«Accouchement humanisé» - La délivrance dans la liberté

Plus de 400 femmes ont bénéficié d’un accouchement humanisé au centre de santé Gaspar Camara. Ce style d’accouchement leur permet d’adopter la position de leur choix, mais aussi d’être accompagné d’un proche jusqu’au premier cri du Bébé. Tout cela dans une ambiance familiale avec les prestataires et une meilleure communication.

Les temps ou la femme en travail était contrainte de rester allongée sur une table est révolue. Du moins, l’accouchement humanisé leur offre-t-il plus de liberté et d’autres avantages, grâce à des innovations apportant plus de confort. Trouvé à son bureau au centre de Santé Gaspar Camara, la maitresse sage femme explique: « Avant on interdisait au femmes de manger et de boire pendant le travail ; mais maintenant on leur autorise non seulement tout cela, mais elles ont le choix d’accoucher dans la position qu’elles veulent ». Mme Camara ajoute : « quand une femme était en travail, le premier reflexe était de lui administrer une perfusion qui l’obligeait à se coucher, à se mobiliser. Mais là, on veut que tout soit naturel : il n’y a pas de perfusion, ni d’injection à tort et à travers. La femme est vraiment libre ». Lui emboitant le pas, Dr Ndèye Awa Diagne Paye, gynécologue obstétricienne, justifiant l’efficacité de ce genre d’accouchement précise : «L’accouchement est quelque chose de naturelle. Si on remonte à l’antiquité, nos ancêtres n’accouchaient pas dans des structures hospitalières médicalisés ; elles le faisaient dans leurs maisons, dans les positions qu’elles voulaient. Il faut juste les encadrer pour éviter les complications ».


ENCADRER POUR EVITER LES COMPLICATIONS

En effet, à la différence de l’accouchement médicalisé ou on t’impose une position dans la seule table qui était mise à disposition, des salles d’accouchement à style libre sont aménagées pour l’accouchement humanisé. « En plus de notre ancienne Salle, il y’a deux autres sales d’accouchement à style libre qui sont aménagées », renseigne Dr Ndèye Maguatte Ndiaye Ndome du centre de santé Gaspard Kamara. Dans ces nouvelles salles, on a mis à la disposition des futures mamans des accessoires, des coussins, des balançoires, etc. pour un accouchement libre. Ainsi la femme en travail se sentira comme chez elles et ne sera pas dépaysée, car la salle est bien aménagée avec des tatamis, des fleurs, des ballons, etc. « On a tout mis en œuvre pour que la femme puissent se sentir à l’aise et vivre son accouchement comme un événement heureux », se réjouit la sage femme. Et de poursuivre : « mieux, avec les accessoires, elles peuvent se balancer, se coucher, se courber, se tordre comme elles veulent. Elles suivent ainsi leurs instincts dictés par la physiologie du corps. Elles peuvent même déambuler dans leur chambre sans déranger personne, jusqu’à ce que l’accouchement soit imminent». Cette liberté permet d’un côté de soulager les contractions utérines, très douloureuses. De plus, selon Mme Camara, le coût de l’accouchement est revenu à la baisse : « les longues ordonnances sont réduites, il n’y a plus de perfusion ; seringues, cathéters entre autres.


LA FAMILLE EN SALLE D’ACCOUCHEMENT

L’autre avantage de l’accouchement humanisé, c’est de pouvoir laisser un parent qu’elles auront choisi tenir compagnie à la femme en travail depuis la consultation prénatale. Ce qui apporte un plus pour accoucher dans les meilleures conditions. « Quelle que soit l’intensité de la douleur, la présence de la famille peut aider à l’évacuer. Elle procure le courage d’affronter la douleur des contractions utérines », explique la spécialiste. Ainsi les proches de la femme en travail seront autorisés à rester avec elle dans la salle durant tout le travail même pendant l’accouchement jusqu’à la délivrance. Dr Ndèye Awa Diagne Paye explique que l’avantage de cette présence, c’est lorsqu’elles sont en travail, certaines femmes ne peuvent pas supporter la douleur. Elles crient, hurlent, vont dans tous les sens. « Quant elles sont agitées, la présence d’un proche les calme, le travail est beaucoup plus rapide et il y a moins de complications », explique Dr Diagne. Ajutant qu’avant cette méthode, elles étaient obligées de leur donner des médicaments pour les calmer, afin que leur travail puisse se faire en paix.

Autre volet important de l’accouchement humanisé : la communication. Auparavant, l’accouchement avait posé beaucoup de problèmes surtout liés à la communication, soutient la gynécologue. C’est ainsi que l’accouchement humanisé, c’est tout d’abord une meilleure communication entre les femmes qui viennent accoucher, leurs accompagnants et le personnel trouvé sur place. Ainsi, ce style d’accouchement commence depuis l’accueil de la patiente: « C’est le même accouchement qui était là, mais qu’on a « amélioré » pour faciliter la relation prestataires-patientes, qui passe par un bon accueil, et se fait dans une bonne ambiance familiale et une bonne communication » soutient-elle. Et d’ajouter : « vous discutez avec la patiente, vous lui posez quelques questions, elle répond ; elle vous dit ses préoccupations et tout » Pour elle l’accouchement humanisé vient à son heure au moment pour renforcer la relation entre patiente et prestataire, pour le bien être de la population.

La spécialiste n’a pas manqué de préciser que toute femme n’est pas apte à faire ce type d’accouchement. « Il faut déjà qu’elle fasse correctement ses consultations prénatales, au minimum quatre fois, et qu’on l’évalue pour savoir si elle peut accoucher par voix naturelle, si elle n’a aucune maladie ou si elle n’est pas hypertendue, ou a déjà subi une opération», explique Dr Paye. Et d’ajouter: « il faut voir tout cela avant de dire si celle-là peut accoucher de cette manière, sinon la position gynécologique est toujours là. Mieux, la femme a la latitude de choisir. Elle peut dire que je veux m’allonger sur la table et accoucher et là on est obliger de respecter son choix »
Un projet de renforcement de la santé de la mère et de l’enfant

En partenariat avec la Jika, le ministère de la santé qui avait fait une enquête au niveau de la population concernant leurs problèmes de santé ont vu que dans certains coins, le taux de mortalité lié à l’accouchement restait encore élevé. Avec le projet de renforcement de la santé de la mère et de l’enfant, ils ont pensé au modèle d’accouchement humanisé. Cette méthode a été expérimenté à Tambacounda avec succès, le model est élargi à Fatigue et maintenant avec les trois sites que sont le post de santé HLM, de grand Dakar et de Diamniadio.

« On s’est rendu compte que ça a porté ses fruits et que les femmes l’ont beaucoup apprécié, les spécialistes ont commencé à expérimenter ce modèle et d’ici 2017 le projet va être étendu dans tout le Sénégal », explique Mme Kamara.

Pour ces spécialistes les hémorragies du postpartum –pertes importantes de sang au moment d’accoucher- sont les principales causes de la mortalité néonatales. Au-delà, il y a ce que l’on appelle le syndrome vasculaire et ses complications. Toutefois, la prévention des maladies postpartum a beaucoup contribué à la réduction de cette mortalité maternelle. La femme enceinte doit aussi respecter les consultations prénatales et les médications prescrites.

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