Dr Alioune Sarr et Santi Sène Agne détiennent les records de longévité respectivement aux présidences du Comité national de gestion de lutte et du comité national provisoire du handisport. Quel est le secret de leur longévité, qu’en est-il de la relève ?

D’un milieu à un autre, les règles changent. Si en politique, rester longtemps à la tête d’une institution, est signe d’abus de pouvoir, de dictature, de monarchie imposée, en sport, durer à la tête d’une discipline, est signe de bonne gestion, de leadership, de perfection et témoigne de qualités de meneur d’hommes. A la Fifa, Jules Rimes (1931-1954), Sepp Blatter (1998 à maintenant) surfent sur la longévité pour mieux asseoir le football, au Comité international olympique (Cio) Juan Antonio Samaranch, 21 ans de règne de (1980- 2001) a professionnalisé et commercialisé les JO. A l’IAAF, Lamine Diack (1996 à maintenant) apporte une touche moderne. Le concept des hommes forts pour des institutions fortes fait recette, ici. Le Sénégal se met à la mode. Pour la gestion des structures d’exception, le ministère des Sports s’agrippe à ses éléments et s’adapte à l’adage, ‘’on ne change pas une équipe qui gagne’’. De Abdou Diouf à Macky Sall, les ministres en charge des Sports reconduisent Dr Alioune Sarr à la présidence du Comité de gestion de Lutte (Cng) malgré les contestations. Matar Bâ, ministre des Sports, précise et freine les critiques. «Les structures d’exception, c’est la responsabilité de l’Etat de choisir les personnes et les personnalités qui vont les gérer. Ce n’est pas la mission de quelques personnes ou d’une quelconque association». Sarr se plie à la volonté de l’Etat et range au placard son désir de quitter, comme il l’avait annoncé en 2010. Il dit : «le ministre Matar Bâ m’a demandé d’accompagner l’Etat, je l’ai accepté. Ce fut un dilemme cornélien, mais, je n’avais pas le droit de voir uniquement mes intérêts personnels. Je suis un citoyen et quand l’Etat a besoin de moi, je me plie à cette volonté ». Le porte-parole Thierno Kâ, vice-président du Cng renchérit : «Nous étions dans une dynamique de nous retirer des affaires afin de permettre à d’autres de venir continuer le travail entamé. Mais le ministre nous a instruit de rester encore 2 ans, malgré notre désir de partir. La tutelle juge que le bureau du Cng de lutte a accompli, avec succès, les missions assignées et les orientations».

Au secteur de la lutte, ils sont près de 80% à le plébisciter. Président d’école de lutte, athlètes et même les promoteurs approuvent la décision ministérielle. Gaston Mbengue, promoteur lui tresse des lauriers: «C’est une bonne chose qu’Alioune Sarr reste. La lutte, c’est une exception, c’est différent des autres disciplines, c’est un jeu où il y a beaucoup d’argent. Maintenant, personne n’est parfait et une relève, elle se prépare». Boy Bambara, ancienne gloire et président de l’’école de Lutte Grand-Dakar rajoute une couche : «Alioune Sarr et ses collaborateurs ont réussi de grandes choses dans la lutte, surtout en excluant toute indiscipline dans les arènes ». Ces arguments sont loin de convaincre Mbaye Guèye, l’ex-Tigre de Fass, Boy Kairé, président des lutteurs en activité. Ils rament à contre-courant de la décision ministérielle. Après 20 ans de statut d’exception, ils réclament la mise en place d’une fédération. Gaston Mbengue dégage l’idée : «une fédération ne peut pas exister à la lutte. A moins de l’affecter à la lutte simple et olympique ».

Forces et faiblesses du Cng

En poste depuis 1994, Dr Alioune Sarr, à l’image de Samaranch qui marqua tant le CIO, a révolutionné la lutte. Notre sport traditionnel est passé du statut d’amateur à celui de professionnel numéro un au Sénégal. Les sponsors s’arrachent ses affiches et les télévisions se mènent une rude concurrence.

La lutte, c’est la moitié des programmes télévisuels sénégalais. Dr Sarr, c’est aussi, la mise en place des textes. Aujourd’hui, les lutteurs entrent dans leurs fonds sans problème. Ils ne sont plus dupés ou grugés par les promoteurs. Sarr fait régner l’ordre et la discipline. Cela, il le doit à sa connaissance du milieu, parce qu’il fut président de l’écurie Sérère.
Voilà qui devrait l’inciter à prendre davantage en charge, la lutte simple, parent pauvre de la discipline. Pour ses deux ans, Dr Sarr se doit de trouver des remèdes pour la lutte olympique. Si la lutte traditionnelle progresse saison après saison, la lutte olympique marque le pas. C’est le grand écart. Le pire s’est produit en 2014, l’évènement phare de la saison, le drapeau du chef de l’Etat, a été annulé, faute de moyens. Le Cng attendait la part de l’Etat. Mais n’est-ce pas que «les sommes retenues sur les cachets de lutteurs servent à financer la lutte simple» ?
En manquant ce rendez-vous, le Cng donne raison à ses détracteurs qui dénoncent l’opacité dans la gestion des fonds. Rendre publics les comptes ne fera que grandir le Cng. Mieux, c’est un signe de bonne gouvernance. A la Cedeao, les Lions conservent bon an mal an leur suprématie. Mais au plan international, les résultats sont au-dessous de la moyenne. L’étoile Isabelle Sambou tient difficilement le flambeau.
L’autre faiblesse de Sarr, c’est l’arbitrage. Souvent décriée et source de polémique lors des grands combats, cette discipline gagnerait à se professionnaliser davantage. La violence et le sang qui continue de gicler ainsi que le dopage, font baisser la cote de la lutte.

Handisport, une relève au point, mais…

La longévité, est preuve de performance. Pour Santi Sène Agne (1993-2014), président du Comité national provisoire de Handisport : « il y a longévité parce qu’on fait avancer la structure que l’on dirige». Arrivé en 1993, il a mis sur les rails le handisport. Massifié la pratique sportive, réévalué et décuplé l’estime envers les handicapées. Aujourd’hui, les athlètes paralympiques sénégalais titillent les meilleurs du monde. Youssou Diagne est meilleur performeur mondial au javelot. D’autres sont sacrés en Afrique. Un Sénégalais siège au Jafa, à la Confédération africaine du Handisport. Le championnat se joue à l’échelle nationale. Outre les moteurs, la pratique s’est élargie aux autres types de handicap. Bref, le handisport est une discipline connue. Il a une direction technique professionnelle, des ligues fonctionnelles. Il participe à toutes les compétitions internationales. Alpha Dione, directeur technique régional de la ligue de Dakar et directeur des Handistars de Grand Dakar, témoigne de la bonne santé de la discipline : «Santi a un bilan positif. Il a beaucoup fait pour le handisport, si la discipline est reconnue c’est grâce à lui».

Relève présente : Au handisport, le problème ne se pose pas. Santi Agne révèle avoir les profils, les ligues sont gérées par des handicapés, sa direction technique est moulée à la sauce professionnelle. Santi est disposé à laisser son fauteuil. Il met les jalons du changement. Il se fait moins présent et n’assure que la coordination, maintenant : « je ne m’occupe plus de la gestion quotidienne de la discipline. C’est dire que la relève est là. Le jour où je note une fronde, je m’en vais». L’homme a un agenda chargé et n’a plus rien à prouver. Depuis 21 ans il s’est battu pour valoriser les athlètes. A chaque fois que l’Etat lui a opposé le manque d’argent, il s’est débrouillé pour trouver des billets d’avion et des équipements pour ses athlètes. Il raconte les anecdotes. « En 1996, nous devions nous rendre à Cotonou, nous nous sommes débrouillés jusqu’à trouver 7 billets, mais quand nous avons demandé au ministère de nous trouver des équipements pour le défilé, l’on m’a répondu qu’il n’y en avait pas. Alors, j’ai fait une interview d’une minute à la Rts, j’ai dit que nous allons défiler torse nu. Le lendemain, on nous a apporté des équipements ». De telles anecdotes, il y en a à foison. Mais son carnet d’adresses l’a souvent sauvé. En tout cas, Alpha Dione pense que l’heure du départ a sonné. « Il a formé au management du sport des jeunes qui peuvent tenir la barque. Il a valorisé et promu la discipline. Maintenant, on connaît le chemin, il peut partir. Il a dit qu’il veut quitter, mais il restera toujours à nos côtés, il sera notre président d’honneur». Le profil recherché, c’est un homme disponible. Un rassembleur de la famille du handisport. Dione propose Moussa Lô, « il a du temps et il a une bonne connaissance de l’environnement sportif».

En attendant que d’autres candidats se signalent, Lô et les autres sont prévenus, le seul profil ne suffit pas, il faut avoir le sens de la famille. Le repreneur du CNP aura aussi à la charge, de finir ces chantiers. Santi Agne : «Il nous faut plus de moyens, une administration plus forte et impliquer davantage les intellectuels handicapés». Dione complète la liste : «Il faut améliorer la communication ».