L’application des certaines recommandations de la Concertation nationale sur l’avenir de l’enseignement supérieur (cnaes) a enflammé les universités. Quelques points du document.

Dans un souci de ramener la stabilité dans l’espace universitaire, les rédacteurs du rapport proposent la mise  en place d’un comité de dialogue social et une structure de médiation. Car, disent-ils, «beaucoup de conflits peuvent être évités dans les universités s’il y avait une véritable stratégie d’anticipation, de négociation et de règlement des différents». Pour y parvenir, la Cnaes suggère la création d’une police universitaire.  La raison de cette disposition s’impose aux yeux des acteurs. «En effet, les campus universitaires, surtout celui de l’UCAD, comptent une population estudiantine très élevée. Il s’y développe de plus en plus des phénomènes préjudiciables à la poursuite normale des cours ou même à une vie en société normale (tapages nocturnes, chants religieux intempestifs, agressions physiques ou verbales, etc.)», note le rapport. Les universités sénégalaises se caractérisent aussi par l’absence de règlement intérieur. C’est pourquoi des manquements à la discipline, des incivilités et autres comportements répréhensibles y sont toujours décelés. Pour cela, il est nécessaire de restaurer un sentiment de sécurité profitable à toute la communauté universitaire. Ce qui passe par la «création d’une police universitaire de prévention, la réactualisation des textes sur les franchises universitaires et la généralisation du vote électronique», propose la Cnaes.

 Réformer la gouvernance des œuvres universitaires

Sur un autre registre, la Cnaes a abordé la question relative à la coordination entre l’enseignement supérieur et les autres sous-secteurs de l’éducation.  Pour ce volet, elle préconise la mise en place d’une conférence des Recteurs et Directeurs d’EES. «Il convient aussi de réformer la gouvernance des œuvres universitaires», estiment les rédacteurs du rapport, au regard, des nombreux dysfonctionnements notés dans la gestion des œuvres sociales, notamment le portage par le COUD. En plus, il faut «réaménager et pérenniser la carte universitaire en tenant compte des pôles de développement, un programme spécial de rattrapage des infrastructures». Les universités sénégalaises, surtout celles nouvellement créées, souffrent d’un déficit criard d’infrastructures. Ainsi, les universités publiques de Thiès, de Bambey et de Ziguinchor, ouvertes en 2007, disposent de peu d’infrastructures pour faire face chaque année à l’accueil de nouveaux bacheliers. On note ainsi une quasi absence d’amphithéâtres, de laboratoires, de bibliothèques de grande capacité, etc. Pour cela, la Cnaes recommande à l’Etat d’accompagner la montée en puissance de ces nouvelles universités, de celles qui existaient déjà comme l’UCAD et l’UGB, mais aussi de créer de nouvelles universités en tenant compte des pôles de développement.

Déficit de personnel

Autre inquiétude prise en compte, le déficit important de personnel enseignant et de personnel administratif. Les nouvelles universités recourent à un nombre important de vacataires enseignants entraînant des difficultés dans le fonctionnement des cours. «Il y a lieu d’améliorer le taux d’encadrement en recourant à un important recrutement d’enseignants et de personnel administratif. Mais aussi, il est question de  garder l’UCAD en une seule entité et mettre en place un comité ad hoc chargé de proposer des solutions aux problèmes identifiés», conseille le rapport. Pour cela, il est prévu d’augmenter la part des ressources publiques consacrées à l’enseignement supérieur (affectation de 1% supplémentaire de PIB au système éducatif). Il est précisé que cette augmentation est progressive sur la période 2012 à 2017. Le scénario retenu propose une augmentation de l’ensemble des dépenses consacrées à l’éducation de 6% à 7% du PIB entre 2012 et 2017. Globalement la proposition est jugée satisfaisante, même si quelques intervenants jugent insuffisant le niveau de cette augmentation.

Une partie des contributeurs propose de créer une taxe spécifique sur l’enseignement supérieur. Cependant, cette proposition ne retient pas l’assentiment de tous les participants.

Polémique autour du système Lmd 

Des transformations sont aujourd’hui intervenues avec la réforme LMD, l´élargissement de la carte universitaire, mettant en évidence l’inadéquation des textes existants par exemple ceux régissant le Personnel d´Enseignement et de Recherche (PER), du Personnel. Administratif, Technique et de Service (PATS) en ce qui concerne, notamment, la mobilité.

La prise en charge des coûts de formation dans l´enseignement supérieur public demeure une question urgente et sensible. Selon le rapport les droits d´inscription n´ont pas changé depuis une quarantaine d´années, ils restent dérisoires. Les Universités essaient, sans base légale, de majorer ces droits à travers des droits d´inscription pédagogique à l´UCAD et une Contribution de l´Étudiant à sa Formation (CEF) à l´UGB.