Abdoulaye Wade / Macky Sall - 23 Mars, l’ultime duel

Au jeu de la frayeur, de coup de force, pouvoir et opposition se tirent dessus avec des résultats mitigés. Alors à qui profite la crise politique : à Abdoulaye Wade et au Pds ou à l’Etat et son président de la République, Macky Sall qui, jusqu’à la révolte du Pape du Sopi, trainait le boulet de «Charlie» ? Le verdict du procès de Karim Wade sera un nouveau tournant de la vie politique sénégalaise.

A l’affiche : le Sénégal, une démocratie, des paradoxes. L’ancien président, Abdoulaye Wade et l’actuel président, Macky Sall se mènent une guerre sans merci. Ils occupent tout l’espace politico-médiatique par leurs calculs politiques explosifs en vue de 2017. L’ancien chef d’Etat veut libérer son fils et potentiel successeur accusé d’enrichissement illicite portant sur la somme de 117 milliards de F Cfa ; l’actuel veut asseoir la bonne gouvernance et la reddition des comptes. L’homme politique fini et le jeune loup en marche vers un second mandat abattent leurs cartes. Dans ce jeu de dupes, qui sera le vainqueur ? Dans cette ultime bataille de mars, Wade, l’éternel opposant se signale par ses talents de «Sauveur». Mais, ses stratégies agissent sur les deux camps. Opposition et pouvoir partagent les points.

Côté pile : Wade, le sauveur du Pds : Le retour du «Pape» prodige donne des couleurs aux Libéraux. Wade remet d’aplomb son parti et le sort de l’ombre à la lumière. Il adopte un comportement suicidaire à la Place de l’obélisque et gagne le droit à la marche. Entre conférences de presse et déclarations, il s’impose sur la scène et accélère la cadence pour faire libérer son fils. Il exige le dialogue mais obtient un résultat mitigé. Le président Macky Sall répond par un « oui, mais » en respectant la séparation des pouvoirs. La réponse l’embête mais ne freine guère le vieux briscard. Qu’importe, Wade fonce sur tout.

Devant la fermeté de l’Etat, il fait monter les enchères. Fait dans le mélodrame et la guerre des mots. Menace de finir en martyre. «Je suis prêt à mourir», jure-t-il. Il mobilise ses troupes et prédit la tempête après le 23 mars: «On n’acceptera pas le verdict », dit-il. Enfin, il prêche l’insurrection :« Si la Crei condamne Karim, on verra au Sénégal ce qu’on n’a jamais vécu.»

Dans sa quête effrénée pour libérer les «otages» du Pds, il perd le fil de son combat. Le Pape du Sopi renie encore ses convictions d’hier. Il remballe sa fierté panafricaine. Celui qui a toujours plaidé l’indépendance de la justice sénégalaise et africaine, et principal artisan du jugement du président Habré en terre sénégalaise, pour sauver son fils, sollicite des présidents français, François Hollande et américain, Barack Obama «l’assistance juridique, en émettant un avis, dans un litige qui risque d’avoir de terribles conséquences. Cette assistance juridique sera, comme par le passé, un avis technique sans aucune immixtion dans nos affaires intérieures.» Il réclame un jugement hors Sénégal car dit-il, la Crei (la cour de répression de l’enrichissement illicite) est illégitime. Dans la foulée, il récuse le procureur spécial et le juge, Henri Grégoire Diop, coupables de partis pris. Il dit :« Henry Grégoire Diop a commis des actes inacceptables qu’on n’a jamais vu dans la justice. Même dans les pays de l’Est, on n’a jamais vu un magistrat sortir un avocat de la salle. Si l’avocat fait une faute, on fait appel au bâtonnier pour régler le problème. Voilà un président qui empêche un avocat de poser des questions. Un président qui empêche son assesseur de poser des questions et qui fait menotter un prisonnier dans la salle. Henry Grégoire Diop a montré qu’il a déjà son jugement en poche. C’est pourquoi nous le récusons.» Mais ce procès de Wade-père n’ébranle pas le pouvoir judiciaire. Karim, potentiel candidat du Pds aux prochaines élections en 2017 sera fixé sur son sort, deux jours avant le troisième anniversaire de la deuxième alternance au Sénégal.

Côté face : Wade sort Macky du bois: L’éternel opposant a sorti Macky Sall de sa mauvaise posture. Jusqu’à la révolte de Wade, celui-ci était acculé par une grande partie de l’opinion publique sénégalaise. Elle lui reprochait sa participation à la marche république, «Je suis Charlie» en France. Wade lui a permis de se remettre en scelle et de mener la grande offensive pour 2017.

En interdisant la marche, l’Etat s’est mis dans le mauvais rôle. Il a laissé à Wade le soin d’occuper l’espace public pour mettre en veilleuse le président Macky Sall, en mauvaise posture. L’intermède de la marche du Pds le libère de l’étau de l’impopularité née de la participation de Macky Sall à la marche pour la République à Paris, le 11 janvier. La tension s’est calmée avec les sorties de Wade. L’Etat respira et profita même des propos malencontreux de Wade, qui a dit être prêt à y laisser sa vie pour libérer son fils. Requinqué, le camp présidentiel déroule son plan pour 2017.
Macky Sall se met en route pour 2017.

Macky Sall construit son armée électorale. Il a transformé le palais en lieu d’allégeance tout azimut. Il recrute à tout va, quitte à recruter d’anciens bannis et à renforcer la transhumance. D’anciens libéraux dits amis de Macky Sall, Baïla Wane viennent grossir les rangs de l’Apr. Abdou Fall, Me Ousmane Seye, Thierno Lô, ont suivi la migration. Macky Sall phagocyte ses alliés de « Macky 2012», Zahra Iyane Thiam et Arona Coumba Ndoffène diouf mangent désormais à la table apériste. Il réhabilite son ancien Pm, Aminata Touré dite «Mimi» et séduit la Casamance. La région Sud devient plus accessible.

La tournée économique accouche d’une baisse du transport maritime et aérien. L’Etat subventionne à 50% les prix de la déserte maritime avec la mise à l’eau de deux nouveaux bateaux, Aguène et Diambogne. Une baisse de la taxe aéroportuaire est promise, de même que la défiscalisation pour relancer l’activité touristique en Casamance. Ziguinchor gagne le jackpot du désenclavement. Macky est peint en homme-providence dans le Sud.

Pendant ce temps, ses alliés et futurs candidats se débattent dans des crises internes. L’Afp fait face à la révolte des jeunes. Le Ps qui se promet d’être sur le départ présidentiel de 2017 peine à réunir ses troupes. Le dernier congrès a confirmé la mise en quarantaine de la Mairesse de Podor, Aïssata Tall Sall. Pendant ce temps, l’Apr se consolide et se réorganise. Démontre ses forces dans le Sud. Gagne en sympathie et en verve. Distribue les bonnes nouvelles pour relancer l’économie nationale et atteindre l’autosuffisance en riz par les territoires.

Dans sa bataille avec le Pds et Wade, les populations soutiennent la reddition des comptes et la bonne gouvernance. Une demande sociale faite en 2012 et en phase de mise en œuvre même si elle reste à parfaire. Sall est attendu sur la réforme des institutions, l’autre demande sociale, jusque-là mise en veilleuse. En attendant le référendum sur la réduction du mandat de 7 à 5 ans, un jeu à quitte ou double, Macky devra passer l’étape cruciale du 23 mars.

Le verdict du procès de Karim Wade sera un nouveau tournant de la vie politique sénégalaise.. Il va définir les nouveaux rapports entre pouvoir et opposition. Mais pour parer à toute explosion, les religieux initient des médiations entre Wade et Sall pour désamorcer la bombe. Après la famille omarienne, Touba est entré dans la médiation.

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