CANDIDATURE A LA PRESIDENTIELLE AU PDS - L’invariable Wade en pôle position

Sarkozy en France et Buhari au Nigeria peuvent entretenir chez Wade le rêve de se jeter dans la course de 2017, même si en Afrique les rares retours aux affaires comme celui de Rawlings ont fait parler les armes et que son parti est abîmé par la transhumance.

Il y a des signes qui ne trompent pas. Me Wade donne l’air de déblayer le terrain pour lui-même en 2017. Le scénario qu’il déroule depuis quelque temps concourt à rendre évidente son statut « d’invariable » au Parti démocratique sénégalais. Le soir du 25 avril 2014, revenant au bercail après un séjour de près d’un an dans l’Hexagone, il lance aux foules surexcitées : « J’ai senti à distance les souffrances du peuple. J’ai décidé de rentrer pour lui indiquer la voie ». Et sur un ton paternel, il renchérit : « Nous ne pouvons pas continuer à laisser le Sénégal se détériorer de cette façon. Je l’avais amené au seuil de l’émergence ». Il était arrivé quelques heures auparavant à Dakar en provenance de Casablanca au Maroc où il avait été bloqué pendant 48 heures, un retard dont ses partisans et le régime de son successeur, Macky Sall, se sont rejetés la responsabilité.

Dernier acte de la pièce : le plébiscite de son fils en prison, Karim Wade. Tous les autres candidats qui se sont dressés sur son chemin ont été laminés. Lui Karim a eu 257 voix sur 268 votants. En dehors de Wade, personne d’autre n’est en mesure d’arracher à ce point la conviction des libéraux. « Je reste à la barre du parti et je vais rester secrétaire général », avait dit Me Wade, fondateur d’un parti politique dont il a le gouvernail depuis 1974 juste après sa défaite de 2012. « Je ne peux pas abandonner le navire libéral », renchérissait-il. « Le vieux ne partira pas ! », avait même hurlé un « sopiste » dans l’antre du Cices, lieu de la rencontre des libéraux. Et avant de s’envoler pour la France, il demande à Oumar Sarr, le chargé des élections des libéraux d’être le mandataire du parti pour le dépôt des listes. On était alors à la veille des dernières Législatives. Ses déclarations fracassantes de coup d’Etat ou de mouvement armé ne sont pas gratuites. Le pape du Sopi est en effet convaincu d’avoir des ouailles formatées à l’image des robots. Il suffit d’un mot d’ordre pour que militants foncent et dévastent tout sur leur passage. Lorsque l’ancien ministre de Wade, Habib Sy, leader du mouvement Vision pour un Sénégal Nouveau (Vsn) qu’il a lui-même créé a dit être le candidat du Parti démocratique sénégalais (Pds) au cas où Karim Wade serait empêché, personne ne l’a pris au sérieux. Même si l’ex-maire de Linguère a affirmé bénéficier « de toute la légitimité pour être le plan B du Pds » et en avoir parlé avec certains responsables du PDS qui l’ont trouvé normal et faisable. « Tout le PDS va voter pour moi si je me présente candidat du parti pour la présidentielle de 2017, je lance un appel à tous les libéraux et à tous les sympathisants du frère Karim Wade pour qu’ils s’allient avec moi afin que nous remportions la prochaine présidentielle », a-t-il annoncé, dans une tonalité d’appel du pied qui ne trompe personne. L’audace de Wade est dictée par son accueil triomphal du 26 avril 2014.

Le secrétaire général du Pds a improvisé une longue marche bleue jusqu’à la permanence Omar Lamine Badji. Wade, lui, enflamme les foules. Dopé par l’accueil du 25 avril, l’ancien chef de l’Etat ne cesse d’aimanter le long de ses « marches bleues » improvisées des foules compactes et hystériques. Tous ceux qui croyaient que la folle soirée de son retour du 25 avril relevait du miracle ont dû se résoudre à reconnaître qu’il ya bien un phénomène Wade. A Khombole, Bambey, Darou Mousty et Touba, le secrétaire général du Parti démocratique sénégalais (Pds) provoque des affluences monstres. A Kaolack aussi, il fait foule. Le beurre se trouve dans ses propos « pathétiques » qui ont cadencé sa marche vers la permanence Omar Lamine Badji. « Gorgui dagno dioum », (« Gorgui, nous nous sommes trompés ») se sont mis à hurler des gens nostalgiques durant tout le trajet. Ça y est, Wade n’attendait que cela pour entrevoir sérieusement la possibilité de sa candidature en 2017. Et le 21 mars dernier, lui qui était certain que Karim Wade n’allait pas sortir de sitôt de prison a utilisé son fils pour consolider son « statut « d’invariable » au Pds.

Le voilà d’ailleurs annoncé pour une tournée politique à l’intérieur. Objectif : « remobiliser les troupes » et « répondre politiquement aux assauts de Macky Sall ».

Me Abdoulaye Wade, selon L’As qui donne l’information sera avec des membres du comité directeur du Pds, à partir de mi-avril. Touba, comme quand il était aux affaires inaugure la tournée, puis Saint-Louis.

Et puis la conjoncture politique commence à jouer en sa faveur. Nicolas Sarkozy, ex-président de la République française part quasiment pour être candidat à la prochaine Présidentielle. Si une telle perspective est envisageable dans une démocratie comme la France, pourquoi pas au Sénégal. Et puis que de ressemblances entre les deux hommes qui sont experts dans l’art d’occuper l’espace politico-médiatique et d’imposer leur agenda.

Autre élément qui plaide en faveur du retour de Wade : la candidature du septuagénaire nigérian Mouhamed Buhari à la présidentielle. Buhari comme Wade a occupé le fauteuil présidentiel. Seule énigme son parti. Abîmé, divisé et de temps en temps miné par des querelles intestines et coincé dans un étau judiciaire qui se resserre, le Pds présente une mine en lambeaux. En dehors de la capitale où résistent quelques forcent qui idolâtrent le pape du Sopi, il n’ya quasiment rien qui reste du parti des libéraux à l’intérieur. Nombre de ténors se sont rangés derrière l’Alliance pour la République (Apr) ou à l’image de Habib Sy et d’Abdoulaye Baldé ont créé des partis ou mouvements politiques pour embellir leur divorce avec le vieux. En attendant de voir Sarkozy ou Buhari réussir leur retour, Wade doit commencer à méditer sur l’extrême rareté de l’expérience qu’il veut tenter. Un retour réussi en Afrique a été sous le coup de force. Il s’agit de Jerry Rawlings. Le 4 juin 1979, il arrache par un coup d’État le à Fred Akuffo. Quatre mois après, soit le 24 septembre 1979, il cède le pouvoir à un gouvernement civil mené par le Président Ila Limann. Deux après, Rawlings renverse Limann (31 décembre 1981) par un second coup d’État et en 1992, il instaure le multipartisme. Qui ose dire que les dérives de Wade évoquant tantôt un coup d’Etat, tantôt un mouvement de rébellion sont parties de là ?

Les «fruits mûrs» du Pds tombent

ade a désormais entre les mains un parti abîmé. La chronique se délecte depuis quelques jours des « gros » départs qui affectent le Pds. Le dernier en date est celui de l’ancien Premier ministre Souleymane Ndéné Ndiaye. Au profit, bien sûr de Macky Sall !

C’est en juillet 2012 que la manœuvre a commencé. Elu président avec presque 66 %, Macky Sall était conscient d’une chose : impossible de se passer des fruits mûrs du Parti démocratique sénégalais (Pds). Voilà qui faisait que le Président de l’Apr et celui de Rewmi, Idrissa Seck étaient, alors, dans une discrète bataille de contrôle et de captage des «transhumants» libéraux. Wade lui-même s’y est mis. Lui qui avait réussi le pari d’installer le malaise dans le camp présidentiel par son invite, le 6 juillet 2012, en réunion de bureau politique, à recréer la famille libérale. Le propos avait fait «sombrer» Macky dans le clair-obscur. Face à la presse à Paris, le 9 juillet de la même année, il avait joué au blasé. «Les retrouvailles de la famille libérale ne sont pas une préoccupation», avait-il concédé. Puis d’ajouter être ouvert en direction des militants du Pds décidés à venir travailler avec lui «pour asseoir un processus de développement cohérent du Sénégal». Le tout est enrobé dans le concept de «compromis historique». Une sorte de théorisation du débauchage tous azimuts de ces fruits mûrs du parti de Wade. Il y avait bien une raison apparente à cette stratégie. La majorité acquise à l’Assemblée nationale (119 députés sur 150) était loin d’être rassurante. Les parlementaires militants de l’Apr sont au nombre de 65, alors que les alliés comme le Ps, l’Afp et Rewmi ont arraché au total 42 parlementaires. C’est une force de frappe qui peut faire mal. Les apéristes, majoritaires, n’ont aucune prise sur ces députés des autres partis. Elus sous la bannière de Benno Bokk Yakaar, ils peuvent se rebeller sans courir le risque d’être déchus de leur mandat de parlementaires. Voilà qui fait que l’Apr est obligée de se plier à quatre pour souhaiter que Bby n’éclate pas. L’autre raison qui contraint Macky au «compromis historique» est dans cette sourde bataille pour hériter du Pds.

L’enjeu, c’est l’après-Wade. Cet «après-Wade» est là. Le Pds explose de toutes parts. Idy tout comme Macky en convoite des pans.

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