La décision du président Macky Sall d’octroyer une indemnité forfaitaire mensuelle de 500 mille francs CFA aux conjoints de chefs de missions diplomatiques et consulaires fait partie des sacrifices des Sénégalais, impunément volés par le fonctionnement inconséquent du pouvoir à l’ombre de moult priorités de notre réalité socioéconomique. 

«L’État n’est pas un Père Noël bienveillant. C’est un monstre égoïste et intrusif qui ne sera jamais satisfait. Et ce monstre est soutenu par la démocratie». Pierre Joseph Proudhon, l’un des premiers penseurs libertaires du 19ème siècle en France, ne s’est pas du tout trompé sur son postulat socialiste encore d’actualité à ce jour.  A la lumière de ce décret présidentiel de mai 2014 , il s’agit pour le trésor public sénégalais de débourser la somme totale d’environ 33 500 000 FCFA, soit un budget annuel de 402 millions FCFA pour les conjoints de quelque 67 patrons des représentations diplomatiques sénégalaises établies à travers le monde. Les bénéficiaires et autres acteurs de ce corps soutiennent que c’est une vieille doléance qui répond aux peines consenties par ces conjoints de personnel diplomatique, que le droit de la fonction public ne reconnaît guère nulle part.

En recherchant par quelle opération du Saint Esprit les forces princières ont trouvé le moyen de s’arroger un tel luxe, la presse et, en l’occurrence la radio Futur média, se sont entendu dire que cette allocation ne sera pas une charge parce qu’elle était prévue dans le budget du ministère des Affaires étrangères et des Sénégalais de l’extérieur. C’est bien le moment de relire attentivement les études comparatives de Tafsir Tchoye, l’ancien député PDS qui disait du vote du budget qu’il avait des subtilités laissant au pouvoir actuel autant d’abus que ceux qu’on reprochait à Me Abdoulaye Wade, sinon pire. Il n’est guère besoin d’être un spécialiste de l’économie pour réaliser qu’à cette allure le fonctionnement coûtera bien plus cher que l’investissement dans un pays qui se veut à la mode de l’émergence  dans les prochaines années. Faire de cette indemnité un abus serait tout à fait discutable dans un contexte d’ascension économique qui dissimule peu ou prou la pauvreté qui accable les Sénégalais. Le baromètre des performances socio économiques affiche en réalité tout le contraire de la sécurité industrielle ou de l’autosuffisance agroalimentaire. L’énigme du pouvoir sous les tropiques s’aggrave lorsqu’il faut se risquer à comprendre comment on en est parvenu à disposer de ce privilège supérieur au traitement moyen d’un agent de l’Etat, alors que les enfants continuent à décéder faute de soins médicaux ou que des femmes meurent encore en donnant la vie au Sénégal. Absurdité pour absurdité, les personnels de santé sont les moins gâtés des recrutements massifs de la fonction publique, en plus du fait que ce type de personnel n’est pas disponible en effectif raisonnable dans l’arrière-pays.

L’indemnité forfaitaire mensuelle de 500 mille Francs CFA est une bonne nouvelle pour les chefs de missions diplomatiques, qui bénéficiaient déjà d’avantages insoupçonnés dans l’exercice de leurs fonctions, compte tenu du prestige de représentation et des primes liées aux désagréments d’instabilité et autres incommodités. C’est à croire qu’il est donc temps que les magistrats qui ont longtemps fait chanter les autorités dans cette république en panne d’éthique, reviennent à la charge pour exiger davantage, les réclamations trouvant in fine une suite favorable. Dès lors, l’opportunité de grève dans toutes les agences et autres structures étatiques ou paraétatiques où les mois ne connaissent plus de terme, est tout à fait avérée et doit être mise en œuvre. Résultat des courses : le commun des Sénégalais est en droit de se demander en quoi les conjoints de chefs de missions diplomatiques sont plus dévoués à la nation que les enseignants, les personnels de santé et autres agents de la fonction publique immatriculés en bonne et due forme dans le fichier du personnel de l’Etat. Ces conjoints ne sont pas des agents de l’Etat, pour en dire le moins, puisqu’ils ou elles ne sont aucunement d’astreints à servir le développement de leur pays, si ce n’est celui d’avoir le privilège du rapport conjugal avec des agents d’un certain acabit. Aussi vrai qu’il est une émanation budgétaire, le décret en question garde bien jalousement son illégalité manifeste et son caractère fortement impopulaire.

Sans se risquer dans des statistiques infondées, on peut tout au moins constater que les étudiants de médecine en spécialité qui triment pendant de longs mois à 2 doigts de leur parchemin, faute de moyens logistiques de formation, n’affichent pas un besoin évalué à 400 millions de Francs CFA par année académique. Selon l’ancien ministre des Affaires étrangères et ancien ambassadeur, Seydina Oumar Sy, des pays comme le Mali et le Bénin ont depuis longtemps accordé cet avantage aux épouses des ambassadeurs. Une comparaison bien loin de la raison et de la réalité car les défis sont loin d’être les mêmes, bien que tous les pays de la sous région accusent les mêmes tares de gouvernance. Dans le cas du Mali, les controverses autour des privilèges que le président Ibrahim Boubacar Keita s’est arrogé en quelques mois le démontrent à souhait. S’y ajoute que ces pays cités par ce mimétisme stérile ne sont pas moins l’objet de chiffres cinglants de la misère avec un indice de pauvreté débordant

Même si le décret précise que le droit à cette indemnité s’éteint le lendemain de la cessation des fonctions de chef de poste, il n’en demeure pas moins que seul le contribuable sénégalais va en payer le prix. C’est d’ailleurs l’occasion toute rêvée d’aller fouiller dans les autres chiffres du fonctionnement de l’Etat pour réaliser que bien d’autres postes resquillent d’autant de prébendes politiques ou non, engagées par le prince. Absolument comme cela s’est toujours déroulé au palais de Roume, alors que le discours de la rupture laisse encore l’électorat sur sa soif. C’est à croire que Frédéric Bastiat eut raison de constater que les gens entrent en politique pour changer le monde’. C’est une mauvaise idée. La seule bonne raison d’entrer en politique est de conquérir le pouvoir pour permettre au monde de se changer lui-même.