A Pikine Syndicat - LA CLÉMENTINE PREFEREE AUX FRUITS LOCAUX

Fruit saisonnier du moment, la clémentine inonde les étals du marché Syndicat de Pikine. Seul hic, pendant que la variété importée de cette mandarine se vend très bien, ça tourne au ralenti pour les fruits locaux.

Logé au cœur de Pikine, Marché syndicat est le carrefour par excellence pour le commerce de fruits de toutes espèces. A cette époque de l’année, c’est la clémentine qui inonde le marché, prenant la place de la pastèque qui se raréfie sur les étals. Partout, sa couleur orange est ce qu’il y a de plus visible sur le marché du fait de la grande quantité de ce fruit en provenance du Maroc, selon les marchands interrogés. Des caisses et des bassines remplies de ce fruit pulpeux sont posées à même le sol ou sur des nattes au choix des visiteurs. Des revendeurs viennent s’y ravitailler avant d’aller les écouler auprès d’autres détaillants. Hormis ce fruit pulpeux à la saveur sucrée, d’autres fruits locaux ou importés sont exposés dans ce marché où l’on trouve, d’ailleurs, toutes les variétés, aussi rares soient elles. Sauf qu’à cette heure de la mi-journée c’est quasiment le calme plat. Les vendeurs éreintés sont assis silencieux derrière leurs étals. Seuls des haut-parleurs annonçant certaines offres et quelques marchandages troublent le silence. M. Sylla, la quarantaine, svelte, le teint noir, est assis sur un tabouret entouré de caisses remplies de clémentines. Une partie de la marchandise est étalée sur une table. Il s’active à peser un kilo qu’il met dans un sachet noir pour son client, un homme d’âge mûr bien sapé qui paiera 600 FCFA. Le vendeur de fruits est dans ce commerce depuis plus de 20 ans au marché Syndicat : « selon la saison nous changeons de fruits. Actuellement c’est la clémentine qui est en vogue », explique-t-il tout en rangeant son arsenal d’un geste mécanique. « Cette Clémentine est importée du Maroc. Nous allons nous ravitailler chaque matin à Diamniadio auprès de containers qui viennent de débarquer », explique le vendeur. Et d’ajouter : « après le Gamou et le Magal, les prix ont augmenté légèrement. La caisse achetée à 9000 est échangée à 10 000 FCFA ou 11 000, selon la taille du fruit ». En effet, ce fruit est très prisé des Sénégalais durant sa saison, explique le vendeur qui confie en écouler en moyenne 45 à 50 « Les sénégalais raffolent de la clémentine, actuellement c’est le fruit le plus vendu dans le marché », commente t-il.

Les fruits locaux encore négligés

Bien que disponibles sur le marché, les fruits locaux se vendent au ralenti. « Dankh, ditakh, sidèm, khékhou, dimb oul, Gimgimbre, pain de singe, soumpe » sont relégués au second plan, se plaint Babacar Fall en prenant sa commande, un grand sachet de noix en échange de 500fcfa. « Cela relève d’un grave complexe que de laisser nos fruits locaux en quarantaine. Leur apport nutritionnel est aussi riche que celui des fruits importés. Je me demande pourquoi les gens préfèrent l’orange marocaine à celle locale. La plupart de ces espèces proviennent de vergers locaux et très accessibles. Ainsi, ils se vendent à bas prix et leur conservation ne pose pas trop de problème », dit-il. A chaque saison, il y a un fruit local très abordable sur le marché. Mais selon les vendeurs, les Sénégalais demandent ceux importés et se plaignent dans le même temps de la cherté des fruits. En effet le seul avantage de ces fruits locaux pour les vendeurs, c’est qu’ils peuvent rester stockés des années sans se détériorer. Ici, on ne manque pas de faire l’apologie de certain fruit qui a des vertus thérapeutiques ou est recommandé contre certaines maladies. « Les balanites par exemple sont un laxatif très puissant contre la constipation ; ça soigne aussi les hémorroïdes », explique Siré Fall, vendeur de fruits locaux. Pour lui, « c’est dommage que ces fruits aux multiples vertus ne soient pas convoités, je crois que c’est par ignorance »

Un marché insalubre

La beauté des fruits saisonniers contraste avec l’insalubrité du marché Syndicat. Une odeur nauséabonde mêlée à celle des fruits pique les narines. Ça et là, mouches, tas d’ordures et autres eaux stagnantes rendent le décor peu attractif. Les épluchures de certains fruits sont jetées à même le sol. Les paniers déchargés attirent les mouches dans un festin de sucre très peu hygiénique. Le marché abritant aussi certains éleveurs d’ovins ou de volaille, vendeurs et marchandises cohabitent avec toutes sortes de déchets. Et comme pour corser cette insalubre, les gargotes noires de fumée et de poussière n’offrent également pas une bonne impression aux clients scrupuleux et soucieux d’une bonne hygiène. « Il y a eu une amélioration coté insalubrité », explique Fallou Fall vendeur de pain de singe. « Quand il pleuvait, personne ne mettait les pieds ici. C’était horrible, mais avec les rigoles il y a eu une grande amélioration » explique-t-il. Et d’ajouter : « les agents du service d’hygiène effectuent souvent des descentes. Toutefois, ils s’en prennent pour la plupart du temps aux restauratrices ou ramassent les fruits pourris, mais ils n’ont pas de grand problème avec nous autres vendeurs de fruits ». Pourtant, renseigne notre interlocuteur, les camions de ramassage d’ordures passent chaque matin. N’empêche, les allées restent insalubres et tapies de crasses. Pi, «le marché n’a qu’une seule toilette, ce qui fait que les gens se soulagent dans les environs», se désole le vendeur.

You may also like...

Add Comment Register



Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>