A la bourse politique de l’alternance II, les valeurs échangées ont pour noms : civisme, gouvernance  vertueuse, participation citoyenne. Après deux ans de transaction, ces valeurs n’ont pas toujours été à la hausse.  

Au fronton de la République un mot est inscrit en majuscule : Citoyenneté. Dès le début, la deuxième alternance a affirmé sa volonté de fouetter chez les Sénégalais, l’esprit et les valeurs du patriotisme. Ce n’est pas une innovation. Il faut dire que les conclusions des assises nationales avaient accordé une part importante aux questions de valeur et d’éthique. Après le changement de pouvoir, l’une des tâches majeures assignée à la Commission nationale de réforme des institutions (Cnri), dirigée par Amadou Mahtar Mbow, a été de faire des propositions pour la «protection des valeurs positives de notre société» et la promotion de la bonne gouvernance, de l’éthique dans la gestion des affaires publiques ainsi que la culture de l’imputabilité.

Une fois installé dans son fauteuil, Macky Sall  s’est attelé à rendre  opérationnelle une brochette de concepts souvent creux et surtout inconnus dans nos mœurs politiques. C’est une entreprise dans laquelle l’Etat allie les actes concrets, tangibles, à la symbolique et l’exemplarité de l’action publique. C’est ainsi qu’un rituel républicain est né : le premier lundi de chaque mois, et en présence des membres du gouvernement, se tient une levée des couleurs : une cérémonie destinée à rendre les honneurs au drapeau national.

La tâche est presque Prométhéenne

L’Etat s’est donné pour mission de créer un nouveau type de sénégalais. Pour impulser cette «reconversion», l’exemple doit venir d’en haut. D’autant que le peuple sénégalais, en se débarrassant du régime de Wade, a exprimé le rejet d’une certaine façon de gouverner, basée sur le règne de l’argent, l’impunité et la pagaille. C’est ainsi qu’en Conseil des ministres, Macky Sall a incité les fonctionnaires à être plus ponctuels et assidus au bureau.  Dans un récent décret, le Chef de l’Etat a mis de l’ordre dans les escortes motorisées et à l’ouverture des routes. Ces privilèges sont désormais réservés  à lui, à son Premier ministre et au président de l’Assemblée nationale.

Pour nettoyer les écuries d’Augias, l’Etat s’est doté sur le plan institutionnel d’un ministre de la Promotion de la  Bonne gouvernance qui injecte les pratiques saines dans l’administration, le secteur privé et la société dans son ensemble. L’Office national de lutte contre la fraude et la corruption  (Ofnac) est le nouveau gendarme censé matérialiser en actes l’aspiration à une gestion propre.  Du côté des autorités sénégalaises, la sauvegarde des deniers publics est la pierre angulaire de cette croisade civique. C’est sur ce compte qu’il faut placer la décision de l’Etat de regrouper les multiples fonds chargés de l’emploi des jeunes. Les salaires des directeurs généraux plafonnent désormais à 5 millions FCFA. La déclaration de patrimoine s’impose au président de l’Assemblée nationale, au premier questeur de l’Assemblée nationale, au président du Conseil économique, social et environnemental (Cese), au Premier ministre et aux administrateurs de crédits, ordonnateurs de recettes et de dépenses supérieures ou égales à 1 milliard FCFA.

Dans la langue de nos gouvernants, cette nouvelle citoyenneté brandie par le pouvoir de Macky Sall se traduit par  transparence et reddition des comptes.  Mais, il ne sert pas seulement de quitus éventuel dans la quête d’un second mandat, mais prend aussi la forme d’un levier contre le chômage massif de la jeunesse sénégalaise. C’est pourquoi le pouvoir cherche à mobiliser les jeunes dans les travaux d’intérêt général, tels que le nettoiement, la réhabilitation et l’embellissement des espaces et édifices publics.  D’où le recrutement de dix mille jeunes pour l’agence dédiée à la sécurité de proximité. Le volontarisme des citoyens est donc la version populaire de cette  nouvelle éthique citoyenne. D’ailleurs, la charte nationale du civisme se fixe comme objectif «d’inculquer et de développer les valeurs civiques et républicaines dans le cœur et l’esprit des citoyens, qui les conduiront à s’engager et à participer activement à la préservation des valeurs et biens communs».

L’idéal républicain, secrété par le suffrage des Sénégalais, un soir de 25 mars 2012, devrait tenir sur une balance. Sur un plateau : la participation citoyenne, sur un autre la gouvernance vertueuse.

Mais sur le terrain de la vertu, l’Etat de Macky Sall a souvent été pris en faute. Le taux de gré à gré au premier trimestre de l’année 2008 sous Wade était de 19 % contre 24 % au premier trimestre de l’an 2012 sous le magistère du président Macky Sall,  selon le rapport  de la Direction centrale des marchés publics (Dcmp) publié en février dernier. Les ententes directes dépassent les 126 milliards FCFA, de  quoi alimenter la furie du Forum Civil habitué à brocarder les violations récurrentes du Code des marchés par les nouvelles autorités.

La transhumance constitue aussi une verrue sur la face de la gouvernance vertueuse. Cette pratique s’accommode mal de l’étique politique. Elle est pourtant en train de recevoir un cachet républicain avec la création d’un comité d’accueil et d’intégration au sein de l’Apr…