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Chute de Blaise Compaoré : Leçons du Printemps de Faso

Publié le 21 novembre 2014 par Abdou Rahmane MBENGUE

Une transition Kaki est désormais en cours au Burkina Fasa, sous la houlette du lieutenant colonel Isaac Zida, nouvel homme fort de Ouaga. Blaise Compaoré a capitulé, laissant derrière lui une foule de questions. Dakar ne sortira pas indemne de ce printemps burkinabé.

Le président burkinabè Blaise Compaoré s’en va, après 27 années de pouvoir sans partage, contraint de démissionner sous la pression de la rue. Sa tentative de révision de la Constitution lui permettant de briguer un cinquième mandat a été la goutte qui a fait déborder le vase du mécontentement populaire. La chute de Compaoré est riche en enseignements, à plusieurs égards. Dans l’immédiat, c’est un signal fort lancé aux présidents tentés par un toilettage constitutionnel en leur faveur. Le printemps du Faso risque de s’étendre sur les deux Congo, le Bénin, le Togo ou encore le Rwanda. Une chose est certaine, la longévité des « présidents à vie est réduite sur le continent ». La révolte du Faso indique clairement que le temps des démocraties sans alternance tire à sa fin. La Constitution n’est plus un vulgaire papier taillée à la mesure du «monarque» en place.

Les émeutes du 23 juin 2011 à Dakar ont été un exemple patent. Les sociétés civiles africaines expriment désormais un attachement viscéral à leur Constitution qui n’est plus l’apanage des juristes et des politiques. A travers la loi fondamentale se reflète une volonté souveraine des peuples de prendre en charge leur destin en mains. Sur la terre du Faso, se joue une partie de Poker, dont l’issue, encore incertaine, marquera les consciences africaines.
L’attitude de la France montre également qu’il est loin le temps, où la trajectoire des ex-colonies était réglée depuis Paris. La lettre de Hollande à son homologue Burkinabé est un signe des temps. Dans une lettre datée du 7 octobre, publiée par « Jeune Afrique »
le chef de l’État français, François Hollande, mettait en garde Blaise Compaoré. Il lui expliquait comment le Burkina pourrait « être un exemple » s’il évitait « les risques d’un changement non consensuel de Constitution ».

Quelles leçons tirer de la révolte populaire au Faso ? Dakar tire les leçons du Faso. Dans l’entourage de Macky Sall, la conviction est désormais établie que le Chef de l’Etat n’est pas le gardien de la Constitution, comme le chantait un certain griot. Mais c’est bien le peuple. La voie référendaire est la seule légitime pour introduire des changements constitutionnels et, a fortiori, les termes du mandat. Cet axiome démocratique détruit les dernières illusions de ceux qui espéraient encore, dans les rangs des partisans du pouvoir, passer par la place Soweto pour avaliser les réformes constitutionnelles sur la réduction du septennat en quinquennat.

Où est la logique dans tout ça ?

Sur la crise au Burkina, Macky Sall est passé par plusieurs étapes, de supposé complice de l’Homme fort de Ouaga, il est passé au statut, nettement plus glorieux d’avertisseur éclairé. En effet, toujours dans les colonnes de Jeune Afrique, le président sénégalais a été accusé de jouer le porteur d’eau pour son homologue burkinabé. Selon l’hebdomadaire africain basé à Paris, le chef de l’Etat sénégalais aurait expliqué le 12 septembre dernier, à ses hôtes français, en l’occurrence Annick Girardin, Secrétaire d’Etat français au Développement et à la Francophonie, qu’il serait préférable de laisser Blaise Compaoré se présenter en 2015 même après 28 ans de pouvoir. L’argument qu’aurait avancé Macky Sall serait que le président burkinabé est l’un des piliers de la stabilité sous-régionale.
Dakar a battu en brèche cette info. Le ministre des Affaires étrangères s’est fendu d’un communiqué pour démentir formellement de tels propos. « Macky Sall n’a jamais fait une telle déclaration. D’ailleurs, ayant eu le privilège d’avoir assisté à cette audience, je puis attester qu’à aucun moment, M. le Président de la République n’a évoqué une quelconque candidature », s’est insurgé son ministre des Affaires étrangères. Le Président qui n’a que du respect pour le peuple burkinabé, ses institutions et ses dirigeants, ne saurait s’ingérer dans la vie politique et les affaires intérieures de ce pays», a insisté Mankeur Ndiaye.

Pourtant, Macky Sall a fait fi de ce principe de non-ingérence, si l’on en croit le quotidien dakarois Libération, selon qui Macky Sall et son homologue burkinabé ont eu une conversation téléphonique 24 heures avant que ne siège l’Assemblée nationale. Sall aurait conseillé à Compaoré de retirer son projet de révision de l’article 37 de la constitution pendant qu’il était encore temps ». Où est la logique dans tout ça ? N’est-ce pas une conception fluctuante du principe de non ingérence ? Il reste que sur cette question, Macky Sall a renvoyé à l’opinion une image assez floue. Et sur les ondes de Rfi, un éditorialiste raillait ces propos inopportuns qu’il aurait tenus sur la crise Burkinabé.

Macky Sall qui reçoit à la fin de ce mois ses pairs de la Francophonie, majoritairement africains, aura à cœur de prendre ses distances avec la fin détestable de Compaoré. L’occasion lui est donnée de montrer à la face du monde ses convictions politiques. Aux antipodes de Blaise, Macky Sall a décidé volontairement de réduire son mandat de 7 à 5 ans. En 2012, Macky Sall, fraîchement élu, a réaffirmé sur le perron de l’Elysée sa promesse électorale de faire cinq ans. Preuve s’il en est qu’il entend imprimer en gros caractères sur sa carte de visite cette initiative rarissime sur le continent africain.

Mort d’un médiateur

Reste la grande question du leadership sous-régional laissé vacant par le départ de Blaise. Le président du Faso s’est imposé comme un médiateur attitré dans la sous-région. Le capitaine Blaise a habilement troqué ses habits de putschiste contre ceux de champion de la Paix. A la faveur des errements de Wade et de la crise ivoirienne, il a fait preuve d’autorité dans le règlement des conflits qui ont agité l’Afrique de l’Ouest ces 15 dernières années. Il a joué le rôle de pompier en chef au Libéria, en Sierra Léone, en Côte d’Ivoire, en Guinée, au Togo, au Mali. La diplomatie était un élément constitutif de la stabilité du pouvoir de Blaise. En plus d’être un pion essentiel de la Francafrique sur le continent, il était devenu un homme de confiance des Américains Au point que l’Amérique de Obama avait décidé de faire de la capitale Ouagadoudou une place militaire forte dans ses opérations de lutte contre le terrorisme.
Qui pour reprendre le relais ? Dakar est sans doute appelé à rehausser d’un cran son leadership sous-régional dans une zone marquée par une instabilité politique chronique. A laquelle s’ajoute le facteur « terrorisme » : Boko Haram, Aqmi Sahel… La diplomatie sénégalaise est peu préparée à jouer les premiers rôles et piloter les dossiers sensibles dans la sous-région. La Côte d’Ivoire, leader économique de la zone, est encore convalescente. Le départ de Blaise risque d’avoir une incidence double sur la stabilité interne de son pays et celle de la sous-région. Une transition ratée viendrait ajouter au chaos.

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