Campagne arachidière 2014 - LES PRODUCTEURS VICTIMES DES SPECULATEURS

La présente campagne de commercialisation de l’arachide tombe dans les mêmes travers. Les transactions parallèles que les acteurs appellent « mbapatt » se poursuivent. Des signes inquiétants sont perceptibles avec les conséquences du retard des pluies, leur arrêt précoce et le risque de faire resurgir à nouveau le phénomène des bons impayés.

Un fonds de 11,5 milliards de francs CFA a déjà été mis en place pour acheter les graines d’arachide auprès des producteurs d’arachide. La révélation est du ministre de l’Agriculture Pape Abdoulaye Seck qui souligne que c’est après avoir échangé avec le CNIA (Comité national interprofessionnel de l’arachide) pour avoir suffisamment de points de collecte et respecter les prix fixés que la décision a été prise. Aucune prévision n’a été faite concernant la collecte pour la campagne de commercialisation 2014-2015 car les huiliers sont encore en pourparlers avec le gouvernement et le retour attendu des Chinois pourrait favorablement changer la donne pour les producteurs d’arachide. En attendant le spectre des difficultés récurrentes des précédentes campagnes de commercialisation de l’arachide plane sur celle de 2014-2015 qui a été ouverte officiellement lundi 29 décembre sur toute l’étendue du territoire national. Déjà, la situation n’est pas des plus reluisantes. En effet, les producteurs rencontrent d’énormes difficultés pour faire observer le prix au kilogramme de 200 FCFA arrêté par l’Etat sur proposition du Comité national interprofessionnel de l’arachide (Cnia). Lors de la campagne 2013, après quatre semaines de commercialisation de l’arachide, la plupart des opérateurs continuaient d’acheter le kilogramme à un prix dérisoire dans le monde rural. Ce que les acteurs du secteur agricole appellent « mbappat » (en référence aux séances de lutte traditionnelle). Ce, à travers la création de marchés parallèles par des opérateurs sur le terrain, qui achètent le kg à 160 F ou 180 F, soit en deçà du prix officiel fixé par le Cnia et entériné par l’Etat. Ces manouvres que les organisations paysannes réunies au sein du Conseil national de concertation et de coopération des ruraux (Cncr) déploraient en 2013 est encore observée malgré le démarrage de la campagne 2014. « Les agriculteurs sont de nouveau victimes du « mbapat ». Il y a des spéculateurs qui se rendent dans des villages ou dans les loumas (marchés hebdomadaires) où ils achètent le Kg à un prix très dérisoire pour ensuite les revendre dans le circuit officiel », a regretté Ousmane Ndiaye, Directeur national de l’Association sénégalaise pour la promotion du développement à la base (Asprodeb), une émanation du Conseil national de concertation des ruraux.

Cette situation découle, d’après lui, du retard de démarrage de la campagne, d’une insuffisance de points de collecte, du retard des financements, etc. Des opérateurs en profitent pour acheter à vil prix. Selon lui, même à l’heure actuelle, en pleine campagne, tout le financement n’est pas encore disponible. « C’est difficile que les paysans échappent aux spéculateurs, parce qu’ils sont des pères de familles qui ont des obligations. La dépense quotidienne et d’autres besoins de leurs enfants sont là. Ils ne peuvent pas refuser de vendre leurs productions car leurs familles sont confrontées aux besoins », a expliqué Ousmane Ndiaye, avant d’appeler les autorités à trouver une solution rapide à ce problème, afin de permettre aux producteurs de vendre leurs graines à bon prix. C’est dans ce contexte que le Cncr avait déploré, l’année dernière, quatre semaines après le démarrage de la campagne, l’absence de concertation entre le chef de l’Etat et les acteurs du monde rural. Le comité avait par la suite interpelé vainement le président Macky Sall, afin d’engager « une large concertation le plus rapidement possible sur la question avec l’ensemble des acteurs, en vue de mettre un terme au « mbapat ». « C’est la seule voie pour sauver cette présente campagne et aider les producteurs à profiter du fruit de leur travail et leur éviter des conséquences catastrophiques », avait martelé son président, Samba Guèye, lors de la dernière campagne. Selon lui, l’arachide constitue un produit stratégique pour le Sénégal. «C’est notre or. C’est une activité qui assure une promotion socio-économique durable à beaucoup de familles. Elle regroupe 70 % des Sénégalais. Pourquoi la négliger ?», s’était interrogé le président du Cncr.

L’ACTIVITÉ DE 70 % DES SÉNÉGALAIS

L’année dernière, on a assisté à un bradage de la production arachidière par les paysans. La cause est que les huiliers tardaient à entrer dans la campagne, estimant le prix officiel de 200 FCFA le kilo d’arachide trop élevé. Pour eux, ce prix ne leur profitait pas. C’est pourquoi, dénonçant les pratiques des opérateurs spéculateurs, le Cncr avait demandé à l’Etat d’instaurer impérativement le dialogue entre opérateurs, producteurs et huiliers, dans la commercialisation, afin de mieux cerner les problèmes et amener ces derniers à s’impliquer dans la commercialisation de la graine pour le bon déroulement de la campagne. Cette année, les huiliers ont de nouveau jugé le prix trop élevé. Mais, ils ont accepté d’entrer dans la campagne. Car, de l’avis d’Ousmane Ndiaye, grâce aux négociations menées par le Cnia, les huiliers ont convenu avec l’Etat d’acheter à 140FCfa le Kg de l’arachide. Le reste c’est-à-dire les 60 FCfa seront subventionnés par le gouvernement, afin d’éviter que cette présente campagne tombe dans les mêmes travers que celle de l’année passée.

BAISSE PREVISIBLE DES RENDEMENTS

Pour cette campagne 2014, le gouvernement ne s’attend pas à des rendements importants. La production ne sera pas meilleure que l’année passée. L’inquiétude est due au mauvais profil de l’hivernage qui a commencé avec beaucoup de retard alors que les pluies ont été moins abondantes. Comparé en 2013, la pluviométrie était déficitaire et était très en-deçà des attentes des producteurs. A la mi-juillet, les précipitations se faisaient désirer sur toute l’étendue du territoire national. Ce retard pluviométrique sur les cultures avait fait que dans certaines zones, le grain semé commençait à pourrir à cause des faibles précipitations et de la longue pause pluviométrique. « Il y a le retard des pluies et leur arrêt précoce. A cela s’ajoute une insuffisance de semences certifiées. Cela aura forcément des répercussions dans la production durant la campagne agricole », a prévenu notre interlocuteur.

UNE FILIERE DESORGANISEE

La campagne arachidière tombe chaque année dans les mêmes difficultés. Et ces travers se répercutent durement sur les producteurs. Selon le Dg de l’Asprodeb, Ousmane Ndiaye, la cause est que la filière est très désorganisée et qu’il y a beaucoup d’opérateurs spéculateurs. C’est pourquoi, dénonçant les pratiques de ces derniers, M. Ndiaye demande à l’Etat d’instaurer le dialogue entre tous les acteurs dans la commercialisation, afin de mieux cerner les problèmes et de situer les responsabilités pour le bon déroulement de la campagne de chaque année. « L’Etat doit réguler la commercialisation le plus rapidement possible. Il est impératif de s’asseoir autour d’une table pour discuter de tous les problèmes en vue de parvenir à des solutions définitives. Sans cela les problèmes reviennent à chaque champagne », dit Ousmane Ndiaye.
Le ministre de l’Agriculture et de l’Equipement rural, s’exprimant en conférence de presse, avait indiqué que toutes les dispositions seraient prises pour un bon démarrage de la campagne arachidière au grand bénéfice des producteurs et des huiliers. Papa Abdoulaye Seck avait affirmé qu’il présidera tous les 15 jours une réunion avec l’ensemble des acteurs de la filière arachidière. « Avec la transparence, l’équité, il est possible d’avoir une autre filière arachidière plus performante, qui va permettre de nourrir son homme et qui va approvisionner le marché dans d’excellentes conditions », a-t-il souligné.

Ainsi, les acteurs de filière arachide souhaitent que le phénomène de bons impayés ne se reproduise plus. « Ce qui s’est passé, durant ces dernières années, vers la fin de la campagne arachidière est regrettable », a avertit le Dg de l’Asprodeb. Dans certaines localités, des paysans ont couru pendant des mois derrière leurs opérateurs économiques pour percevoir leur argent. Durant la campagne 2013, cette psychose des bons impayés détournait les paysans du chemin des « seccos » (hangar où l’on garde les arachides). Certains paysans se rendaient à d’autres endroits pour écouler leurs arachides à moins de 200 FCFA le kilogramme fixé par le CNIA».

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