Bonne gouvernance - Y en a marre en mode continental

Du Sénégal à la République démocratique du Congo en passant par l’étape burkinabé, le mouvement Y en a marre a fini de faire des émules chez les jeunes du Sénégalais et du continent. Arrêtés, expulsés et déclarés persona non grata par Kinshasa, les «Y en a marristes» promettent de poursuivre la lutte.
C’est un retour triomphal. Le 19 mars dernier, les trois membres du mouvement Y en a Marre arrêtés à Kinshasa (RD Congo), ont regagné le Sénégal. Accueillis en héros, Fadel Barro, Malal Tall et Aliou Sané ont retrouvé leurs familles et des sympathisants, pour le moins inquiets. Pendant plusieurs jours, ils avaient fait les choux gras de la presse locale et internationale. Arrêtés le 15 mars à Kinshasa où ils étaient invités par leurs compères du mouvement Filimbi (le sifflet en swahili), ils sont accusés de vouloir déstabiliser le pouvoir chez «autrui», taxés d’ «apprentis exportateurs de révolution» avant d’être expulsés par le gouvernement congolais. Y en a marre, de même que d’autres mouvements d’activistes étrangers sont aujourd’hui déclarés persona non grata en RDC.

Une arrestation synonyme de victoire pour les «Y en a marristes» ? Oui, affirment nombre d’observateurs. De cette virée congolaise, ils en sont sortis davantage grandis. Vendredi dernier, au lendemain de leur arrestation et à peine avoir retrouvé leurs «esprits», le mouvement Y en a marre a organisé un point de presse et continue à se préparer avec ardeur. «Nous réaffirmons notre engagement auprès de la jeunesse africaine pour un changement des mentalités devant déboucher sur une émancipation», a réitéré Fadel Barro, coordonnateur dudit mouvement.

Si une certaine confusion a régné dans l’opinion à propos de leur voyage et arrestation (avec des avis partagés sur la bonne ou mauvaise idée d’aller au Congo se prononcer contre le pouvoir en place), c’est parce que tout est allé très vite. Ce mouvement citoyen qui bouscule la vie politique au Sénégal depuis quelques années, a étalé ses tentacules au niveau continental. Sans que nul ne mesure suffisamment l’effet de contagion et le succès de leur mode opératoire. Au fil de leurs voyages, conférences et autres invitations pour présenter et raconter le succès de leur révolution, les leaders de Y en a marre ont capitalisé une expérience sûre. Aujourd’hui, ils font des émules ça et là et se posent définitivement en héritiers de grandes figures de la révolution à l’image de Sankara, Lumumba etc. «Parmi nos objectifs, lancer une union africaine des peuples qui représenterait vraiment les Africains pas comme l’Union africaine», idéalisait Thiat, autre leader du mouvement Y en a marre.

Issu de la mouvance contre-pouvoir qui a fait irruption sur la scène politique sénégalaise à la veille de la Présidentielle sénégalaise de 2012, beaucoup d’observateurs ne pouvaient pas s’attendre à une ascension aussi fulgurante du mouvement Y en a marre. Nombreux sont ceux qui considèrent alors les promoteurs de ce groupe comme une simple poignée d’enragés antisystème aidés en cela par des lobbies ou organismes internationaux. Qu’importe, leur popularité médiatique a tout de même permis de donner l’exemple aux partis politiques traditionnels avant de servir de catalyseur et d’émulateur hors frontières.

A l’arrivée, leur mouvement ressemble plus à un mouvement non organisé qui n’a pas forcément de résonance politique mais qui se propose d’accompagner des revendications immédiates et légitimes. Il serait ainsi peu probable que des autorités encore, par de maladroites tentatives d’intimidation d’ici ou d’ailleurs, étouffer un tel élan –de surcroît jeune- et des enjeux qui concernent directement l’exercice de la démocratie et de la citoyenneté. «Y en a marre était parti en RDC pour aider les jeunes de ce pays à construire une citoyenneté sans violence», renchérit Barro.

Apolitique, non violent et avec un discours qui dépasse les clivages pro ou anti pouvoir, pour les remplacer par une opposition entre le peuple et la mal gouvernance, Y en a marre espère récupérer au moins de cette «aventure» au Congo, une partie de ses admirateurs souvent confus de ce que serait la suite d’un mouvement dont le concept est la propriété de chacun. «Nul ne pourra dire dans l’histoire de Y en a marre, qu’on a vus avec une pierre ou à plus forte raison un cocktail molotov. D’ailleurs nous prôné la positive attitude. Notre stratégie est pacifique», ajoute un membre du mouvement de contestation. Des précisions qui peuvent paraître anecdotiques pour certains mais qui servent aussi à clarifier la position et l’engagement d’un combat souvent incompris. Aujourd’hui, les leaders de Y en a marre, loin de faiblir devant les intimidations, comptent poursuivre la lutte. Ce, via les réseaux sociaux et les nouvelles technologies, qui ont accompagné leur succès en terre sénégalaise et burkinabé. A l’échelle continentale, il s’agit, soutiennent ces «pro démocratie», de construire aujourd’hui, un mouvement de masse capable de synthétiser et de transcender les mouvements sociaux pour la justice et l’idéal démocratique sans distinction de races, d’ethnies et de…peuples.

You may also like...

Add Comment Register



Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>