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AUTOSUFFISANCE EN RIZ EN 2017 : Faut-il y croire ?

Publié le 24 novembre 2014 par Pape Mayoro Mamadou NDIAYE

Pour son Programme d’autosuffisance en riz à l’horizon 2017, le chef de l’Etat a effectué une visite dans la vallée du fleuve Sénégal au bout de laquelle l’espoir de sortir le pays de la dépendance alimentaire est perçu.

a tournée économique, à vocation agricole du président Macky Sall qui a eu lieu du 26 au 30 novembre, dans les zones bénéficiaires du Programme national d’autosuffisance en riz (Pnar) à l’horizon 2017, que sont les régions de Saint Louis, Matam et Tambacounda, a permis de s’enquérir de l’état de la production. Avec des milliers de terres cultivables et aménagées, de l’eau, des ressources humaines de qualité…et des producteurs dynamiques, déterminés et prêts à travailler, le Sénégal peut fonder l’espoir de voir le bout du tunnel. Il y a de grands chantiers dans la Vallée du fleuve Sénégal qui est la zone pilote pour atteindre l’autosuffisance.

Conscient qu’il n’est pas rentable de reprendre les aménagements au bout de deux ans, le président Macky Sall a demandé à la Société nationale d’aménagement et d’exploitation des terres du delta (Saed) de laisser le système classique et d’innover. Il a demandé à ce que la société en charge de ce programme cherche des alternatives pour trouver d’autres systèmes d’aménagement plus durables et plus résistants à l’eau. «Il arrive parfois que des entreprises fassent du mauvais travail. C’est ce qui s’est passé avec les superficies aménagées dans toute la zone de Bakel» ????. La Saed s’est engagée sur tous les fronts pour une durabilité des aménagements au niveau de toute la vallée. «Chercher des alternatives d’aménagement, ne veux pas dire que celui qui est là est mauvais. Mais, nous sommes suffisamment dotés de moyens et nous allons y réfléchir pour améliorer ce que nous sommes en train de faire», a soutenu M. Kanté.

Selon Penda Guèye, habitante de Ross Béthio et présidente de la fédération de groupements et associations des femmes productrices de la région de Saint-Louis (Feprodes), les magasins de stockage ont augmenté de même que les superficies aménagées. 119. 000 ha sont aménagés dans toute l’étendue du territoire et l’Etat a dégagé 16 milliards de Fcfa pour la campagne 2015.

On constate au niveau de cette vallée également, une nette amélioration du système de drainage vers les superficies aménagées. La cohabitation entre l’agrobusiness et les exploitations familiales sont devenues une réalité dans la vallée même s’il reste beaucoup. L’encadrement juridique est à définir concernant le foncier selon certains producteurs. Des préoccupations que le président Macky Sall a relevées.
Le président Macky Sall a annulé la dette des producteurs de riz de la Vallée du Fleuve Sénégal et de l’Anambé. Une ardoise qui était estimée à 13, 5 milliards de FCFA. Cette mesure prise par le chef de l’Etat est une bouffée d’oxygène pour les producteurs dont la plupart n’étaient plus éligibles au crédit depuis des années. Une démarche visant à lever les contraintes pouvant freiner l’atteinte du Pnar. Ces dettes ont été cumulées sur une période de 10 ans. «Ce ne sont pas des dettes de l’année. En réalité les dettes de l’année n’ont pas été épongées», précise cependant Mamadou Thierno Diallo, directeur de l’unité de gestion du Projet de développement agricole de Matam (Prodam). Le gouvernement a pris l’engagement de régler ces dettes pour permettre aux populations d’être dans les conditions d’éligibilité, de crédibilité. Ce qui permettrait aux acteurs d’être bancables. En plus de l’annulation de cette somme colossale, la Caisse nationale de crédit agricole du Sénégal (Cncas) a augmenté, à en croire le directeur général de la Saed, Samba Kanté, 72% de son volume de financement. Dans le seul but de permettre aux producteurs de retourner à la terre pour que le Sénégal n’importe plus un kilo de riz en 2017. «Il y a une avancée significative à tous les niveaux», a indiqué Ndiawar Diop, président de l’Union de Boundoum. Selon lui il y a des gens qui sont de bonne foi et qui n’ont pas pu payer mais la plupart des producteurs qui évoquent le problème de remboursement de crédits contractés à la banque sont de mauvais payeurs. Ils ont fait exprès de ne pas payer.

Après l’annulation de l’ardoise de 13, 5 milliards de FCFA, des producteurs qui étaient en règle avec la Cncas réclamaient un remboursement. Une demande qui ne peut être satisfaite. Pour Samba Kanté Dg de la Saed, «Nous avons pris à bras le corps, le problème du crédit. Je peux vous assurer que dans la vallée, les mauvais payeurs savent à qui ils ont affaire», a-t-il soutenu. Après s’être battus à côté des producteurs pour l’effacement de la dette, la Saed s’est engagée à ne plus accepter que la même situation ne se reproduise. Raison pour laquelle, en partenariat avec la Cncas, elle est en train de travailler pour sécuriser le crédit. Samba Kanté a déclaré qu’ils ont créé les conditions pour que les gens puissent bien produire et bien payer après. Pour y parvenir, a-t-il poursuivi, chaque village a au moins un comité de crédit, et la demande tant qu’elle n’est pas visée par ce comité de crédit du village, ne peut être satisfaite.

Certes, plusieurs défis doivent être relevés pour permettre au pays d’atteindre l’autosuffisance en riz, mais le président de la République, Macky Sall, s’est dit convaincu que le Sénégal est dans la bonne dynamique de réaliser une production de 1.600.000 tonnes de riz paddy, en 2017 (voir dernier numéro de « La Gazette »). C’est pourquoi lors de sa tournée économique du 26 au 30 novembre, il a promis de doter la filière rizicole des moyens nécessaires pour qu’à partir de 2017, le Sénégal n’importe plus un Kg de riz. Il s’agit de l’octroi de semences certifiées aux producteurs, de l’augmentation et de la mise en valeur des superficies aménagées, de l’augmentation de la mécanisation avec une commande de plus de 1.000 tracteurs qui seront subventionnés et de la suspension de la Tva sur le riz pour une meilleure promotion du consommer local. A cela s’ajoute la levée de la prime fixe liée à l’électricité, la mise en place d’un système de régulation en amont sur l’importation pour aider les producteurs de riz à écouler leurs récoltes et le soutien pour l’accès au crédit agricole avec les opérateurs qui ont été désignées par l’Etat.

Toutefois, des contraintes pouvant constituer un obstacle à l’atteinte de l’autosuffisance en riz sont encore très présente. Le défi de la maîtrise de l’eau doit impérativement être relevé si le Sénégal veut atteindre son objectif. En effet, dans la région de Matam et dans le département de Bakel, c’est un souci chez les producteurs. Cette maîtrise permettra aux producteurs de cultiver 12mois sur 12. Dans des zones comme le Delta, la mise en valeur des terres est le plus grand défi. «Des avancées très significatives sont obtenues par rapport à la maîtrise de l’eau. Maintenant, il faut emblaver tout ce qui est aménagé au niveau du Delta», a déclaré le directeur général de la Saed. Selon Samba Kanté, pour les autres zones, il est nécessaire de faire pareil. «C’est cela qui permet aux exploitants rizicoles de passer d’une simple culture à une double culture voire même triple», a-t-il dit.

Parmi les contraintes pouvant constituer un obstacle à l’atteinte de l’autosuffisance en riz : le retard de paiement des factures d’eau de l’Omvs. De l’avis de Samba Kanté, il y a effectivement un mécanisme de paiement de ces redevances. «C’est vrai qu’il y a des arriérés. Mais, nous sommes en train de faire des pas de géants avec les producteurs qui sont conscients de la nécessité de payer ces redevances». Quid du montant dû, Samba Kanté opte pour le silence.

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