BENNO BOKK YAAKAAR : Macky maître du jeu

Les leaders politiques qui ont choisi de rester à Benno Bokk Yaakaar commencent à en récolter les fruits amers. D’autres comme Idy se déploient à merveille.

Ibrahima Sall a jeté l’éponge. Le patron de Model, ex-ministre de l’Education nationale, n’est plus à la tête de « Macky 2012 », cette coalition qui a, la première, porté la candidature de Macky Sall en 2012. Les raisons de son départ restent encore un mystère. Mais, un de ses combats ne lui a pas fait du bien. Jamais « Macky 2012 », n’est parvenu, en dépit des assauts répétés, à démolir Benno Bokk Yaakaar (Bby). Macky Sall s’est arcbouté à ses alliés du 2è tour de la Présidentielle de 2012. Le chef de l’Etat a, certes, un instant brouillé les pistes avec son idée de « vaste rassemblement » lancée du haut de la tribune du 5è anniversaire de l’Alliance pour la République (Apr). En bon manœuvrier, Macky Sall est parvenu à faire fondre la glace. Le cadre qu’il annonce est un « vaste rassemblement politique » qui implique toutes les forces sociales politiques et citoyennes ainsi que toutes les personnalités partageant avec les apéristes les mêmes ambitions pour le Sénégal. Le meilleur se trouve dans ces propos : « J’ai toujours dit qu’il faut gagner ensemble et gouverner ensemble. Voilà un credo auquel je reste attaché. On ne peut gouverner sans un consensus fort, dans une République aux institutions fortes incarnées par des femmes et des hommes de valeur ». Merveilleux somnifère contre Bamba Dièye (Fsd/Bj), Moustapha Niasse (Afp), Ousmane Tanor Dieng (Ps) et Aminata Touré, joli dopant pour Idrissa Seck (Rewmi), Pape Diop (Convergence Bokk Gis Gis) et Khalifa Sall (Ps).

Les perdants 

Bamba Dièye (Fsd/Bj) 
Il a perdu son « investissement » à la Place de l’indépendance

Benno bokk yaakaar ne lui a pas fait du bien. Au contraire ! Il n’y a guère longtemps, La Gazette se demandait si Bamba Dièye était encore ministre. La question était d’autant plus appropriée que le pouvoir avait réduit à une expression symbolique la tutelle de son Département sur nombre de services. « Une impitoyable opération de raclage de contenu a fini par faire de ce ministère une coquille vide », avions-nous signalé. Ni l’Autorité de régulation des télécommunications et des postes (Artp), ni la Sonatel ne sont sous ses ordres. Son emprise sur les sociétés comme la Sonatel, le Soleil, La Poste et même l’Aps est quasi-nulle. Débarqué du ministère de l’Aménagement du Territoire et des Collectivités locales, Dièye arrive à la Communication mutilée d’une mission classique : le statut de porte-parole du gouvernement. De fortes personnalités ont séjourné à la Communication lui donnant ainsi une certaine aura. Il en est ainsi de Djibo Kâ, Me Aïssata Tall Sall, Pr Serigne Diop et même Moustapha Guirassy. Bamba Dièye arrive et perd la voix. Amputé de la fonction de porte-parole du gouvernement, Bamba Dièye a alors du mal à éprouver ses talents de rhétoricien.

L’homme qui s’était barricadé aux grilles de l’Assemblée nationale pour protester contre le « ticket » de Wade et bravé les hommes du commissaire Harouna Sy pour marquer sa fidélité au mot d’ordre d’occupation de la Place de l’indépendance, a tout perdu. Plus personne ne se souvient de ce « sacrifice » qui lui avait valu beaucoup de sympathie. Bamba Dièye a tout ruiné. D’ailleurs, à Saint-Louis même, un homme s’est attaché aux grilles de l’hôtel de ville pour protester contre la gestion du maire… Bamba Dièye. Son parti s’est lui-même vidé. De sérieuses empoignades ont opposé des caciques du Fsd/Bj. Au centre de la controverse une nauséabonde accusation de népotisme et d’abandon du parti au profit de la loyauté gouvernementale.

En dépit des bourrasques, Bamba Dièye reste toujours accroché à son poste. Alors que la coalition Bby qui lui vaut sa position de ministre le malmène sur le terrain politique de Saint-Louis où il fait face à une force politique incarnée par Mansour Faye, beau-frère du chef de l’Etat, décidée à lui arracher la mairie. Qui sait, peut-être que comme aime à le dire ce militant solidement accroché à l’anonymat, « Bambaam massé na… », (il a été bien servi…).

Ousmane Tanor Dieng, Ps
Il a « détruit » son parti

Qui eût cru que le Parti socialiste tomberait un jour dans la maladie chronique qui affecte nos partis ? Personne, sans doute. Le spectacle auquel les socialistes se sont donnés à la veille et après leur congrès est inédit. Habitués à la discipline de parti et à avaler dans le silence des couleuvres, des responsables ont laissé exploser leur colère. Le jeune Youssou Mbow, proche de Me Aïssata Tall Sall, candidate « éphémère » au poste de secrétaire général face à Ousmane Tanor Dieng, s’est fait dur contre la « démocratie » au Ps. Me Sall, porte-parole du Ps et Mbow en sont même arrivés à boycotter le congrès. La tension est vive au Ps. Et le moins qu’on puisse dire est que tout peut arriver. La faute à qui ? A Tanor Dieng et à son incroyable proximité avec Bby, sûrement !

L’image intrigue tout le monde. Le chef de l’Etat Macky Sall s’affiche partout en compagnie d’Ousmane Tanor Dieng, secrétaire général du Ps. Cette subite effusion est, à l’apparence, si pleine de spontanéité qu’elle ne s’embarrasse guère des tribunes et des espaces publics. Car, Macky et Tanor placardent leur complicité aussi bien dans les événements officiels que politiques. Alors que les deux hommes ne sont nullement de la même famille politique. Macky a martelé être libéral. Tanor, lui, tient toujours sa rose. La dernière illustration est le conseil des ministres de Thiès. Et comme pour répondre d’avance aux interrogations, peut-être aux sarcasmes, le secrétaire général du Ps lance : « Je suis ici, parce que je suis dans la coalition Benno Bokk Yaakaar ». Mieux, le patron des socialistes qui semble chercher à freiner les velléités séditieuses à l’intérieur de Bby, assène : « Dans la période que nous vivons au Sénégal et dans le monde, nous sommes à l’ère des coalitions ». « Le compagnonnage de son parti avec Macky Sall ne peut se limiter au départ du pouvoir de Me Abdoulaye Wade », prévient-il devant nos confrères de la Télévision nationale. Il dira d’ailleurs avoir une convergence de vues avec le président Macky Sall. « Nous avons eu des positions communes sur différents sujets de l’actualité nationale et internationale », précise Ousmane Tanor Dieng. Ça y est ! La mayonnaise a bien pris entre le chef de l’Etat et le secrétaire général du Ps. Mais le bloc socialiste lui commence à en accuser le coup. Si Malick Noël Seck, tête de file du séisme qui a secoué le Ps a fini par par s’en aller sans guère de bruit, le coup de gueule de Me Aïssata Tall Sall, lui, risque de faire mal.

Moustapha Niasse, Afp
Il a fait du « silence » une loi divine

Tant que je serai là, personne ne s’opposera à Macky Sall. C’est en substance la position affichée par le leader de l’Alliance des forces de progrès (Afp). Le propos a fait jaser l’opinion, mais l’homme de l’ « appel du 16 juin » y est resté de marbré. Sa complicité avec le chef de l’Etat a commencé bien avant la Présidentielle de 2012. Les deux hommes se vouent un respect cultuel. D’ailleurs, Macky Sall n’a pu contenir sa colère lorsque le Parlement devait pour la première fois élire son bureau et que Moustapha Cissé Lô, aujourd’hui vice-président à l’Assemblée nationale, a multiplié les attaques contre Niasse. Depuis lors, même si le Président de l’Assemblée est élu pour un an renouvelable, le patron de l’Afp est parti pour faire le plein. Au nom de la complicité avec Macky Sall. Les caciques de son parti vont devoir, ainsi, se soumettre à ce mot d’ordre. El Hadj Malick Gakou, ex-président du conseil régional de Dakar et prestigieux homme politique de la banlieue, perçu comme un probable « rebelle » à cette ligne, s’est rangé.

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