Consommer local - Quand la banane du pays pourrit au soleil

Un an après le lancement, presque jour pour jour, du projet Banane écologique dans le Tambacounda, on attend toujours la promesse des fleurs. Le ministre du Commerce, Alioune Sarr, qui avait présidé la cérémonie, n’avait pas manqué de saluer l’inscription au Programme d’investissement prioritaire (PIP) de la somme d’un milliard 200 millions de FCFA et d’engager le gouvernement à imposer une mesure de gel des importations, mais si et seulement si la production arrivait à répondre à la demande locale. Retour sur une filière prometteuse qui doit booster le « consommer local ».

Le village de NGuène situé à 55 Kms au sud-ouest de Tambacounda avait abrité en janvier 2014, le lancement du premier sous-projet de la banane écologique. Il avait fallu dégager 74 millions 201400 francs pour construire une station de conditionnement au profit de l’Association des producteurs de la vallée de la Gambie (APROVAG). Ce sous-projet du programme de développement des marchés agricoles et agroalimentaires du Sénégal (PDMAS), conçu par l’Etat du Sénégal et ses partenaires, prévoit aussi le développement de l’irrigation à travers les sites pilotes de l’axe Mbirkilane- Tambacounda et le pôle de Gouloumbou. L’objectif affiché par l’Association des producteurs de la vallée de la Gambie (APROVAG) était de produire et de commercialiser de la banane organique, selon les normes édictées par la charte qualité, grâce à la contribution de l’association Vecco Sénégal, de l’Aprovag et du PDMAS. Les contraintes majeures à lever pour réaliser ces objectifs étaient, entre autres : l’aménagement de systèmes d’irrigation adéquats pour permettre la mise en application de la charte qualité dès le début du processus ; la disponibilité des intrants nécessaires pour une production organique de bananes ; et enfin la construction d’une station de conditionnement bord champ pour l’emballage des produits avant leur livraison aux clients. Pour Ousseynou Konaté, agent de la direction du développement rural pour la filière banane, il s’agissait de porter le niveau de production à 60.000 tonnes à l’horizon 2010, en veillant à améliorer leur qualité et leur compétitivité sur le marché local et à l’exportation. Des tests d’irrigation devaient aussi concerner la production de banane sur des sites pilotes de Wassadou à environ 65 Km de Tambacounda sur la Route de Kédougou, dans l’arrondissement de Missirah, notamment les sur les périmètres de Takuliguèye et de Tilo Tilo, d’une superficie de l’ordre 15 ha chacun.

Pour un gel périodique des importations

Un an plus tard, lors de la cérémonie de lancement de la campagne de commercialisation de la banane à Gouloumbou, le ministre Alioune Sarr avait annoncé que le gouvernement était « prêt » à appliquer un gel périodique des importations de banane, « afin de permettre aux producteurs locaux d’écouler leur marchandise, sans être confrontés à la banane importée ». Selon le correspondant de l’APS, il répondait ainsi à «une doléance du Collectif des producteurs de banane, relayée par le président de la communauté rurale de Missirah. Bassoriba Cissé » estimant qu’il ne s’agit nullement de protectionnisme, mais « d’une évolution normale » de l’approvisionnement en banane locale, Alioune Sarr se disait confiant « qu’avec les investissements que le gouvernement compte faire les producteurs pouvaient satisfaire à la qualité requise ».

Une offre locale insuffisante

Lever les contraintes de la faible qualité des produits et les insuffisances dans la gouvernance de la filière, tel demeure l’objectif à atteindre.
En effet, après l’épisode de Nguène, un pic de quelque 32 000 tonnes de bananes a été atteint en 2013 sur plus de 2000 ha en production dans la région de Tambacounda qui compte pour plus de 80% de la production nationale. Et en dépit du spectre des inondations qui planait au niveau du fleuve Gambie déjà en crue à l’époque, les membres du collectif régional des producteurs de bananes de Tambacounda (CORPROBAT) dévoilaient un projet de développement d’u l’offre compétitive sur une durée de 36 mois, pour un coût total de 1 milliard 282 millions 314 440 FCFA. « Le gouvernement est prêt à financer un projet à hauteur de 1,2 milliard de francs CFA, pour appuyer la production dans la région de Tambacounda, avait indiqué en réponse Alioune Sarr lors du lancement de la campagne à Gouloumbou.

Mais d’autres contraintes existent, qui ont pour noms faible productivité des périmètres bananiers (les rendements sont en moyenne de 20 tonnes/ha pour un potentiel de 60 tonnes/ha) et des pertes post-récoltes trop élevées (entre 20% et 30% de la production). Sans compter les insuffisances dans la gouvernance de la filière. Selon Mamadou Omar Sall, le président du collectif régional des producteurs de bananes de Tambacounda (CORPROBAT), le projet proprement dite devait contribuer à l’amélioration de la compétitivité de la filière banane sénégalaise, satisfaire la demande locale de banane et les besoins du marché local, ainsi que l’exportation de niche par une banane bio. Reprenant une promesse du Conseil des ministres décentralisé (25-26 avril 2013) qui avait fait naître l’espoir au niveau du collectif, Mamadou Omar Sall venait d’avoir une issue heureuse avec le vote du budget qui octroyait à la filière plus d’un milliard. C’est pourquoi le planteur a remercié le président Macky Sall qui, selon li, est en train de tout mettre en œuvre pour le développement de la région orientale. Il relève que la filière banane locale de la région de Tambacounda qui contribue pour environ 80% de la production nationale recèle un fort potentiel en termes de création de richesses, de création d’emplois et de lutte contre la pauvreté en milieu rural. Elle a également un fort potentiel en termes d’exportation dans des marchés de niche pour la banane bio et le commerce équitable. Pour M. Sall cependant, sur une demande nationale de 45 000 tonnes par an en moyenne, la production nationale ne couvre qu’environ 20.000 à 25.000 tonnes. Même si près de 32 000 tonnes ont été produites en 2013, sur les 2 00O ha, la banane locale se positionne essentiellement comme un produit de « deuxième (voire troisième) choix » par rapport à la banane importée qui domine les principaux marchés urbains et notamment ceux de Dakar, la capitale sénégalaise. Ce qu’il faut corriger pour être en phase avec les options du Yoonu Yokkuté, dira M. Sall expliquant l’importance du choix de l‘Etat d’investir plus d’un milliard pour la filière au niveau de Tambacounda.

Sidy diallo

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