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A chacun sa place

Publié le 11 novembre 2014 par Godlove Kamwa

La difficulté à analyser la recomposition de la classe politique sénégalaise réside souvent dans les incertitudes de l’ambition des acteurs et surtout l’incohérence des parcours vers des fins hasardeuses d’une certaine. Le dernier rendez-vous de l’APR et de la coalition Macky 2012 a levé les étincelles qu’on attendait mais le maître du jeu a ramené tous les pyromanes politiques à la raison. Peu d’auteurs travaillent à comprendre cet ensemble disparate de groupes, d’influence ou non, qui font le pouvoir sans traduire l’expression électorale ou la fidélité des repères démocratique. C’est à chacun la bataille pour une place mais l’enjeu de 2017 qui va refaire le puzzle pourrait, si l’histoire bégaie beaucoup trop, accoucher d’une nouvelle méthode solidaire. Tout dépend non plus de l’arme de la carte d’électeur, mais du sursaut patriotique qui naîtrait de la mise ensemble d’esprits ayant pour dénominateur commun le bien être du sénégalais conscient.

William Gamson, considéré comme l’un des pionniers de la théorie des coalitions, les définit comme des alliances temporaires, de caractère instrumental entre des individus ou des groupes dont les buts sont différents. C’était en 1961 alors que les partis politiques africains apprenaient à se constituer sous l’énigme du pouvoir moderne imprimé par la colonisation. 40 ans plus tard, Vincent Lemieux développe cette première définition et présente les coalitions comme des ensembles concertés et temporaires d’acteurs individuels ou collectifs qui ont des rapports de coopération et de conflit. En plus simple, le caractère concerté et les rapports de conflit ou de coopération entre l’APR et la coalition 2012 sont une évidence du moment, d’où le réveil solidaire du maître du jeu Macky Sall. Nul doute que les querelles entre les deux entités ne sont basées ni sur la moindre idéologie en faveur des électeurs ni les politiques publiques conduites jusque là pour sortir de Sénégal de la traîne économique. Le tout se résume honteusement à des chamailleries de coépouses où à aucun moment ne se posent les véritables questionnements du combat pour l’intérêt général. Tant mieux si Luc Sarr et surtout Mamouth Saleh, représentant le patron des présumés républicains s’en est tiré avec les vérités dures que les mackysards lui devaient puisqu’en lui déversant leur bile, les membres de ce groupe à priori temporaire qu’on appelle Macky 2012 apportaient la réponse du berger à la bergère, à savoir qu’eux ne disparaîtront pas pour faire place au parti politique ou ce qui en tient lieu jusque là. Somme toute, des porteurs de suffrages ou alliés qui volent bien bas dans un champ où la concertation et les discours ne visent que la victoire électorale et les récompenses subséquentes sans plus. A l’appel du maître, les rassurant de la pérennité de la structure, ces politocrates redeviennent tout à coup conciliants, oublient les bisbilles, acceptent d’élargir la mouvance présidentielle et promettent même de s’approprier le plan Sénégal émergent, le cadet de leurs sujets de rencontre. Ce n’est pas le moment de faire insulte aux références historiques qui honorent le Sénégal démocratique. Les acquis sont indéniables. Mais à force de petits regroupements électoralistes au sein de la technostructure du système politique gouvernant, les arguments de monsieur Bayard sur la politique du ventre resteront hélas d’actualité. La preuve en est qu’une bonne fourchette de ces clients politiques ont vite oublié qu’ils étaient à la touche depuis belle lurette. Certains attendaient impatiemment que sonnent les carillons de 2017 pour raviver leur verve et recommencer le rôle. Fondamentalement, les coalitions au pouvoir ne sont pourtant pas un scandale malgré la médiocrité apéristes qu’elles mettent à nu. Au contraire, il peut en sortir une révolution de la gouvernance et de biens salutaires résultats.

C’est toute la conception parsonienne du pouvoir. Le pouvoir est pour le chercheur américain Parsons, un mécanisme spécifique de la capacité généralisée de plusieurs ensembles. En le définissant par rapport à la fonction globale du système politique qui est la réalisation des fins collectives, il en est venu à faire du pouvoir un instrument de capacité généralisée ayant pour principe la satisfaction des intérêts généraux sur fond de légitimité par l’action solidaire de ses ouvriers. Cela peu sembler hermétique et impropre à l’acception populaire mais une fois les coalition rassemblées autour d’un pouvoir, elles devraient selon Parsons être une force et non une faiblesse, et nous y ajoutons et non pas un gage de clientélisme éphémère. En réalité quel qu’en soit le nom, les ensembles proches du palais de Roume n’ont pas meilleur moyen d’assurer leur pérennité que d’obtenir des résultats positifs au delà des urnes. Il faudrait pour cela que le maître du jeu réussisse l’exploit de son prédécesseur en l’espèce à savoir rassembler les coalisée à sa cause : je présume, la vision de développement qu’il aurait tant et si bien mûrie en quelques années de pouvoir puisque le reste avouons-le, s’est peaufiné en scelle. Il y’a certes des déterminants émotionnels non maîtrisables et des motivations fortement matérialistes qui mobilisent les potentiels coalisés à courir vers les ensembles du pouvoir mais il reste encore à capitaliser les efforts communs pour justifier le vote de 2012 et finir le travail en 2017. Chertkloff n’a-t-il pas démontré que les acteurs prennent en considération la probabilité de succès d’une coalition avant d’accepter d’en faire partie. Il répondait ainsi à ceux qui soutiennent que les acteurs faibles ont tendance à se coaliser entre eux plutôt que de s’allier à des acteurs forts, car ce premier choix leur permet de peser de leur poids contrairement à une coalition composée d’acteurs plus forts qu’eux. Idrissa Seck en serait la parfaite illustration mais c’est à Macky Sall de disposer du postulat sur la coalition au pouvoir qui remet chacun à sa place.

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