Dans la cour de la Division régionale de l’Environnement de Kédougou, sous un manguier, le directeur Pathé Dièye nous installe dans une ambiance décontractée. Loin des bureaux étuves en cette période de l’année. Habillé d’une demi-saison, écouteurs aux oreilles, Dièye a un agenda surchargé. Dans cet entretien au pas de course, il fait l’état des lieux sans complaisance de l’impact sanitaire et environnemental découlant de l’activité minière dans la région.

Quelle est la situation actuelle de l’impact de l’activité minière sur l’environnement à Kédougou?

L’activité minière dans la région de Kédougou évolue de manière assez rapide. Nous avons noté beaucoup de projets miniers. Toutefois, on constate que le secteur de l’exploration était plus dynamique dans le passé qu’aujourd’hui, à cause de la chute du cours de l’or. A côté de cela, il y a l’exploitation industrielle de l’or. Elle est pratiquée actuellement par une seule société à savoir Sabodala Gold Opération. D’un point de vue environnemental, l’activité minière est associée à beaucoup d’impacts sur l’environnement. Aussi bien dans le secteur industriel que dans l’orpaillage traditionnel, les impacts sur l’environnement sont considérables.

Quels sont les constats faits sur le terrain ?

Dans l’orpaillage, nous avons noté que les pollutions sont très importantes. Cela est lié particulièrement à l’utilisation de produits chimiques tels que le mercure et le cyanure. Aujourd’hui, la division de l’Environnement a pris plusieurs mesures visant à éliminer l’utilisation de ces produits chimiques. Au niveau de l’activité industrielle, il y a des évaluations environnementales qui se font avant la délivrance d’un permis d’exploiter. Toutefois, les impacts environnementaux sont très importants. Mais, il y a un plan de gestion environnementale et sociale qui est mis en œuvre. Les services de la direction de l’environnement contrôlent constamment l’effectivité de sa mise en œuvre. Beaucoup de mesures sont prévues pour amoindrir l’impact de l’activité minière sur l’environnement surtout en ce qui concerne l’exploitation industrielle.

Avez-vous fait des études pour mesurer la pollution découlant de l’activité minière?

Oui. En 2012, le ministre de l’Environnement de l’époque Aly Aïdar est descendu sur le terrain pour faire de prélèvements au niveau du fleuve Gambie, plus précisément dans la zone de Mako. Le suivi environnemental dans la zone est très rigoureux. Par contre c’est une région très vaste et plusieurs endroits sont difficilement accessibles. C’est surtout dans ces zones où se cachent les orpailleurs qui ne respectent pas l’environnement.

Est-ce que l’interdiction d’utilisation de substances chimiques annoncée par le ministre avant la réouverture des diouras, est respectée par les orpailleurs ?

Présentement toute personne appréhendée avec du cyanure ou du mercure sans autorisation est immédiatement arrêtée.

Quels sont les impacts sanitaires et environnementaux de ces substances toxiques sur les populations?

Les impacts sanitaires de ces substances sont directs. Quand une personne inhale ou absorbe le cyanure, elle meurt. Dans l’histoire, on a vu que les nazis utilisaient le cyanure pour exterminer les captifs dans les camps de concentration. Donc pour le cyanure, l’impact sanitaire est automatique. A Kédougou, il n’y a pas une évaluation permettant de voir le nombre de victimes pour le cyanure. Mais, les autorités administrations sont en train de réfléchir sur les mesures concernant l’utilisation de cette substance. Le mercure est cancérigène. Il peut causer des malformations ou des déformations.

Est-ce que vous avez décelé sur le terrain des signes d’intoxication à ces produits chez les populations ?

Chez les populations qui sont dans les sites d’orpaillage, nous avons noté des signes de somnolence et des problèmes d’indigestion. La longue exposition d’une personne au mercure peut entraîner ces signes-là. Nous avons sensibilisé les populations sur ces faits qui sont des indicateurs d’intoxication au mercure et peuvent aboutir au cancer.

Travaillez-vous avec les services de la santé ?

Il y a des perspectives de collaboration entre les services de l’environnement et ceux de la santé. Le centre antipoison de Dakar est venu à Kédougou, il y a peu de temps, pour travailler avec la division pollution et nuisance de la direction de l’environnement. Ils se sont rendus à Bantaco pour parler directement aux populations. Le centre antipoison travaille étroitement avec la direction nationale de l’Environnement, mais il est souhaitable d’élargir cette collaboration à la base, au niveau des services sanitaires et environnementaux décentralisés.

Est-ce que les compagnies minières procèdent à la réhabilitation environnementale ?

Dans le passé nous avions constaté que cette réhabilitation ne se faisait pas. Mais depuis deux ans, à travers des études faites par des consultants, la direction de l’Environnement rend obligatoire aux sociétés, de fournir un plan de réhabilitation. Une société comme Sabodala Gold Opération procède à une réhabilitation progressive. C’est-à-dire que la réhabilitation se fait progressivement, au moment de l’exploitation et non après. Il faut aussi noter que nous avons des mines très jeunes et la réhabilitation est un processus complexe qui nécessite des études et des essais. D’ailleurs, nous avons constaté que ce que la SGO est en train de faire consiste à des essais de réhabilitation. Et non à une réhabilitation au sens le plus complet du terme. A l’heure actuelle, aucune réhabilitation correcte et acceptable d’un point de vue environnemental ne se fait.

Qu’en est-il de la réhabilitation des sites d’orpaillage ?

Pour le moment, il n’y a pas de réhabilitation pour ces sites. Les textes ne prévoient pas de réhabilitation pour l’orpaillage. Ce qui se fait actuellement n’est pas de l’orpaillage. Il s’agit plutôt d’une activité semi-industrielle. L’orpaillage en réalité est une activité de traitement très simple de l’or qui se trouve au niveau des cours d’eau. Sur ces sites les femmes viennent tamiser pour chercher de l’or. Mais ce qui se passe sur le terrain mérite une nouvelle appellation correspondant plus à la réalité. Les textes qui devaient en principe organiser cette activité prenaient en compte l’orpaillage sur les alluvions, les cours d’eau, etc. Mais cet orpaillage qui utilise des machines, des explosifs, du mercure, des produits chimiques où les gens creusent jusqu’à 60 m de profondeur ne correspond pas à la définition conventionnelle de l’orpaillage. Pour cela, les textes ne prévoient pas la réhabilitation pour cette activité.