Approches consensuelles

La prochaine publication du Doing Business, au mois d’octobre, est fortement attendue par les autorités sénégalaises. Cet examen de notation avait suscité une grosse colère de la part du président de la République, qui avait mal apprécié la position qu’avait occupé l’année dernière le Sénégal dans le classement du Doing Business. Le président Macky Sall avait dégagé des lignes principales correctrices pour que le nécessaire soit fait, afin d’améliorer l’environnement des affaires. Interpellé par la Gazette dans le présent numéro, le Directeur Général de l’APIX, Mountaga Sy, a évalué les efforts du Sénégal pour améliorer son environnement des affaires. Il juge satisfaisants les actes qui ont été posés. Il reste que des efforts sont à faire, car, bien qu’une vingtaine de mesures aient été prises, l’entreprise sénégalaise est en péril. C’est l’ambassadeur des Etats Unis, Lewis Lukens, dont le départ du Sénégal est prévu en juin, qui tire la sonnette d’alarme. Une alerte de plus pour dire que le gouvernement doit davantage se pencher sur la situation de l’entreprise locale, confrontée à des choix non conformes aux intérêts du pays. Cette situation doit être revue promptement si l’on veut atteindre l’émergence. La voix des organisations patronales ne cesse de se faire entendre sur les dangers qui menacent l’entreprise. La préférence locale doit être de mise et, à ce niveau, c’est une volonté politique forte qui doit s’exprimer.

Les locales 2014 sont véritablement source de tracas pour le président de la République confronté à une donne inattendue : Touba la cité religieuse, tord le cou à la Constitution en mettant en place une liste où aucune femme ne figure. Cette disposition suscite une levée de boucliers de la part des organisations féminines, au moment où la plupart des partis politiques, comme le PDS, se prononce au profit de Touba. Cette distorsion à la Constitution est une démarche opportuniste car la loi est faite pour être appliquée dans toute sa rigueur.

Macky Sall s’impliquera-t-il dans le dossier de la liste de Touba en validant la liste du khalife général des mourides ? La question agite le landerneau politique. La Commission Nationale Electorale Autonome (CENA) a envoyé une délégation auprès du Khalife général des mourides, qui est resté inflexible sur la composition de sa liste. Le modus operandi concernant la liste ne peut être revu, car la démarche est immuable, a souligné le khalife. L’embarras dans lequel se trouve la CENA est réel et aurait pu être évité si une concertation avait eu lieu à Touba. Y a-t-il eu manquement de la part des différents acteurs, que ce soit au plan administratif ou politique ? A-t-on expliqué au khalife ce qu’est la parité ? Mieux, les différents partis qui ont été invités à proposer des noms sur la liste ont-ils pensé à la parité ?

Terre de privilèges et d’interdits, Touba est la seule collectivité où une seule liste est en compétition lors des élections locales. C’est dire que la cité religieuse a ses pratiques approuvées (Pas d’école publique française, interdiction de fumer, de porter des vêtements indécents, de boire de l’alcool, de se droguer) par tous ceux qui ont eu à diriger le Sénégal depuis son indépendance. Avec son statut de communauté rurale, Touba dispose au plan sécuritaire d’un commissariat de police et d’une brigade de gendarmerie. Le Magal de Touba est, depuis sa dernière édition, une journée chômée et payée. Autant dire que Touba est spéciale. Lui donner un statut spécial est à l’étude et il est certain que le gouvernement pourrait accélérer le processus, parce qu’il ne saurait en être autrement. Reste que la CENA ne peut qu’appliquer la loi pour ne pas se décrédibiliser et fausser le jeu démocratique en vue des prochaines élections de juin 2014. Une telle juste mesure ne doit pas être interprétée comme un acte de courage ou une volonté de désavouer les autorités de Touba. Il s’agit juste de respecter une décision formellement inscrite dans la constitution sénégalaise.

Encore la pêche ! La gestion de ce secteur connaît régulièrement de graves soubresauts. De la gestion des socialistes en 1992 avec l’affaire des bateaux de pêche, en passant aux libéraux qui sous Khoureïchi Thiam ont été épinglés par l’Inspection Générale d’Etat (IGE) pour avoir délivré des autorisations de pêche à Ali Haïdar, l’actuel ministre de la Pêche, coupable, selon les professionnels du secteur, d’avoir signé des accords non avenus avec l’Union Européenne. Ali Haïdar est-il allé trop vite en besogne en faisant fi des recommandations des acteurs de la pêche qui souhaitaient qu’avant la signature d’un quelconque accord la revue du Code de la pêche soit terminée. Le gouvernement doit trouver une solution à ce dossier, en invitant les différents acteurs autour d’une table, pour une lecture consensuelle.

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