Le basket entame une phase transitoire de deux ans avec la mise en place du comité de normalisation. La structure est chargée de restaurer la flamme victorieuse et de réorganiser une discipline muselée entre le passé glorieux et un présent tumultueux rythmé de déceptions, de recul et… d’absence d’éthique sportive. Le basket sénégalais reprendra-t-il son envol ?

Au football, les lendemains de désillusions ont donné naissance aux comités d’exception. Au judo, c’est la guerre intestine entre Moussa Dia et son bureau ; au basket, c’est la fraude sur l’âge qui emporte Baba Tandian et sa fédération. Conformément à l’article 12 de l’arrêté 010238 du 31 décembre 2003, Mbagnick Ndiaye, le ministre des Sports, a mis fin à la délégation de pouvoirs de la Fsbb. Motif : «La fraude est avérée et constatée. La Fiba monde a pris un certain nombre de sanctions très lourdes (une amende de 500 000 francs suisses, environ 300 millions FCfa) qui ont fait que l’image de marque du Sénégal en a pris un sacré coup», déplore-t-il au Comité national olympique sportif sénégalais (Cnoss). L’ère de la normalisation sonne pour la première fois au sein de la balle orange.

En sursis depuis la crise ambiante née en 2012, la tricherie met hors circuit Baba Tandian. Ses uniques médailles d’or continentales acquises par les U-18, sont honnies par la République. «Ces trophées ne méritent pas, pour l’histoire, de venir grossir les médailles déjà obtenues dans les conditions d’éthique et de transparence. C’est inacceptable de les garder», décrète Serigne Mboup, président du Cnbs. Il renchérit au Soleil. «En rendant ces trophées, nous montrons notre détermination et celle des autorités de se donner les moyens de faire en sorte que cette situation ne se reproduise plus».

Baba Tandian part-il la tête haute ou le moral dans les… baskets ? C’est du 50-50. Sa gestion a été ponctuée de tensions et de heurts. Le polémiste Baba Tandian, entré dans les rangs de l’administration du basket par la crise post Afrobasket Dakar2007, sort du sous-sol de Marius Ndiaye avec un panier plein de reproches de la part de son mentor, l’Etat, qui l’avait coopté en 2008. Il paie aussi la note de son hyper-présidentialisme et ses passes d’armes permanentes avec les acteurs de la balle orange. Sans oublier ses nombreux défis à l’endroit de la tutelle.

Tandian, le  meilleur et le pire

Il a inauguré  la voie du mandat olympique à la balle orange, mais aussi a ouvert la voie des structures d’exception à la discipline. Et son bouillant tempérament a fini d’installer un malaise au comité directeur et  grillé ses nobles ambitions du début. En témoigne la fin de saison 2013, chaotique. A la place d’un spectacle riche en couleurs et en cadeaux, le championnat féminin a viré au fiasco. La fête a été gâchée par le brouillard des textes de la Fsbb.

Tandian a été un mal nécessaire. Il a débarrassé, par moments, les mauvaises graines de l’environnement des équipes nationales. Ces personnes uniquement mues par les voyages et leurs intérêts personnels, qui ne faisaient que profiter des équipes nationales. Son portefeuille d’homme d’affaires a aussi servi le basket. Quand l’Etat traînait les pieds pour débloquer le budget, il préfinançait. Il a revalorisé le couple royal, subventionné les clubs, allégé l’Etat en finançant les équipes jeunes et les stages des équipes nationales. C’est sous son magistère que le basket a pris son indépendance dans le domaine du transport des Equipes nationales. Avec lui, le basket avait son avocat et… son fossoyeur. Car  Tandian est un homme des extrêmes.

Il a, bon an mal an, accru la popularité de la discipline. Marius Ndiaye a renoué avec les sponsors. La Fédé a retrouvé la scène africaine et nationale. La petite catégorie a repris le chemin du haut niveau africain et mondial. Même si les victoires en U-18 ont joué contre lui avec cette fraude démasquée. En seniors, malgré les préparations en dents de scie, les Lions continuent leur progression au classement africain. Ils ont retrouvé le podium et la médaille de bronze après les fiascos de Libye 2007, Angola 2007 et Madagascar 2011. Et peut-être vont renouer avec la Coupe du Monde comme en 2006, si l’interdiction de compétitions dans les zones Schengen est levée. Le basket est victime de la fuite de Ndiaté Lô, pensionnaire des Juniors à Nice. Mais les beaux paniers sont entachés de fraude.

Toutefois, les sorties de Tandian et son leadership belliqueux assombrissent le tableau. L’inélégance gangrène sa communication à l’endroit de sa tutelle, en période de préparation  ou  d’arbitrage budgétaire. Le va-t-en-guerre Tandian ne mâche pas ses mots, divise son comité directeur et obtient un bureau aux ordres. Avec lui, pas de liberté d’expression ! Sinon, c’est la traduction devant le conseil de discipline. Moustapha Gaye, coach national des Lionnes, champion d’Afrique 2009, en est la parfaite illustration. L’ex président de la Fsbb était omniprésent, homme à tout faire, coach national, directeur technique, agent marketing…

Si les clubs ont par moments respiré sur le plan financier sous l’ère Tandian, son immixtion dans les verdicts et les conflits entre équipes ont  affaibli la Fédé. D’où sa chaotique fin de saison 2013. Violences, finales inachevées, vols dans les vestiaires ; les précipitations et les lenteurs notées dans les  verdicts des chocs Saint-Louis basket club et Duc en filles, lors des finales du championnat et de la Coupe du Sénégal, ont installé la pagaille. Les guéguerres avec certains membres du bureau dont Aya Pouye, Mohamed Sy… ont indisposé le basket. Tandian emporte avec lui ses alliés et ennemis du bureau. Mathieu Faye et sa bande, qui théorisaient l’avènement d’un comité de normalisation, sont omis de la «dream team».

Sur un autre registre, les crises d’ego ont produit des conflits d’intérêts tous azimuts, fait voler en éclats le patriotisme et l’esprit sportif basés sur l’éthique et le fair-play. Ce qui a mené le Sénégal au tribunal de la Fiba. Dévoilant ainsi une face hideuse de certains dirigeants sportifs assoiffés de pouvoir. Le Cnbs a là un gros chantier pour le retour à l’orthodoxie et à la morale sportive.

Comité de normalisation, un dream team au chevet du malade

Les cartes de visites présentées incitent à l’espoir. Et autorisent à prédire un avenir meilleur. Mais le miracle sera-t-il au rendez-vous en 2015 : réorganiser la balle orange sénégalaise, rendre plus attractif le championnat et lustrer l’image écornée du Sénégal au plan mondial ? Les missions de Sérigne Mboup ne paraissent pas insurmontables. Ses collaborateurs ont le profil de l’emploi. Les hommes du ministre Mbagnick  Ndiaye ont chacun une histoire et un vécu avec le basket sénégalais. Mais certains ont brillé par leur inertie dans les instances et démontré un penchant pour le culte de la personnalité, aussi. Vivement que ces anciens administrateurs ou acteurs de la balle orange remettent sur les rails la discipline aux 15 couronnes. Serigne Mboup est un ancien directeur du Seed-Academy et membre du comité directeur dissout. L’actuel Pca de la Sar aura-t-il les moyens pour subvenir aux dépenses des championnats nationaux et internationaux, pour que la balle rebondisse partout ? Il compte sur son staff pour démontrer ses capacités de management. Dans son équipe, on retrouve d‘anciens acteurs de l’administration. Amadou Gallo Fall, rayé de la sphère dirigeante du basket depuis l’avènement de Tandian, reprend du service et des galons. Il passe de coordonnateur des Lions à 3e vice-président. Lamine Savané, l’ex-agent marketing sous la présidence d’Alioune Badara Diagne, retrouve la vice-présidence. A coté de ces businessmen du sport, on retrouve d’anciennes Lionnes : Mame Maty Mbengue et Mama Diawara.
L’administration de la normalisation est un mix d’anciens et de jeunes, un bon amalgame, dont on attend les fruits en 2015. Léopold Germain Senghor, Ousmane Pouye Faye et compagnie - des hommes du sérail - ont la mission de revaloriser le statut de l’Equipe nationale et le statut des Lions du basket qui reçoivent  10 mille Francs Cfa de prime journalière, loin derrière leurs homologues du foot, traités  en princes. Pourtant au palmarès, il n’y a pas photo. Le basket a besoin d’un traitement équidistant et éthique. De textes plus modernes. Des hommes au service du basket.

Président : Serigne Mboup,
1er Vice-Président : Général Mansour Niang,
2e Vice-Président : Amadou Gallo Fall,
3e Vice-Président : Mame Maty Mbengue,
4e Vice-Président : Lamine Savané,
Secrétaire Général : Léopold Germain Senghor,
Secrétaire Permanent : Ibrahima Ndiaye,
Trésorier Général : Mama Diawara
Trésorier Général Adjoint : Pathé Keïta
Commissions spécialisées : Technique : Ousmane Pouye Faye,
Communication : Bamba Kassé,
Organisation : Colonel Ibrahima Ndiaye,
Sportive : El Hadji Amadou Ould Diop,
Juridique : Mafall Fall,
Médicale : Dr Baye Moussa Samba,
Marketing Sponsoring Développement : Ibrahima Diouf,
Finances : Momar Guèye,
Membres : Mamadou Diouf, Gabriel Lopez, Astou Ndiaye