CANDIDATURES DES JOURNALISTES POUR LE 29 JUIN : L’aventure ambiguë

Engagement citoyen contre conflit d’intérêt, voilà le dilemme auquel les journalistes-candidats aux élections locales font face.

Pour ces élections locales 2014, chacun veut montrer son engagement citoyen. Dans la ferveur des locales, journalistes et animateurs se sont engouffrées dans la conquête des collectivités locales. Conflit d’intérêt contre citoyenneté ? Journalisme et politique font-ils bon ménage ? La presse sénégalaise fait face à un défi  nouveau.

Soly Ibrahima Dabo (Rts-Kédougou), Ibrahima Ethia (Almadina Fm), Anne Marie Gomis (Rts) Jusles Diop (Rts) de la coalition « Soxali Dieuppeul Derklé», El Malick Seck (Facedakar), candidat à la Mairie de Thiès, le mouvement C221 de Cheikh Yérim Seck (Dakar-actu), Lamine Guèye, tête de liste proportionnelle de « Pikine ci La Book » (ZikFM) , Aliou Sall  (directeur de Publication de Gouvernance-Magazine), tête de liste de BBy à Golf Sud, Mamadou Ndoye Bane (Rfm) candidat à la Mairie de Pire, Assane Samb (ex-directeur de publication de Direct, candidat à Djender… s’activent dans le porte-à-porte, les meetings pour la conquête des suffrages.

Si au plan administratif, rien ne leur interdit de briguer les voix de leurs concitoyens (voir encadré sur extrait du Code électoral et des articles), tel n’est pas le cas au plan de l’éthique. Ibrahima Bakhoum, journaliste et enseignant à l’Issic, définit : « Les journalistes sont des citoyens, il sont libres d’entrer en compétition, mais deux mois avant les élections ils doivent prendre du recul. C’est une question éthique parce que leurs noms sont confondus avec ceux des candidats ». Bacary Domingo Mané, président du Cored (Comité d’observation des règles d’éthique et de déontologie) complète : « On ne peut pas être juge et partie. Il y a une confusion des rôles, il y a conflit d’intérêt. Que font-ils de leur rôle de vigie ? ».

Face aux accusations, Ethia et Guèye plaident non coupable. « Pour moi, il n’y a pas de conflit d’intérêt, je m’occupe du sport. Je profite de mon temps libre pour vaquer à mes activités électorales. Dans la dernière semaine, je vais prendre une disponibilité pour me consacrer uniquement à la campagne ». Ethia prend la balle au rebond et jure : «Durant la campagne, j’observe un recul rédactionnel.Je vais me consacrer aux tâches administratives, je ne vais plus animer les émissions politiques ».

Pour autant, la neutralité, l’équilibre, l’équité ne sont pas sauvées. Durant la phase pré-électorale, certains ont bafoué ces règles qui guident la profession. A la radio Zik Fm, des petites blagues sont faites sur la présence de leurs confrères, Lamine Guèye dans la conquête de Pikine. A Rfm, Mamadou  Ndoye Bane a souvent profité de sa tranche horaire pour faire passer des messages bien avant l’heure, violant de fait l’article L61  du Code électoral.

Si l’éthique est agitée, la citoyenneté reste la seule parade. Ethia : « Avant d’être journaliste, on est citoyen ». Et accéder aux sphères de décision reste pour eux le moyen d’impulser les changements pour le développement à la base. Améliorer le cadre de vie.

Aller droit à la décision

Pour étayer leur bonne foi, Guèye et Ethia déclinent leurs motivations. Lamine Guèye, président du collectif des groupes associatifs de Pikine Ouest, opte pour le prolongement de son action dans le développement. Son engagement découle de sa frustration. Pendant deux ans, il a vécu difficilement le refus de la commune d’autoriser l’installation d’une fabrique de transformation à un groupement de femmes de Pikine Ouest. L’autre frustration qui a accéléré sa présence sur les liste, c’est l’occupation illégale de l’espace entre les Rails et la cité Icotaf 2 par un promoteur, parce qu’il avait de l’entregent. « Cela m’a révolté. Je me suis rendu compte que pour faire du développement, il faut être dans les organes de prise de décisions».

Pour Ibrahima Ethia, c’est le cadre de vie qui a déterminé son choix citoyen. Après des actions de dons de sang, d’investissement humain, trois membres du collectif des journalistes de Derklé, Anne Marie Gomis (Rts), Souleymane Jules Diop ( Rts) s’allient avec la coalition dite citoyenne « And Soxali Dieuppeul Derklé». Pour le journaliste d’Almadina et président du Réseau des journalistes de l’Acte 3 de la décentralisation, « les choses doivent changer».

Cet appel au changement est aussi lancé au Cored. Si l’après 29 juin va entraîner des transformations au niveau politique, il en sera de même pour la Presse. Le tribunal des pairs, instrument de régulation, a déjà inscrit la sensibilisation sur le conflit d’intérêt dans son tableau de bord. « Après les élections, on se fera le devoir de parler aux rédactions pour les sensibiliser sur les notions de conflits d’intérêts. On ne peut pas continuer à exercer le journalisme et faire de la politique».

DU JOURNALISME A LA POLITIQUE

Le saut Dansokho et Latif Coulibaly

A force de côtoyer les hommes politiques, des journalistes n’hésitent pas à troquer son manteau de journaliste de profession à d’homme politique. Ils veulent inspirer les changements sociaux par la politique. Si Amath Dansokho a très tôt misé sur la politique, Abdou Latif Coulibaly n’a pris la voie qu’en 2012. Aujourd’hui, il s’investit pour la Mairie de Sokone. Latif est sur les pas de Noel Mamerre, ancien journaliste puis maire de Bègles en Gironde pendant quatre mandats. Mamerre, fut élu Député au Parlement européens avec Energie radicale, en 1994.

Autre saut dans la marre politique, celui de Aminata Angélique Manga.  Loin des plateaux de  la Rts, elle se trace un destin local à Ziguinchor.  Elle a pris un recul avec la chaîne. Mais, en cours de route, elle a perdu son poste de conseiller du Premier Ministre en s’alliant avec Robert Sagna.  Le jeu en vaut-il la chandelle ?

CE QUE DIT LE CODE ELECTORAL

L.57 : «Tout sénégalais peut faire acte de candidature et être élu sous réserve des conditions d’âge et des cas d’incapacité ou d’inéligibilité prévus par la loi.

Article L.58

Les membres des corps militaires, paramilitaires et autres fonctionnaires et agents de l’Etat régis par un statut particulier, ne sont pas éligibles lorsqu’ils sont en activité de service et durant les six (06) premiers mois qui suivent la cessation de leurs fonctions.»

Article L.61

Durant les trente (30) jours précédant l’ouverture de la campagne officielle électorale, est interdite toute propagande déguisée ayant pour support les médias nationaux publics et privés.

Sont considérés au sens de la présente loi comme actes de propagande électorale déguisée, toute manifestation ou déclaration publique de soutien à un candidat ou à un parti politique ou coalition de partis politiques, faite directement ou indirectement par toute personne ou association ou groupement de personnes quelle qu’en soit la qualité, nature ou caractère. Sont assimilées à des propagandes ou campagnes déguisées, les visites et tournées à caractère économique, sociale ou autrement qualifiées, effectuées par toutes autorités de l’Etat sur le territoire national et qui donnent lieu à de telles manifestations ou déclarations.

L’organe chargé de la régulation des médias est chargée de veiller à l’application stricte de cette interdiction.

En cas de contravention à cette interdiction, l’organe chargé de la régulation des médias doit proposer des formes appropriées de réparations au bénéfice de tout candidat, de tout parti politique ou coalition de partis politiques lésés. Ces derniers peuvent saisir directement l’organe de régulation des médiats d’une plainte en cas de contravention à cette interdiction.

Pendant la campagne électorale, sont interdites :

1) l’utilisation à des fins de propagande électorale de tout procédé de publicité commerciale par la voie de la presse, de la radio diffusion et de la télévision ;

2) l’utilisation des biens ou moyens publics aux fins de cette campagne sous peine de sanctions pénales prévues par le présent Code. En cas de rupture de l’égalité entre les candidats du fait de l’utilisation des moyens publics, la Cour d’Appel est tenue de délibérer dans les quarante huit (48) heures suivant la saisine.

Cette interdiction ne fait pas obstacle à l’exercice normal des fonctions administratives, gouvernementales et parlementaires. Les médias publics ou privés de l’audiovisuel, de la presse écrite ou utilisant tout autre support qui traitent de la campagne sont tenus au respect rigoureux des règles d’équité et d’équilibre dans le traitement des activités des candidats ou listes de candidats pendant la campagne électorale.

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