BEJART BALLET LAUSANNE : La musique du corps et de l’ivresse

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Il aura fallu attendre 36 ans pour le retour de « Béjart » au pays de sa grand-mère et de son père philosophe Gaston Berger natif de saint louis du Sénégal. Béjart Ballet Lausanne  a donné deux spectacles, les 29 et le 30 novembre 2013 au Grand Théâtre de Dakar. Il y a eu explosion de joie.

Gilet noir sur chemise à manche retroussée, la casquette de timonier solidement  visée sur la tête, le récitant qui danse seul sur cette immensité de scène du grand Théâtre de Dakar  a plus les allures d’un jeune homme de la fin des années cinquante que le danseur de ballet. Sa silhouette se détache du fond de scène tout de blanc revêtu et comme  sur une cimaise sont accrochés les tableaux de  Yokoo Tadanori qui donnent le change au danseur. Le  bruit du vent qu’accompagne la gestuelle quelque peu cabot du danseur récitant tombe du haut de la scène et envahit la salle. C’est l’ivresse et Dionysos avec  s’empare du corps du danseur. Il danse sur les notes d’un  bouzouki qui invite au voyage. Le décor peu à peu émerge. Tables, chaises, couples endimanchés, marins échoués dans ce bar de bord de mer. Emouvante photo de famille dans des postures que tout pilier de bar aurait fait siennes. La musique reprend son droit. Le sirtaki est roi. Il flotte dans l’air quelque qui ressort de la comédie musicale. Les quinze danseurs voient leur corps se détacher d’eux dans un mouvement si léger qu’on a du mal à retenir le sifflement d’admiration qui monte en nous. Pas le moindre crissement de pas sur le revêtement du parquet. Le vent se lève dans nos oreilles.

Des  notes qui s’égouttent d’un piano suivent la marche impériale d’un couple qui dans son entrée en scène emprunte aux divinités grecques leur grâce. Alors peut commencer « Dionysos suite » une création  de 1987 de Maurice Béjart fils de Gaston Berger et de son vrai nom Berger Maurice Jean. L’histoire que raconte cette pièce dansée se déroule  dans un bar grec où un homme, (le danseur récitant) remet en mémoire le mythe de Dionysos. Il parle de  sa naissance miraculeuse et de ses danses endiablées. Chevauchant la musique, le narrateur quitte la Grèce, prend le chemin du moyen orient et le voici sur la route des Indes. Les divinités grecques telles que les percevait  Béjart dans sa création ne sont pas emmitouflées dans des toges et n’ont pas la barbe blanche et longue dire à parce que «  mythe actuel, moderne par sa violence et ce souffle de liberté qui l’anime. Eternel parce que l’homme a besoin de cette ivresse dionysiaque pour retrouver le contact avec la grande Nature et ses forces vivantes et cachées ». Le vent se lève à nouveau les corps d’entrelacent, se croisent et se décroisent pour laisser tomber l’obscurité sur eux. Salve d’applaudissements.

Retour sur scène n en robes rouges sons de castagnettes sur des pas de danses d’une exquise féminité pointillée par les sonorités d’une mandoline. La musique n’est pas espagnole mais bien grecque. L’histoire s’emballe, la musique aussi les corps sont survoltés. Le rouge remplace le noir comme fond de scène. Et comme la finale d’un feu d’artifice,  c’est sur un merveilleux bouquet que les danseurs accompagnent Dionysos au Panthéon des dieux grecs et dans l’ivresse et l’allégresse s’il vous plait. Il aura fallu plus rappels pour le salut final au public. Une heure de spectacle pour cette première partie.

Changement de décor pour « Syncope » une chorégraphie de Gil  Roman sur une musique de Thierry Hochstätter et JB Meir.  Syncope fait le  parallèle avec la perte de connaissance au cours de laquelle le cerveau devient incontrôlable et om souvenir ou imaginaire débridé se bousculent. Tout commence sous un éclairage blafard avec l’entrée en scène d’une danseuse  casquettée de  lumière et toute de mauve vêtue. Ambiance saisissante d’un hôpital aseptisé qui donne le frisson. Humour noir et joyeuse gaité s’entrechoquent au fil du spectacle. Sommes-nous dans un asile psychiatrique ou dans un hôpital des plus ordinaires ?
Voici que le Boléro de Ravel revisité par Maurice Béjart nous fait retrouver nos esprits. Mouvement de danse et de tempo invariables avec tout de même une progression qui  a crescendo jusqu’à l’essoufflement. Musique répétitive qui s’entortille autour d’une danseuse et par effet d’attraction pousse les autres danseurs à quitter le duo et à former une corolle. Maurice Béjart peut désormais reposer en paix avec le retour de son ballet en terre sénégalaise où sous la protection de Senghor il avait fondé Moudra Afrique  avec Germaine Acogny. Si la danse libère le corps ; il rest tout de même une question : Qu’est ce qui cree le mouvement dans l’acte de danser. Est ce la musique sur laquelle on danse ou est les muscles du corps qui prennent possession de la musique. Les danseurs du Bejart  Ballet de Lausanne ont répondu le 29 novembre 2013 que :  C’est la  musique du corps qui engendre le mouvement.

Baba Diop

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