Homicides volontaires, vols à main armée, agressions, de même que d’autres crimes et délits, sont en train de faire planer la peur sur la capitale sénégalaise et l’intérieur du pays. Les chiffres font froid dans le dos : en l’espace de trois jours seulement, autant de personnes ont été froidement tuées à Dakar et dans sa banlieue. Au même moment, la police qui devait sécuriser les populations se débat dans des accusations de bavures policières.

Dakar, la politique sécuritaire de proximité est en train de s’éloigner des populations. En soixante douze heures, un jeune a été poignardé, un autre retrouvé mort ligoté et un vigile a été mortellement agressé. Ces trois meurtres en l’espace de seulement quelques jours, ont de quoi faire réfléchir les autorités sur ce concept de «sécurité de proximité» basé sur l’implantation de postes de police de proximité à Dakar et dans sa banlieue.

Le 21 octobre dernier, Ndoféne Sène, âgé d’une soixantaine d’années, a été sauvagement tué par des agresseurs, qui se sont enfuis avec 4 millions FCFA et diverses marchandises trouvées dans le magasin où ce dernier travaillait comme gardien. Mais ce crime horrible intervient aussi quelques heures après une agression mortelle à Patte d’oie et fait suite au décès d’un homme d’une quarantaine d’années, Moustapha Diagne, à Médina Gounass dans la banlieue de Dakar. Auparavant, le 14 octobre, un jeune homme a été retrouvé mort et ligoté dans le quartier relativement tranquille de Mermoz.

Si ces crimes crapuleux ont été enregistrés à divers endroits de la ville, cela démontre une fois encore que la criminalité n’est pas seulement un phénomène de banlieue. Mais aussi et surtout une question qui se pose avec plus de gravité, car aucune zone de la capitale n’est épargnée.

Ces «faits divers», où se croisent agresseurs connus des services de police, petits voyous et violence inexpliquée, viennent ainsi s’ajouter à la longue liste de meurtres commis depuis le début de l’année. Aujourd’hui, ces crimes n’ont pour seul lien que leur atrocité, leur simultanéité et… leur impunité.

LA POLICE DE SECURITE NE SUFFIT PAS

A contrecourant des promesses récurrentes du programme Yoonu Yokkute qui a l’ambition d’assurer la sécurité par la «poursuite des efforts pour une police de proximité», chaque nouveau coup de poignard éloigne davantage les Sénégalais du terme sécurité. Et cela apparaît dorénavant comme un signe d’impuissance et une incapacité des autorités à enrayer une violence, qui faisait rage déjà avant l’arrivée des nouvelles autorités à la place Washington. Certes, l’Etat a eu raison de rapprocher les commissariats de police des populations et de faire des rafles plus régulières. Mais il faut le dire, cela ne suffira pas à enrayer la spirale meurtrière. Après une dizaine d’assassinats depuis le début de l’année, il est impératif d’augmenter les moyens et de renforcer les effectifs policiers. En janvier dernier, le général Pathé Seck, alors ministre de l’Intérieur, affirmait déjà qu’il y a «un véritable problème d’effectif qui se pose dans la Police sénégalaise». Il insistait d’ailleurs sur la nécessité de «développer des programmes de remise à niveau, dans le but d’aider ce service de sécurité à mener sa mission de sécurisation des personnes et des biens».

INSUFFISANCE DES EFFECTIFS

Lui emboîtant le pas, un officier de police interpellé sur ces trois meurtres commis la semaine dernière, a également mis l’accent sur le «dénuement» des forces de l’ordre face à la criminalité galopante. Il estime qu’il faut «augmenter, de manière substantielle, les forces de l’ordre et renforcer la sécurité à tous les niveaux, en les dotant aussi d’une formation digne de ce nom».

En attendant, l’Etat est en train de poursuivre sa politique d’implantation de nouveaux commissariats de police des Communes d’arrondissements. Particulièrement en banlieue dakaroise à Golf Sud, Guinaw rail sud, Yeumbeul Dalifort, Mbao ou encore Keur Massar, etc. Mais, pour éviter que la «distance» entre les populations et la police ne se creuse davantage; il serait tout aussi judicieux de veiller à ce que les bavures policières et autres dérives ne prennent le pas sur la protection des citoyens.