Keur khaléyi, une unité psychiatrique de l’hôpital Fann, vole au secours des enfants déficients intellectuels. Cette structure les accompagne à travers une rééducation, mais aussi une réinsertion sociale et scolaire perdue d’avance.

Mythifiés, marginalisés, ou parfois condamnés à l’errance, les enfants déficients intellectuels trouvent refuge à Keur khaléyi de l’hôpital Fann. Cette structure à l’allure d’une école maternelle reçoit les enfants qui présentent des difficultés mentales ou des troubles psychiatriques divers. Des parents avertis se battent pour sortir ces chérubins de la désocialisation : «Mon enfant n’est ni un sorcier ni un porte-malheur, il est juste déficient», réplique Awa Sarr, 35 ans, mère d’un gamin de 5 ans atteint de mongolisme. Ce dernier accroché au bras de sa mère, visiblement déficient, est venu au rendez-vous de rééducation : «ces enfants sont un cadeau de Dieu, si je l’accepte, l’entourage le fera à son tour. Je ferai tout pour le soutenir», assure-t-elle. Le fils de Mme Sarr a fait beaucoup de progrès notamment pour articuler son langage et cela depuis qu’il est pris en charge à keur khaléyi ; «les enfants reçus dans cet établissement ont un problème pour s’adapter socialement dans la vie. Certains ne savent ni s’habiller ni manger. Mais, ils ont aussi des difficultés scolaires», renseigne Thierno Sagna, éducateur spécialisé en formation de base et thérapeute familial spécialisé en psychothérapie pour enfant. En effet, les pédiatres, les médecins de famille ou les généralistes envoient des cas à keur Khaléyi. C’est ainsi qu’une consultation médicale et une évaluation seront faites pour déterminer un retard mental. La demande est énorme car Keur Khaléyi est la seule unité d’une structure hospitalière qui s’occupe de ces questions. Keur Khaléyi peut recevoir plus de 50 ou 70 enfants par mois «cela dépend, on est une équipe pluridisciplinaire. Il y a la consultation médicale mais les autres donnent aussi des rendez-vous», renseigne le spécialiste.

Des enfants idéalisés

Au niveau socioculturel, il y a des familles qui peuvent penser que l’enfant déficient est possédé, tandis que d’autres estiment qu’ils peuvent avoir un rôle magique dans la famille. Comment redonner à l’enfant son image d’enfant normal avec ces limites ? C’est justement en ce sens surtout qu’interviennent les spécialistes de la structure. «Nous devons les aider, les stimuler et les éduquer comme un enfant normal». Ainsi, le centre reçoit les enfants et adolescents de zéro à 15 ans dans suivi en ambulatoire avec les consultations. Mais aussi il y a un autre volet sur le centre dénommé «l’hôpital du jour». Dans cette formule, les enfants viennent passer la journée de 8 heures à 13 heures. «Ils mangent ici avec nous et l’objectif c’est de socialiser ces enfants-là en vue de favoriser une insertion familiale». Keur khaléyi travaille aussi pour donner une insertion scolaire aux enfants déficients. Car constate le spécialiste, parmi ces enfants certains sont scolarisables, selon une pédagogie spécialisée. «C’est pourquoi nous travaillons beaucoup avec les écoles les centres spécialisés», explique-t-il.

Une guidance parentale

Chargé de l’évaluation pour les enfants, M Sagna a une lourde tâche. «Certains parents déçus de l’enfant rêvé, ont parfois du mal à accepter la réalité», constate-t-il. Pour cela, il prodigue des conseils aux parents. «Il faut faire le deuil de cet enfant imaginaire qu’ils ont toujours voulu et se conformer à la réalité avec cet enfant qui est là avec ces insuffisances», suggère-t-il. Ce thérapeute familial accompagne les familles dans la souffrance à travers une guidance parentale. En effet, il aide la famille à changer le regard qu’elles ont sur cet enfant. Ils doivent en effet accepter le handicap pour pouvoir les accompagner et mieux les éduquer. Cette tâche est à la fois difficile et passionnante. Le spécialiste partage le plaisir avec les parents par rapport à l évolution de l’enfant. «Vous ne pouvez pas savoir ce que cela procure comme satisfaction intérieure. C’est une aventure palpitante», se réjouit-il. Ainsi donc, les familles ne sont pas seules. Cependant, le service devrait être renforcé en terme de moyens et de personnels pour que les enfants puissent avoir beaucoup plus de soins.

Causes de la déficience

Pour les spécialistes, les facteurs engendrant une déficience intellectuelle sont polymorphes. Mais les causes les plus fréquentes tournent autour des facteurs exogènes, c’est-à-dire les grossesses, les naissances qui sont faites dans des conditions difficiles ou les grossesses pas surveillées. Des gens peuvent naître avec une insuffisance intellectuelle tout simplement parce qu’ils ont subi une infection. Même les hémorragies chez les mamans peuvent avoir des conséquences dans le développement du fœtus. En outre, les mariages consanguins c’est à éviter. Il y a aussi l’alcoolisme des parents. Tout cela a des répercussions sur la grossesse et éventuellement sur l’évolution de l’enfant. Les facteurs héréditaires font aussi qu’il y’a des enfants qui naissent avec des malformations ou une aberration chromatique de trisomie 21.