BAISSE SUR LE LOYER : La demande sociale se vide

Partout la baisse des prix du loyer est considérée comme un don du ciel. «Si Macky le réussit…», s’épuise en monologue intérieur l’homme de la rue qui voit déjà le parti le plus coriace au Sénégal, la demande sociale, perdre nombre de ses dents.  

Les futurs rivaux de Macky Sall ne s’en rendent, peut-être, pas compte, mais leur allié le plus précieux en période électorale pourrait leur faire faux bond. Il s’agit de la demande sociale. Elle s’assèche inexorablement. La loi portant baisse du loyer vient de vider cette sorte de mur de lamentations d’un élément que personne ne croyait possible d’éliminer. C’est fait ! Un chef de famille qui casquait 90.000 FCFA par mois pour honorer son loyer gagne brutalement 26 100 FCFA. C’est quasiment une baisse d’impôts sur les revenus. La baisse des prix du loyer, consacrée par le vote à l’unanimité par le Parlement, chauffe de bonheur le cœur de nombre de chefs de famille. C’est un gain net qui vient gonfler les poches trouées des ménages. Qui a vu venir ? Personne, pratiquement ! Tant la montée des prix du loyer a toujours paru relever du fait de Dieu. Et les faits de Dieu sont rarement regardés de face chez nous. La bataille a commencé au temps de Wade. Mais, ce bond dans le pouvoir d’achat des Sénégalais est un argument de moins pour l’opposition. La Commission, auteur du travail ayant abouti à la baisse avait déposé ses conclusions au Parlement un certain 31 décembre 2010. A l’époque, il n’y a eu rien du tout. Sauf cette «batterie de mesures destinée à alléger le fardeau du loyer. «Nous sommes sûrs d’avoir une batterie de dispositions qui permettront (…) d’alléger le fardeau du loyer», avait dit M. Mamadou Seck, alors président de l’Assemblée nationale. Il recevait le fameux le rapport de la commission d’enquête parlementaire sur le loyer.

Les auteurs du document avaient identifié 46 mesures pour accroître l’offre de logement en location-vente et en location simple. Il y avait aussi une proposition mettant à la disposition des promoteurs immobiliers et des particuliers des parcelles et des terrains pour maîtriser la flambée des coûts de construction.  L’utilisation, au profit du logement, des fonds de la Caisse de dépôts et de consignation du ministère de l’Economie et des Finances, l’amélioration des politiques d’aménagement du territoire et de transport, la baisse du loyer par un «réaménagement technique de la méthode d’évaluation» et la révision de la fiscalité sur les mutations d’immeubles et les revenus fonciers étaient aussi envisagées. Quant au gouvernement, la Commission lui a demandé de renforcer son rôle de régulation dans le domaine du logement. Et puis une session plénière est envisagée. Inutile de dire que le vrai débat a été esquivé. Il a fallu qu’une enquête de l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (Ansd) livre la cruauté qui sévit dans le loyer pour que le gouvernement prenne le taureau par les cornes. L’Ansd avait en décembre 2012 mis le doigt sur la plaie en faisant ressortir que 50,9% des chefs de ménage sont en location. Pire, 35 % des revenus des ménages sont engloutis par les frais de location. Le chef de l’Etat reçoit le rapport de la Commission dirigée par le député Iba Der Thiam, puis suit le document qui «opère des coupes» sur le coût du loyer allant de 29%, 14% à 4%, selon les types de logement. «Les réductions de 29%, 14% et 4%, c’est assez considérable. Il est à la fois important, acceptable et significatif», a déclaré, à la Rts, Macky Sall fustigeant les normes de construction et l’anarchie noté dans le secteur du bâtiment. Et enlève de la bouche un pain béni de l’opposition.

Mauvais cheval

Nos campagnes électorales ont toujours été des moments de dénonciation des conditions de vie, mais rarement des instants de proposition. En 2000, les socialistes ont reconnu avoir été vaincus par la demande sociale. Wade, alliant raillerie et critiques, demandait lors de ses meetings aux jeunes n’ayant pas de travail de lever la main. La forêt de mains qui se hissait devant le caméraman obligé de balayer le spectacle donnait à rire. Puis, s’ensuivait une série d’attaques sur les prix : le kilogramme de riz, les routes, l’école, les hôpitaux, les inondations, etc. C’est cela la demande sociale. A chaque campagne électorale, elle est la vedette. Macky Sall semble l’avoir bien compris au point de donner à penser sur son attachement au libéralisme. Les actes qu’il pose depuis bientôt deux ans sont tellement portés vers les couches défavorisées qu’on se demande s’il en restera encore dans la demande sociale.  L’alerte est trop forte. Modou Diagne Fada agite la sonnette d’alarme. Dans l’édition de L’Observateur du mardi 28 janvier 2014, il s’émeut sur «l’orientation trop sociale du gouvernement». Le responsable libéral trahit-il le désarroi du futur politicien incapable de mettre sous le registre critique quelque chose qui convainque ? On peut bien le croire. Même si, dans le même journal, Diagne Fada parle de la croissance à deux chiffres, du penchant trop marqué sur les infrastructures plutôt que sur l’agriculture. Rien à faire, la demande sociale sera vaincue ou jamais, semble se dire les tenants du pouvoir.

D’abord les salaires. Là, une baisse sur les impôts est opérée. La mesure fait «perdre» au trésor public près de 40 milliards de FCFA. C’est presque un suicide pour l’Etat. A Taïba-Ndiaye, dans le département de Tivaouane, Macky Sall, brise l’échelle des inégalités. Les premières «Cartes  Yaakaar» des bourses sociales sont remises aux bénéficiaires dans cette localité. «Le programme démarre avec 5 milliards de FCFA et va toucher 50.000 familles. En 2014, le cap des 100.000 familles sera atteint avec un budget porté à 10 milliards de FCFA. Mon ambition, c’est d’atteindre les 250.000 familles, soit à peu près 2 millions 500 Sénégalais d’ici à 2017», a lancé le président de la République. Au plan sanitaire, un autre enfant terrible de la demande sociale, Macky lance la Couverture maladie universelle (Cmu). La mesure, effective, ouvre la gratuité des soins pour les enfants de 0 à 5 ans. «Nous sommes dans la bonne voie», se félicite Mme Awa Marie Coll Seck, ministre de la Santé et de la Protection sociale. Là, c’est une cagnotte de 1,8 milliard de FCFA mobilisé pour l’achat des tickets de consultation. Et puis, lors de la dernière pénurie d’eau qui a frappé Dakar, les factures ont été supportées par comme promis, par l’Etat. A ce rythme, la demande sociale encore marquée par les inondations et l’emploi des jeunes risque de passer pour un mauvais cheval.

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