Le Sénégal est entré dans l’ère de la départementalisation et de la communalisation intégrale au soir du 29 juin.  Mais, sa démocratie est loin d’être achevée. 

Y-a-t-il arnaque sur la marchandise ou est-ce un simple calcul politique ? Pour reporter les Locales initialement prévues en mars 2014, l’Etat avait sorti  l’Acte 3 de la décentralisation. Trois mois après, la réforme n’est toujours pas achevée. La deuxième phase est toujours en gestation. Pourtant, Me Oumar Youm, le ministre des Collectivités Locales et le comité de pilotage assuraient que la publication  se ferait avant le scrutin du 29 juin. Promesse non tenue.

Au lendemain des municipales, et à l’aube des renouvellements communaux et de l’inauguration des départements, la territorialisation attend encore sa grande révolution. Le transfert des moyens, vecteur de création de richesses et d’emplois au niveau local, reste un vœu pieux. La grande inconnue demeure.  Qu’est-ce qui va se passer entre l’Etat, les départements, les communes et les ex-communautés rurales, qui, à part quelques-unes, ne vivent que de la taxe rurales ? Comment gérer le foncier ? Quel pouvoir local ? Quelle fiscalité locale ? La réforme financière serait-elle achevée ? Toujours pas de réponse, c’est la grande incertitude. Les germes de l’échec des régions subsistent encore aujourd’hui. Pour inverser la tendance, il est plus que temps pour le comité de pilotage d’achever l’Acte 3 pour booster le taux de croissance. Le défi majeur de l’Acte 3, c’est  la création de richesses et d’emplois au niveau local. Ainsi seulement, le président Macky Sall fera taire la critique selon laquelle la réforme de la décentralisation visait plus à écarter les nouveaux vainqueurs et maires sortants, Khalifa Ababacar Sall (Dakar) et Idrissa Seck (Thiès), qu’à viabiliser les territoires.

L’autre priorité pour asseoir le développement local, c’est des ressources humaines de qualité. La loi sur la fonction publique locale tarde à être votée. Les milliers de travailleurs en sursis avec la suppression des Régions vivent encore dans la tourmente. Parce que le cadeau promis la veille du 1er mai est devenu caduque. Rappel : Me Youm s’engageait en mars dernier  à se «battre pour cette mise en œuvre, «parce que c’est une requête légitime et nous nous y emploierons (…) pour qu’à la veille du 1er mai, les travailleurs des collectivités locales puissent savourer la victoire et constater de visu que leur combat qui a été porté depuis plus de trente ans, a connu une issue favorable, au profit de la décentralisation et du Sénégal». Deux mois plus tard,  c’est toujours le statu quo. Me Omar Youm doit passer aux actes s’il croit toujours que «la fonction publique locale permet de sécuriser les emplois, tout en rendant attractif le travail de ces collectivités locales. Elle est sous-tendue par quatre principes directeurs que sont l’unité, la parité avec la fonction publique de l’Etat, la mobilité et le respect de la libre administration des collectivités locales». Il est temps d’agir.

L’urgence de la réglementation  du financement des partis politiques

Rupture où es-tu ?  Longtemps dénoncé mais toujours à la mode, l’argent et la politique font toujours bon (ou mauvais) ménage. Dans plusieurs localités, il est reproché à la mouvance présidentielle de s’adonner à l’achat de consciences durant le processus électoral, déchirant  ainsi les belles résolutions de rupture. Même le palais n’est pas épargné, le journaliste Pape Alé Niang de la 2stv révélait dans l’émission «CA ME DIT MAG» qu’une enveloppe de 450 millions FCfa  a été remisE à un ministre pour qu’il s’implique à côté de la coalition Benno Book Yakaar. Autres présumés coupables, Aminata Touré, le Premier ministre et candidat malheureux à Grand Yoff, Aliou Sall et Moustapha Diop, respectivement vainqueur des communes de Golf Sud et de Louga. Leur butin se chiffrerait à plusieurs millions. La stratégie a connu des succès divers. Payante à Louga où Moustapha Diop a presque envoyé à la retraite la doyenne Aminata Mbengue Ndiaye. Mais perdante à Grand-Yoff où le charme des billets n’a pas opéré. A  Guédiawaye, par contre,  les  finances ont  apporté un plus au candidat de BBY. Aliou Sall a remporté sa commune parce qu’il a aussi surfé sur la faible offre des listes mais aussi la fuite des anciens administrateurs. Aïssatou Sow Diawara, maire sortant, s’est refugiée dans la liste proportionnelle. Malick Gackou, son présumé grand challenger, a observé une curieuse abstention.   Mimi n’a pas eu la même baraka à Grand-Yoff, terrain miné par Taxawu Dakar.

2700 listes : accepter les candidatures citoyennes

Faut-il avoir peur des listes citoyennes ? Non, elles n’ont pas d’incidence sur les résultats. A Dakar, Thiès, Kaolack, Fatick, Ziguinchor, Podor… et Saint-Louis, les politiques gardent la main. Les candidatures citoyennes arrivent loin derrière le peloton de tête et brillent par leurs maigres voix. Excepté à Sokone où Mamadou Guèye sort du lot. Tous doivent lire le scrutin du 29 juin.

Si Macky Sall est appelé à avoir une bonne lecture des résultats de ses proches collaborateurs, ministres défaits. Le Sénégal aussi est appelée à se  pencher sur sa  démocratie presque défaite avec cette pléthore des listes. L’Etat a pris les devants et envisage une révision pour une «meilleure organisation ». «La pléthore de liste contribue à fausser le vote des citoyens», déclare Macky Sall. Les Locales et ses 2.703 listes ont coûté 15 milliards de francs Cfa de budget dont 4 milliards pour l’impression de plus 100 millions de bulletins de votes.

Pour un  suffrage universel direct

C’est la grande revendication citoyenne. Aux élections présidentielles, les électeurs élisent au suffrage direct le Président ou les députés, mais aux Locales, ils votent mais n’ont aucune prise sur le choix du Maire. Il  est élu au suffrage indirect par les conseillers municipaux et départementaux. C’est souvent  à bout de combines et de tractations que l’écharpe est enfilée. Et très souvent, la volonté populaire est sapée par les calculs politiques en coulisses. Passer au suffrage direct remotiverait peut-être les électeurs souvent désabusés et en froid pour le choix du Maire. Le faible Taux de participation y puise peut-être sa source.