Attention aux impairs

Sur la kyrielle de questions qui pullulent autour du XVème sommet de l’organisation internationale de la francophonie très attendu les 29 et 30 Novembre à Dakar, figure en bonne place celle du casting pour le poste de secrétaire général au moment où les orateurs affrontent l’exigence de dépasser le temps des folklores. Evidemment, ce n’est guère surprenant que l’Afrique qui occupe cette fonction depuis sa création en 1999 ne puisse jamais s’accorder autour d’un seul nom mais cette fois, le risque de perdre à jamais l’opportunité à elle offerte par le pacte non écrit de Hanoï se précise.

Une fois l’âge relativement avancé du congolais Henri Lopès mis en rivalité avec les enjeux de modernité contemporaine de la gouvernance mondiale et eu égard à son silence assourdissant de ces dernières semaines de campagne, les usages de rangs dispersés, propres à cette Afrique francophone diversement aux ordres, se précisent à l’approche du sommet. Le contexte d’une impossible candidature africaine officielle, en raison des pesanteurs géostratégiques de chaque ancienne colonie et ses égos, est une porte ouverte à la seule candidature non africaine : l’ancien gouverneur du Canada Michaëlle Jean. Un nom maugréé depuis sa table ronde sur la parité homme-femme dans l’espace francophone au dernier sommet de Kinshassa. Si bien que les bruits de couloirs feutrés qui prédisent une candidature unique d’Afrique de provenance non africaine, pourraient prospérer par défaut devant une série d’impairs inédits. En réalité, la règle non écrite de Hanoï qui voudrait que le poste de secrétaire général soit réservé aux candidats du Sud ne vaudra plus que le pesant de métal que voudront bien lui donner les dirigeants du Sud et en l’occurrence d’Afrique, majoritaires. Une règle qui perd chaque jour son caractère péremptoire du fait de sa vulnérabilité et de sont trop long séjour dans l’ombre officieux de la pratique depuis son adoption en Novembre 1997. Elle n’a pu être intégrée dans la charte de la francophonie adoptée en 2005, soit 8 ans plus tard et par compréhension analogique, il apparaît qu’elle a déjà été violée, tout au moins dans la nomination d’un envoyé spécial en Centrafrique non originaire d’un Etat du Sud. Comment peut-on continuer d’y croire lorsqu’on a constaté que l’élection de Nkosazana Dlamini- Zuma à l’Union Africaine en juillet 2012 violait bien une règle non écrite, en l’occurrence celle qui écarte de la fonction les ressortissants des pays les plus puissants du continent. C’est à croire que l’Afrique fatalement divisée sur de grands sujets, doit redoubler de prudence et relever sa vision pour ne pas briller par les impairs au casting de Dakar.

Selon Isidore KWANDJA NGEMBO, ancien conseiller à la direction Afrique centrale et occidentale au ministère canadien des affaires étrangères, Michaëlle Jeanest toute faite pour l’OIF. Elle est presque la seule candidate disposant d’un accès privilégié aux acteurs clés de la gouvernance mondiale, avec en prime sa proposition de francophonie économique susceptible d’accompagner résolument les pays africains dans leurs efforts de développement.Le charme et la personnalité de cette excursionniste haïtienneaux origines historiques proches de l’Afrique noire sont incontestables. Ce pourrait même être l’opportunité d’un buzz comme les dirigeants francophones savent en trouver, pour vendre une rupture de genre, à la faveur des précédents plaidoyers de la candidate dans son élan de campagne. Cependant, son élection consisterait à envoyer le message clair selon lequel les pays du sud n’ont pas de leader de qualité et que l’OIF, pour reprendre plusieurs analystes français, n’est qu’une simple affaire de communication. Sinon entre le rendez-vous de l’Union africaine de Juin à Malabo et l’assemblée générale des Nations Unies de Septembre à New York, les dirigeants africains auraient pu parfaire les chœurs avant d’arriver à Dakar. La chute de Blaise Compaoré et la trop discutable candidature du burundais Pierre Buyoya viennent en rajouter à la complexité du contexte. Les deux accessions de Pierre Buyoya à la magistrature suprême de son pays en 87 et en 96 se sont opérées par les armes et n’eût été cette espèce de passivitéparfois coupable qui caractérise les dirigeants membresde l’Union Africaine autour d’un des leurs, il n’en serait pas un haut représentant. Encore moins, porteur d’un projet pour l’OIF qui tout au moins par principe universellement reconnu, se veut la vitrine de la démocratie et des valeurs républicaines. En avril 2014, leCanada avait déjà suspendu sa contribution volontaire de 20 millions de dollars au Commonwealth, le pendant de la francophonie, tant et aussi longtemps que le secrétariat général de cette organisation sera assuré par le Sri Lanka, en protestation contre les violations des droits de l’Homme dans ce pays. Dakar est-il à l’abri de ce type d’impair inexcusable ?

La candidature du mauricien Jean Claude L’Estracà cheval entre les clivages entre les Etats et les obligations géostratégiques que partagent leurs dirigeants francophones sur le continent pourrait se heurter à quelques surprises. Fût-il le favori de la candidature unique telle qu’idéalisée au sein de l’opinion panafricaine francophone. Et donc, s’il fallait rechercher un candidat anciennement Chef d’Etat pour chausser les bottes d’Abdou Diouf, Madame Jean reviendrait dans les paris. Pourtant, la fonction de gouverneur du Canada ou plus clairement de vice reine qu’elle a occupée sans passé gouvernemental ou diplomatique relève selon l’analyste Christian Rioux de la perpétuation du simple symbole colonial. Il n’en veut pour première preuve que l’évidence qu’elle ne revendique aucun parrainage, aucune négociation ou réalisation majeure dans cette fonction, encore moins la moindre influence sur la politique canadienne. C’était une monarchie par procuration comme dirait le politologue Marc Chevrier. De plus, la consécration de Michaëlle Jean serait une récompense à une bourse de Toronto de plus en plus redoutée dans l’ombre comme le bourreau des ressources minières du continent. Son élection serait une prime à un gouvernement peu francophile au moins par ses juges unilingues anglophones dans les hautes juridictions. Un gouvernement devenu le premier soutien inconditionnel d’Israël, se désengageant de l’Afrique francophone où se joue l’avenir de la Francophonie. Il est venu le moment pour l’OIF de copier l’indiscutable influence du Common Wealth où le secrétariat général a toujours été occupé par un ancien ministre ou diplomate de haut rang et dont la fondation sur des bases de l’économie de marché a fini de refaire l’autorité et l’utilité mondiale de l’organisation.

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