A la formule sans cesse reprise de Jean Jaurès qui consiste à aller à l’idéal et comprendre le réel, répond le jugement de son contemporain Max Weber selon lequel il n’y a que deux pêchés en politique : Ne défendre aucune cause et ne pas avoir le sentiment de sa responsabilité. La double éthique de conviction et de responsabilité façonne le salut du dirigeant qui comprend vite que le devoir politique  passe par un chemin étroit entre les principes et les contraintes. En plus clair, celui qui dirige doit à chaque fois choisir entre les pesanteurs sociétales comme l’amitié ou la famille d’une part et les principes objectifs comme la cause ou la patrie chez le politique d’autre part. Le reste est dans l’équilibre des risques. Cette dialectique que le socialiste français Alain Bergounioux enseignait à sciences po, développée dans son ouvrage sur les principes et les contraintes dans la morale politique s’adressent fort convenablement à Macky Sall, visiblement perdu dans les lambris du pouvoir. Le constat fait insulte au parcours à nul autre pareil du Président, fût-il par défaut ou non. Mais la valse des transmutations dans son entourage conforte en tout cas le doute sur son charisme. Le départ fort incommodant de Moubarack Lo du cabinet présidentiel  comme d’autres, n’a pas seulement le mérite de trahir quelques abjectes mésintelligences où se joue l’avenir des sénégalais mais il en rajoute aux vilenies qui présagent à perfection que le pouvoir est dans la rue. De plus évidentes analyses ont déjà convoqué la comédie du pouvoir de Fançoise Giroud pour dénoncer les contre natures. C’est que le pouvoir devrait du reste garder un mythe mais ses détenteurs actuels au Sénégal en ont malheureusement perdu la magie. Qu’en reste-t-il exactement ? Presque rien.

Il fallait choisir entre contraintes accessoires et principes. Les chantres lâches de la rupture n’ont pas hésité à suivre fidèlement les inventions sarcastiques de leur prédécesseur de maître ; à savoir théoriser des notions démagogiques comme celle de ministre conseiller. Pauvre de lui. Le prince se convainc de ce que la mesure réelle de son pouvoir et donc de sa pérennité ou de sa longévité au  palais résiderait dans l’influence de l’APR et non dans le satisfécit des sénégalais. Le début de la fin a commencé par la reproduction de la bêtise : Récompenser les camarades, transformant ipso facto le pouvoir en gâteau. Désormais chacun des républicains de ce type-là revendique sa part de république par le décret qui crée des fonctions tropicales. En réalité, le ministre conseiller puisqu’il s’agit de lui n’est ni le conseiller classé par la nomenclature diplomatique après l’ambassadeur, ni le ministre classique siégeant au conseil des ministres avec une mission précise. Les titulaires de ce titre qui n’existe pas sont de loin plus nombreux que les membres du gouvernement aux performances très attendues, et mobilisent chacun un salaire mensuel évalué à au moins 30 fois le produit intérieur brut par habitant, si on considère qu’il est d’environ 7 000 milliards de CFA par an soit environ 50 000 CFA par mois et par habitant. Dans la France qui a inspiré tout le carcan administratif au Sénégal, un ministre classique avoisine un salaire à 6 fois le PIB mensuel par habitant.

Ici c’est l’histoire d’un clan qui a succédé à un autre, reproduisant d’ailleurs le même schéma que celui que décrit Modou Niang dans sa caricature du clan de Wade : Les pourfendeurs deviennent des encenseurs et se rapprochent du pouvoir pour se mettre à l’abri de tout. Sauf qu’à la différence du pape du Sopi, le défaut de charisme laisse entrevoir une polémique de bas étage comme dans un concours de la petite blague. Où diable est passée la République! A pousser le ridicule plus loin, on se rend compte que le président de la République est pris en otage par de vilaines pesanteurs, plus exactement de petits prétentieux, tous présumés détenir la science infuse de l’avenir quand ils ne font pas payer au Président une dette stupide sur la promesse du second mandat. Moubarack Lo, du tort comme de la raison, est victime ou auteur de cet échiquier de l’amateurisme du pouvoir. Aux autres d’en juger mais à l’essentiel, c’était prévisible. Quels principes ont orienté les options du prince ? Rejoignant notre postulat de départ, le sociologue franco-autrichien Friedberg est intransigeant à ce sujet : Le pouvoir sans règle n’existe pas car même l’exercice du pouvoir lui-même génère les règles et donc les deux notions sont inséparables. Tout le monde s’accordent à dire que wade ouvrit autant les portes du palais à tous les vils politocrates mais le clan a tenu plus longtemps en raison de sa personnalité plus influente. C’est l’électeur qui dut remettre les pendules à l’heure mais le moins à craindre cette fois fait redouter l’irréparable. Serigne Fallou Dieng du cercle des intellectuels soufis craignait que le Sénégal eût manquer de subir une dévolution monarchique pour vivre la dictature de la manipulation. Dans ce pouvoir aux politiciens, c’est hélas la politocratie du plus fort, théorisée depuis ses pédagogies politiques. D’une didactique à la fois saugrenue et assommante. Le responsable de l’école du parti républicain Me Djibril War ne soulignait-il pas lui-même: « La patrie avant le parti, je n’y crois pas ! C’est une insulte pour les militants et membres de l’Apr, », et il s’interroge par la même fumisterie. « Ou se trouvait la patrie lorsque Macky Sall était en tournée au fond du Sénégal? ». Il dit « croire plutôt à un parti fort au service de la patrie! » Figurez-vous que telles logiques de déperdition président aux destinées du Sénégal. C’est le débat de ce qu’on a fait pour la nation contre ce que la nation a fait pour soi. Il survit à la détermination des populations à travailler dur pour des lendemains qui chantent, non sans bâtir finalement ce piètre shadow cabinet que décrivait le socio économiste Thierno Idrissa Mbow sous l’ère de Wade. C’est que le pouvoir repose en réalité sur l’arrière-cour des proches ou le périmètre des intimes. Un cercle de privilégiés dépositaire d’une certaine légitimité du pouvoir politique. Désormais, la puissance tient à la longueur de la distance du Prince. Par exemple, entre ce groupe Disso des cadres à l’étranger dont moubarack lo dénonce l’imposture et le cabinet aux services présumés à 2,5 milliards de FCFA, la ceinture des privilégiés se stratifierait fatalement selon l’embarras du roi. D’où la forte transhumance politique vers le sommet plus juteux au cœur d’une fourberie appelée Benno Bokkou Yaakar. D’ailleurs l’ancien ministre Habib Sy note au sujet de cette coalition dont l’échec  pourrait niaisement impacter la gestion courante que la crise est inévitable. Dès lors, il préfère un report des locales en attendant de dissoudre l’Assemblée nationale pour des élections anticipées. Un début de solution ?