Conjoncture économique - La banque mondiale liste les failles du PSE

« Tous les secteurs ont besoin de réformes », a lancé Philip English, l’économiste en Chef de la Banque mondiale, qui s’exprimait mercredi 11 janvier, à l’occasion d’une table ronde organisée par la Direction de la prévision et des études économiques (DPEE). Et de tirer la sonnette d’alarme quant aux choix difficiles à faire pour un essor économique soutenu, gage de réduction de la pauvreté, condition sine qua non de la réussite du PSE. Les choses sont claires : il faut faire plus et mieux !

C’est sur un corps malade depuis ces dernières années que s’est penchée la première des institutions de Bretton Woods, à travers son rapport sur la situation économique du Sénégal. En fait, la lecture de Banque mondiale prend pour base la thérapie de choc que veut apporter le Plan Sénégal émergent dont les éléments clés ont été passés à la loupe le mercredi 11 février par l’équipe du bureau dirigé par Mme Véra Songwé, sous la direction de son économiste en chef Philip English et devant toute la presse. Le diagnostic a été amer selon les journalistes Mamadou Lamine Camara et Ibrahima Kandé reprenant les analyses de ces experts. L’essor économique doit être tiré par les exportations dont la part dans la croissance est tombée du Sénégal de 16%en 1995 depuis 7 % en 2012, selon LA BM. En cause : des faiblesses en matière de discipline budgétaire, une dégradation des recettes publiques, une exposition aux chocs exogènes, un produit intérieur brut que plombe une faible productivité globale des facteurs, d’où une baisse du PIB, en dépit de l’augmentation des investissements publics, créant des déséquilibres macroéconomiques graves entre 1980 et 2013. Telle est la situation sévère décrite par MM. Philip English, Youssoupha Diagne, Souleymane Thiam et Pape Malick Ndour. Or, selon les conclusions du rapport de la BM, le Sénégal doit assurer une croissance beaucoup plus rapide, afin de réduire de manière considérable l’incidence de la pauvreté. Ce qui suppose, selon Mister English, qu’il faille veiller sur le ratio de la dette publique au Pib qui a atteint 47 %, un taux acceptable selon les critères de l’UEMOA, mais qui atteint déjà le double de celui de 2008, après l’atteinte du point d’achèvement du PTTE en 2006 quand le pays avait bénéficié d’un allègement de la dette. D’un niveau encore faible relativement au PIB, en regard de celui des recettes, cette dette constituée pour l’essentiel d’emprunts extérieurs (70 %), par recours au marché sous-régional et surtout au marché européen, avec des taux situés entre 6,25 et 8,75 % et des maturités courtes à moyennes, ferait ainsi planer un risque de surendettement, aux termes du cadre de viabilité de la dette de la Banque qui met en garde conter un possible basculement de la croissance.

Aux grands maux les grands remèdes

Après le diagnostic, les experts ont affiché le tableau des réformes les plus urgentes et pratiquement incontournables pour la réussite du PSE, considéré comme « une vision louable avec des hypothèses de croissance très optimistes ». Alors que le pays vise un doublement des investissements d’ici 2018, de 900 à 1800 milliards de FCFA, Philip English qui a estimé que jusqu’ici l’essor économique a été tiré par les services, recommande une stratégie de diversification mettant un accent particulier sur les exportations, notamment dans l’horticulture et le secteur minier. Parce que selon lui, le Sénégal a le taux d’investissement public le plus élevé de l’espace Uemoa, mais en même temps l’un des PIB les plus faibles. Deux voies de solutions : améliorer le climat des affaires pour favoriser les entreprises industrielles et apporter un appui efficace au secteur privé qui sera le moteur de la croissance. D’après les experts de la banque mondiale, pour atteindre les objectifs fixés par le PSE « il faudra prendre des décisions difficiles et adopter des changements radicaux. » Des réformes profondes devront s’opérer afin d’améliorer le climat des investissements, favoriser la concurrence, renforcer les exportations et les partenariats, tout en éliminant les lourdeurs administratives et la corruption. Sans compter les investissements nécessaires dans les infrastructures, notamment l’énergie, en maîtrisant la répartition des dépenses publiques. Car pour l’expert de la BM, il faut veiller contre l’alourdissement des indemnités des fonctionnaires, le retour du gré à gré dans les marchés de l’Etat, et s’attendre à un tassement des transferts des émigrés et des recettes fiscales. Alors que sur le volet de la transparence, l’expert pense que sous l’expression « fonds communs » se cache une nébuleuse à éclaircir. « Tous les secteurs ont besoin de réformes », a-t-il lancé, répondant ainsi en substance à l’appel pressant pour la mise en œuvre des réformes institutionnelles. Au moment même où Macky Sall confiait que « nous savons qu’il faut aller vers le changement et opérer une rupture par rapport à ce qui se faisait avant. Cela, nous allons l’assumer ». Une convergence de vues salutaire pour la réussite du PSE.

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