Classé dans | Afrique

Burkina Faso : L’impasse de l’après Blaise

Publié le 21 novembre 2014 par Godlove Kamwa

La chute de Blaise Compaoré semble bien aller au-delà des attentes qui se limitaient à détourner son projet de candidature au forceps, d’où l’imposture l’armée dans une présumée transition, devant une opposition politique en mode rattrapage.

La longue attente de la fatidique journée du 30 Octobre a semé les prémices de la confusion au cœur d’un pouvoir de Ouagadougou dans la rue. L’armée qui s’était montrée passive durant les manifestations, mettait étonnamment beaucoup de temps à prendre les choses en main. Le Général Nabéré Honoré Traoré encore aux ordres, était soupçonné d’avoir dissout l’Assemblée nationale sous la recommandation de son patron. La combine va vite tourner au vinaigre chez les manifestants à la mémoire peu courte. La succession de Blaise Compaoré très problématique prend tout le monde de court dès lors que la constitution est écartée et le pouvoir à qui veut le prendre…

L’armée en force

Lorsque le lieutenant-colonel Yacouba Isaac Zida devenu un ex-numéro 2 de la garde présidentielle, se met en rivalité avec le Chef d’état-major dont il déclare le discours caduc, la confusion perdure avant de céder à l’apaisement avec le communiqué d’unanimité de la haute hiérarchie militaire. Il reste que le texte faisant désormais autorité, ne fait toujours pas justice en raison de son double caractère imprécis et illégal. Il dispose notamment que la forme et la durée de la transition de Zida « seront déterminées ultérieurement. Le Professeur Abdoulaye Soma, président de la société burkinabè de droit constitutionnel fait partie des premières voix de la science qui ont dénoncé l’illégalité avérée de l’après Blaise Compaoré tel que conçu dans les casernes. Il est suivi par l’Union Africaine et plusieurs autres pays amis qui font droit à l’insatisfaction de la rue. Les manifestants restés mobilisés à l’emblématique place de la nation redevenue place de la révolution ne font guère confiance à l’uniforme. Une foule qui a dû se faire voler sa révolution, au banal motif que l’armée aurait pris ses responsabilités. Trop facile. Toujours est-il que l’expérience des transitions militaires dans la sous-région est inquiétante. Le massacre du 28 septembre 2008 au stade de Conakry laisse de tristes souvenirs du passage du capitaine Dadis Camara. La cupidité non encadrée de son confrère malien Amadou Sanogo fait encore parler d’elle dans un contexte où les soulèvements populaires passent pour la voie de la raison démocratique. En l’espèce, le chef d’état-major particulier de Compaoré, le très discret Général Gilbert Diendéré connu en tant que mémoire du régime sortant avec tous les bras longs qu’on lui connaît. Très peu ignore que c’est lui qui conduisit le commando qui renversa Thomas Sankara le 15 octobre 1987. De plus, le principe universel de la primauté citoyenne dans la défense en démocratie soutient que l’État de droit repose d’abord sur la mobilisation citoyenne avant toute initiative militaire. C’est à croire que le Burkina, bien loin de cette tradition, est en passe de reproduire le schéma de 1987, c’est-à-dire en dehors de tout cadre légal : le cycle recommence.

Une opposition aux ordres

Malgré tous leurs travaux sur l’humanité des valeurs, la plupart des auteurs, y compris Jean René Bachelet et Emmanuel Kant, reconnaissent que la profession militaire est la seule dont la fonction fondamentale est immorale. Et donc, le paradoxe de l’éthique militaire met en liaison des concepts antithétiques de moralité et d’assassinat. C’est en cela que la maturité de l’opposition s’impose au devenir du Burkina Faso démocratique. Elle n’a pas eu le temps de préparer l’après Blaise qui hante pourtant tous ses rêves depuis plus de deux décennies et aujourd’hui chacun espère ravir l’opportunité. Sans grande concertation, ils se sont succédé au siège de la télévision pour lire chacun une déclaration, mais l’armée les en a dissuadés à coups de feu avant d’improviser des discussions. Des noms comme Saran Sérémé, évoluant en solitaire et prête à tout négocier se sont découverts une certaine popularité dans l’espoir d’un schéma à la centrafricaine. Même le Général à la retraite Kouamé Lougué et dont le nom avait été scandé par les manifestants ne s’est décidé à répondre à l’appel de la rue qu’en cette dernière minute, arguant qu’il ne voulait pas risquer sa vie les premiers jours du grabuge. Une preuve que l’ombre de Compaoré traîne encore dans les casernes. Le chef de l’opposition Zéphirin Diabré s’est précédemment surpris à déclarer qu’il espérait que les deux factions militaires revendiquant le pouvoir parviendraient à s’entendre, avant de multiplier les réunions pour donner une chance à une transition civile. En réalité, le départ de Blaise Compaoré a le mérite de révéler les manquements d’une classe politique partagée jusque-là entre résignation et compromission. L’évidence en est que les mouvements dits de la société civile ont souvent suppléé l’opposition dans la mobilisation. Les artistes, analystes, rappeurs et autres activistes de médias qui ont multiplié des messages et fait des portes à portes pour défaire le projet du pouvoir ad vitam æternam, sont aujourd’hui en droit de revendiquer leur part de révolution dans les strapontins de l’après Blaise. En attendant le lieutenant-colonel Zida aux affaires avec l’onction de la hiérarchie militaire, officielle ou officieuse, gagne du temps. Certains s’activent à intégrer simplement les rangs du pouvoir, mais il n’existe pas de raccourci pour ceux qui écrivent l’histoire. Le Burkina Faso a besoin de se réconcilier avec son peuple pour redonner vie à sa démocratie et partant son développement. Sinon l’après Blaise ne façonnera que de nouveaux Blaise dans l’incertitude la plus avérée.

Ecrire un commentaire

Advertise Here
Advertise Here

Les Editos

SITES AMIS