’étranger et dans le même temps rassurer les visiteurs et autres investisseurs du Sénégal. Si nous voulons former des médecins dignes du 21ème siècle, il faut un environnement adéquat», précise le Pr Touré.

Architecture multifonctionnelle

Sur le plan architectural, l’hôpital comportera au total cinq secteurs interconnectés mais autonomes les uns des autres. D’abord dans sa partie non médicalisée, il y aura des commerces, banques, alors qu’un secteur médicalisé-externe sera dédié aux consultations, prélèvements pour des analyses, radiologie etc. S’ensuivent après, le plateau technique (bloc opératoire…), la partie hospitalisations, et enfin le secteur de l’intendance avec les ateliers, la cuisine, la maintenance etc. il faut dire qu’à ce jour, aucun hôpital sénégalais ne répond encore à de telles normes.

C’est évident que le quotidien des patients s’en trouvera forcément changé. Mais, pour les spécialistes, c’est là tout l’enjeu de cette révolution, de ce «saut qualitatif». Pour évoluer vers la qualité, souligne le Pr Touré, il convient de faire des choix stratégiques concernant les pathologies à prendre en charge, de mettre en place des mesures d’accompagnement, de redéfinir les itinéraires cliniques et les orientations des malades et enfin de mesurer les résultats. Pour le chirurgien : «Il y a eu un malentendu qui a été cultivé pendant longtemps : un CHU ne peut pas être un hôpital forcément pour indigents. Le Dantec a longtemps absorbé une forte demande de patients souvent démunis alors que c’est un CHU qui par définition fait une médecine de pointe pour traiter les cas les plus compliqués. Le Dantec n’en avait pas les moyens matériels alors que des spécialistes talentueux, formés aux meilleures écoles du Monde, faisant autorité dans leur discipline, sont nombreux dans la structure. Un hôpital pour nantis ? Evidemment non ! Les hôpitaux en périphérie seront mieux organisés en réseau et pourront traiter avec plus d’efficacité un plus grand nombre de malades. Des mesures spéciales d’accompagnement permettront l’admission à « Le Dantec Nouveau » de patients dont l’état de santé le nécessiterait. L’accès sera réglementé et n’importe qui ne pourra pas être admis dans l’hôpital sauf orientation validée en amont de la pyramide sanitaire. Le Dantec doit retourner à sa véritable vocation de CHU moderne !».

Coût du projet : entre 80 et 85 milliards de francs CFA ! Une grande première également pour la réalisation d’une infrastructure de santé. «Certains nous diront que c’est cher. Mais, à l’échelle d’un pays, pour soigner des Sénégalais atteints de pathologies compliquées, c’est un investissement crucial. Ce que nous comptons faire est d’une grande utilité publique. C’est un investissement de plusieurs milliards, mais cet argent sera amorti parce qu’il y a une véritable demande avec les gens qui partaient au Maroc ou ailleurs qui pourront se faire soigner au Sénégal», défend le chirurgien ; sans compter la clientèle habituelle de la Sous-Région, déjà importante, dont on escompte une augmentation du nombre.

Transition en douceur

Quant à la phase transitoire, l’on assure que cela se fera de façon progressive sans vraiment gêner l’activité qui, on le sait, est très importante dans cette structure de santé. «Les travaux devraient durer trois ans et l’on a décidé de ne pas délocaliser l’activité de l’hôpital et de travailler par phases. Quand un secteur est déménagé, son activité sera déplacée sur une autre partie et ainsi de suite jusqu’à l’achèvement des travaux», rassure le médecin.

Si la concrétisation de ce projet a longtemps attendu l’aval du gouvernement, c’est aujourd’hui chose faite. Le président Macky Sall s’est en effet engagé lors de l’inauguration de l’Unité de cardiologie interventionnelle dans ledit hôpital (20 janvier2015), à «accompagner l’Hôpital Le Dantec dans sa reconstruction». «J’accepte le document de présentation du projet. Nous allons accompagner l’Hôpital Le Dantec dans sa reconstruction. Vous pouvez compter sur mon engagement et sur celui du gouvernement», a annoncé le président Macky Sall dans son discours. Tournant décisif ? «Oui. On y a travaillé de très bonne foi. C’est bien de faire le projet ; encore faudrait-il arriver à construire l’hôpital. Le président Macky Sall s’est engagé à dire que l’hôpital sera reconstruit dans les meilleurs délais. Le Sénégal mérite cela, un pays ne peut atteindre l’émergence sans une telle infrastructure», confirme le Pr Touré.

Il faut également rappeler que ce projet d’hôpital du futur est inclus dans le Programme Sénégal Emergent (PSE), dans la rubrique de «Dakar medical city», pôle médical d’envergure avec un assemblage public-privé qui a pour ambition de faire de Dakar un hub dans le domaine de la santé. «Si nous en sommes arrivés à ce résultat c’est parce qu’on a été optimistes et déterminés. Quand je dis « nous », je parle de l’ensemble du personnel de Le Dantec, toutes catégories confondues, qui s’est résolument engagé dans ce projet ! Une mention spéciale est à décerner aux Directeurs qui, du Colonel Massamba Diop, organisateur des Assises de 2005, jusqu’à l’actuel, Madame Aïssatou Sy/Ndiaye, en passant par le Docteur Cheikh Tacko Diop et Monsieur Saliou Diallo, par leur engagement et leur savoir-faire, ont contribué grandement à l’achèvement conceptuel du projet. Nous n’y gagnerons rien du tout car nous serons déjà à la retraite. Mais, nous sommes fiers de le faire et une fois que l’hôpital est construit, nous aurons contribué à faire bénéficier aux Sénégalais d’une infrastructure moderne qui va servir tout un pays», conclut le Pr Touré qui en parle encore avec beaucoup de passion et…d’optimisme.

Pour la sauvegarde du patrimoine scientifique médical sénégalais

Des unités de soins aux équipements en passant par le volet recherche-formation ; chaque service a son propre projet médical. Au total, 26 projets médicaux réunis dans une synthèse ont permis de définir ce que sera l’hôpital du futur. Premier centre de formation médicale d’Afrique francophone, l’Hôpital Aristide Le Dantec compte pas moins de 63 professeurs ;…assistants ; 250 médecins étudiants en spécialités, 3000 stagiaires, 13000 usagers par jour. Bref, le plus gros potentiel humain d’Afrique de l’Ouest. Malheureusement, ce vivier est aujourd’hui en perdition avec une fuite des cerveaux qui ne cesse de saigner dans les rangs des médecins-internes. En cause, l’absence de matériel adéquat et de conditions minimales pour rendre utile le savoir.

Dans son projet de reconstruction, l’objectif général du projet de ce CHU moderne s’appuie sur trois points essentiels dont : les soins de haut niveau technique, la formation de qualité et la recherche médicale de pointe. Une nécessité, estiment les spécialises, pour la sécurité sanitaire du pays ainsi que la sauvegarde du patrimoine scientifique médical sénégalais.

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