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Burkina Faso : Le quitte ou triple de Blaise

Publié le 19 novembre 2014 par Godlove Kamwa

Le projet de modifier la constitution pour pouvoir se représenter en 2015 laisse au président du Faso la possibilité de rester encore, s’il le veut, au moins 15 ans au pouvoir dont il devient prisonnier ou preneur d’otage. Même s’il faut risquer l’exaspération populaire aux effets incertains après la fourbe manœuvre démocratique.

ar un acte administratif muet, le gouvernement burkinabé a pris les devants pour prévenir le pire. Selon un communiqué qui ne donne aucun motif, les écoles et universités sont fermées du lundi 27 au vendredi 31 octobre 2014 inclus sur toute l’étendue du territoire national. Elèves et étudiants avaient déjà déserté les salles de classe vendredi dernier pour s’associer aux mouvements de revendications de l’opposition qui appelle de plus en plus à la mobilisation générale contre le projet de Blaise Compaoré. De quoi réveiller les démons insurrectionnels, car s’il est possible de ranger les mutineries de l’armée aux oubliettes, c’est différent chez les élèves qui semblent avoir encore en mémoire, la mort de leur camarade Justin Zongo, victime de sévices corporels en 2011 selon son bulletin médical. Un trop controversé communiqué du gouvernement annonça un décès des suites de méningite. S’y ajoute l’assassinat de Norbert Zongo, le célèbre journaliste de regrettée mémoire, issu de la même localité. A la question de savoir quand aura lieu le référendum, le ministre Jérôme Bougouma en charge de l’Administration territoriale et de la Sécurité très proche du président, répond : « Après le vote à l’Assemblée nationale ». Depuis l’initiation du projet de loi modifiant le fameux article 37 au conseil extraordinaire des ministres du 21 octobre, les responsables du congrès pour la démocratie et le progrès, le parti au pouvoir, multiplient les communications sur l’opération de charme électoral en faveur du oui dans tout le pays, sachant pertinemment qu’ils n’en n’auront pas besoin, le tout étant réglé au vote de ce jeudi à l’Hémicycle.

Si les consignes y sont respectées, Blaise Compaoré n’aura plus besoin de référendum pour retoucher la loi fondamentale, car il pourrait satisfaire la condition d’obtenir les 2/3 des députés à sa cause. Sur 127 élus, son CDP détient à lui seul 70 sièges. Il ne restait plus qu’à l’Alliance pour la démocratie /Rassemblement démocratique africain (ADF/RDA) d’arbitrer la partie avec ses 18 députés. Mais le week-end dernier, elle a appelé ses représentants à soutenir ce qu’elle considère comme le compromis trouvé au sein de la majorité sur la limitation des mandats. Leur vœu a toujours été la limitation des mandats et le verrouillage de l’article 37 ; et leur président Gilbert Noël Ouedraogo a su jouer sur ces mots, pour donner une explication officielle au bureau politique et à l’opinion. Un choix opéré, dit-il, au nom “de la paix, de la démocratie et de l’alternance des générations” que le Burkina Faso pourrait ne pas connaître en 45 ans, si l’on ajoute les 15 à venir. Les carottes sont presque cuites pour l’opposition dont le discours du chef de file, zéphirin Diabré, sur la dignité des élus, a manqué d’effet. Le secret demeure sur la capacité insoupçonnée des tenants du pouvoir à retourner les députés assez facilement. Le moins qu’on sait réside dans l’évidence du clientélisme politique érigé en règle. Dans ce juteux marché, très peu d’élus ambitionnent d’inverser l’ordre du monde. Bien mieux, la CFR, un groupe parlementaire de la majorité présidentielle, ne s’est jamais opposé au projet de loi. La grande première d’une tentative de dialogue politique avortée, ces dernières semaines, à l’initiative de Compaoré avec ses adversaires était une dernière possibilité offerte aux leaders de l’opposition de se résigner à la réalité, mais ils ont choisi d’opposer des villes mortes à l’habillage démocratique du président. Réaction des députés convaincus, lundi dernier, dans la foulée des déclarations de guerre : “ Brûlez nos maisons et nous brûlerons les vôtres”. Désormais, les opposants n’ont plus que peu de cartes à jouer devant l’inconsistance des pressions occidentales. Washington, plus loin du dossier, ne dispose pas de la même marge de manœuvre que la France, hélas peu diserte sur le cours des évènements. C’est à croire que depuis le MNLA issu des entrailles de l’Hexagone et la médiation toute trouvée de Ouagadougou sur la crise malienne, les positions sont connues entre Paris et son vieux précarré ivoiro-burkinabé.

Bourreau ou prisonnier du pouvoir

La question de savoir pourquoi 23 ans de règne ne suffisent pas à Blaise Compaoré ouvre la porte à moult hypothèses sur une réalité africaine. Ce personnage central de la diplomatie ouest-africaine accède à la magistrature suprême en 1987, en renversant son compagnon d’armes Thomas Sankara tué dans le putsch et dont l’évocation luit vaut toujours des allures de bégaiement. Malgré quelques signes prometteurs, le Burkina Faso reste l’une des économies les moins stables du continent comme en témoigne son 181e rang sur 186 à l’indice de développement humain. Un indice onusien établi à partir des critères de l’espérance de vie, le niveau d’éducation, et le niveau de vie. Ce bilan est pour le moins catastrophique pour une société dont 60% des 17 millions d’habitants ont moins de 25 ans. Désormais, son dirigeant, sur d’éternelles perspectives jamais évaluées, partage avec le Camerounais Paul Biya, le Congolais Kabila et le Zimbabwéen Mugabé, des maladies telles que le souci de stabilité, les pressions de l’entourage, les enjeux militaires, d’énormes intérêts financiers, la crainte de poursuites judiciaires et toutes autres excuses pour ne pas avoir de statut d’ex-Chef d’Etat. Il préfère rempiler ad vitam æternam sur la force d’une thèse bâtie par les historiens autour d’un passé mal négocié. William Gumede en conclut que les anciens mouvements de libération nationale n’ont guère produit de grands démocrates. Ce politologue sud-africain pense que dans ces pays réfractaires à l’alternance, “les partis au pouvoir restent marqués par leur passé et leur organisation militaires”. Une analyse trop courte à l’observation des exemples sénégalais et tanzanien. Toujours est-il que la cupidité de certains transcende les réflexions sur la normalisation internationale du statut d’ancien Chef d’Etat visant à encourager les départs. D’ailleurs, le prix pour la Bonne gouvernance lancé en 2007 par le milliardaire anglo-soudanais Mo Ibrahim a du mal à trouver des lauréats : 5 millions de dollars sur dix ans et une rente à vie de 200 000 dollars par an. Seuls Joaquim Chissano (Mozambique) en 2007, Festus Mogae (Botswana) en 2008 et Pedro Pires (Cap-Vert) en 2011 en ont bénéficié. La tendance est plutôt aux méthodes dynastiques. Après, le Togo, le Gabon et la RDC, le Guinéen Obiang Nguema et l’Angolais Dos Santos convoitent cette mode qui a échappé à Abdoulaye Wade en son temps. Même l’exemple : Madiba parti au bout d’un mandat malgré une popularité exceptionnelle n’y a rien changé, et l’illustre chercheur béninois Gilles Yabi de constater que « Nos présidents ont dit admirer Mandela et le considérer comme un modèle, mais ils n’ont jamais dit qu’ils auraient voulu être comme lui et faire comme lui ».

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