Classé dans | Santé

Compléments alimentaires : Un business sans régime

Publié le 21 novembre 2014 par Pape Adama Touré

Absence de contrôle, encore moins de réglementation, dans le domaine. Au Sénégal les compléments nutritionnels se vendent n’importe où, n’importe comment et par n’importe qui.

Les grands laboratoires ont fait des pas de géant dans le marché des compléments nutritionnels souvent confondus avec les médicaments. Pour maigrir, prendre du poids voire se doper sexuellement, les compléments alimentaires promettent des miracles ! Seul hic : au Sénégal, la potion magique est distribuée et vantée par des gens très peu sinon pas du tout avertis dans le domaine thérapeutique. Opérant sur le modèle assez efficace de marketing-réseau, le distributeur demeure le seul intermédiaire dans cette chaîne de suppléments nutritionnels qui peuvent, dans certais cas, s’avérer dangereux. Vendus sous forme de gélules, pastilles, comprimés, ampoules ou encore sachets, ces produits ont le vent en poupe au Sénégal. De plus en plus, on les trouve aussi bien en officine que dans les circuits de distribution traditionnels. En provenance d’Asie et des États-Unis pour la plupart, ils sont souvent très onéreux. Mais cela ne décourage pas pour autant ces clients sénégalais en constante progression. Depuis son installation au Sénégal en 2003, la société Forever Living Products mène un business très lucratif sans faire trop de bruit. Forte de ces 19 mille distributeurs répartis dans la sous-région, la société s’est taillée une place de choix dans notre pays. A la clé : un chiffre d’affaires d’environ 1,5 milliard FCFA rien que pour l’année 2010 pour le Sénégal. Comment un business aussi lucratif a-t-il pu prospérer sur des produits qui concernent essentiellement la santé des populations sans que personne ne s’y intéresse ? A l’heure actuelle, aucune autorité sanitaire ou autre ne s’est penchée sur cette question pour encadrer l’écoulement et sensibiliser les populations sur les conséquences liées aux abus et à la mauvaise utilisation des compléments alimentaires. En réalité, rien n’est prévu dans la législation sénégalaise pour permettre de surveiller de très près ce marché.

Des produits qui échappent à tout contrôle

De l’origine de ces produits jusqu’à leur destination finale, un flou total entoure le business. Interpellés sur le processus d’acheminement de la marchandise, des agents de trois sociétés de la place, représentantes de grandes multinationales et très actives dans ce marché, n’ont pas été en mesure de répondre. Protection de leurs intérêts ou méconnaissance de réglementation dans le domaine ? Et de sources sûres, le contrôle est quasi-inexistant sur toute la chaîne. Comme dans nombre de pays, les compléments nutritionnels sont encore considérés comme des aliments. Ainsi, leur éventuelle incidence sur la santé, n’apparaît pas encore pour une priorité. «Normalement les compléments alimentaires doivent passer par le ministère du Commerce et non celui de la Santé puisqu’ils sont considérés comme des aliments», intervenait le Dr Mbayang Dione dans une de ses communications. Cette réponse du chef du bureau Survie de l’enfant au ministère de la Santé, témoigne de la non implication des autorités sanitaires dans la surveillance de ces produits qui peuvent pourtant porter de graves préjudices à la santé des populations. Surtout, si l’on sait qu’une étude publiée en 2010 États-Unis fait état d’une «augmentation de 17 % du risque de cancer de la prostate chez des hommes prenant de la vitamine E à haute dose». En 2007 déjà, des chercheurs avaient établi un lien entre un danger accru de diabète adulte et des suppléments de sélénium. En France également, l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps) a sonné l’alerte l’année dernière après avoir analysé les gélules de Best life (un complémentaire alimentaire très demandé par des personnes voulant maigrir). Celles-ci contiennent deux molécules à risque : de la phénolphtaléine, une substance interdite en France, depuis 1999, en raison de ses propriétés cancérogènes et clastogènes (pouvant provoquer des ruptures dans les chromosomes), et de la sibutramine.

Pourtant, tous les spécialistes s’accordent aujourd’hui, sur le fait qu’une alimentation variée et équilibrée peut dispenser de ces compléments alimentaires. Sauf dans certains cas où ils sont obligatoires, notamment pour des enfants qui ont besoin de Vitamine D, des femmes enceintes ou encore des personnes âgées qui restent chez elles. Toujours est-il que même pour ces personnes une ordonnance du médecin est nécessaire pour l’achat de suppléments nutritionnels. Au Sénégal, c’est en tout cas sans compter avec la libre circulation dont profitent les escrocs prometteurs de merveilles. Inutile de miser aussi sur une législation qui n’informe et ne protège pas les consommateurs.

«Nécessité de définir une réglementation stricte»

Des experts de l’Uemoa se sont récemment penchés sur la question afin d’arriver à une réglementation plus rigoureuse de ces produits. C’est dans une décision datant d’octobre 2010 et portant adoption des lignes directrices pour l’homologation des compléments nutritionnels dans les Etats membres de l’Union économique et monétaire ouest africaine (UEMOA), qu’un Comité statutaire d’experts relève «le besoin de coopération technique entre les pays de l’UEMOA pour renforcer la sécurité d’utilisation des compléments nutritionnels afin de minimiser les nombreux risques pour la santé causés par ce type de produit».
Sur proposition de la Commission de l’UEMOA, consciente des risques pour la santé causés par ces compléments nutritionnels ; le texte en question insiste sur «la nécessité de définir une réglementation stricte afin d’assurer et de garantir la sécurité d’utilisation de ces produits». En substance, les Etats membres de l’Union, à travers les autorités de réglementation, seront alors tenus de délivrer des autorisations de commercialisation des compléments nutritionnels, conformément aux lignes directrices visées à l’article 1er de la dite Décision. En charge de l’exécuter chacun dans son pays, les Etats membres disposent à compter de l’entrée en vigueur de la dite Décision d’un délai de douze (12) mois pour mettre en place un cadre institutionnel et juridique conformément aux lignes directrices pour l’homologation des compléments nutritionnels.

Il n’en est encore rien et nos frontières restent ouvertes à n’importe quel type de produit 100% naturel, 100% bio et peut-être… 100% mortel.

Une fausse panacée

es compléments alimentaires sont définis comme des denrées alimentaires dont le but est de compléter un régime alimentaire normal, et qui constituent une source concentrée de nutriments ou d’autres substances ayant un effet nutritionnel ou physiologique. Ils sont de trois sortes : les médicaments qui sont des nutriments essentiels (minéraux et vitamines) dont on a besoin pour être en bonne santé. Il y a également les vitamines (arginine, taurine) qui ne sont pas indispensables et qui sont utilisées pour l’amélioration de certains éléments de notre corps. Enfin, les concentrés d’extraits de plantes (spiruline, thé vert) qui ont plus d’effets sur la santé.

Cependant, à forte dose, ils sont toxiques. Et contrairement aux idées reçues, il n’y a aucun complément alimentaire susceptible de faire maigrir.
Dans le cas où l’on prend ces compléments nutritionnels, il faut procéder à des pauses pour ne pas habituer l’organisme à être secondé. Dans tous les cas, il faut s’ouvrir à son médecin.
La composition complexe des produits frais apporte beaucoup plus à l’organisme qu’une simple teneur en vitamines. Les nutriments contenus dans les aliments sont plus intéressants que ceux des compléments alimentaires qui ne peuvent remplacer une alimentation équilibrée.

Des vitamines : fruits et légumes à gogo apporteront de bonnes doses de vitamines, lesquelles participent à la plupart des réactions métaboliques de notre organisme. Et si vraiment la personne n’arrive pas à consommer au minimum 5 fruits et légumes par jour, où si elle a des carences particulières comme par exemple les fumeurs qui sont fréquemment carencés en vitamine C, il faut alors faire une cure de vitamines à l’aide de compléments alimentaires. Toujours est-il qu’une alimentation variée et équilibrée permet à elle seule de couvrir les besoins de l’organisme.

Ecrire un commentaire

Advertise Here
Advertise Here

Les Editos

SITES AMIS