A bâtons rompus avec Me Mbaye Jacques Diop - «UN HOMME POLITIQUE DOIT SAVOIR ENCAISSER, M’AVAIT DIT UN JOUR ABDOULAYE WADE»

Présenter Mbaye Jacques Diop relève de la gageure. Vétéran de la politique sénégalaise, l’homme a été de tous les combats depuis les années 50. Il s’est engagé à soutenir et à réélire Macky Sall à la présidence de la République. Mbaye Jacques Diop veut rencontrer Me Abdoulaye Wade, à l’heure où le verdict concernant son fils devant la CREI est attendu, pour l’amener à savoir encaisser, comme il le lui avait recommandé. Cet ex-Monsieur Casamance loue le pragmatisme du Chef de l’Etat qui est sur la bonne voie selon lui pour apaiser le Sud. Militant farouche du pouvoir des collectivités locales, Mbaye Jacques Diop invite à une relecture de l’acte 3 de la décentralisation.

La Gazette : La vie politique sénégalaise est marquée par le bras de fer entre l’ancien président de la république Abdoulaye Wade et son successeur Macky Sall. Pensez vous que ce pays est tenu en otage par les hommes politiques ?

Il faut refuser que les ambitions mettent en péril le pays. Il faut refuser que les partis-pris amènent le Sénégal dans une situation conflictuelle. Il faut apaiser la situation. Il faut s’en remettre aussi aux principes démocratiques et républicains. Je ne pense pas que nous puissions être pris en otage alors qu’aujourd’hui, nous avons la justice sénégalaise qui fait son travail. Le dossier Karim wade est un grand dossier, car c’est le fils de notre ancien chef de l’Etat. Si ce n’était pas le cas, cela aurait été un dossier ordinaire. Alors, force doit resté à la loi.

Il reste que Wade récuse la CREI et exige la liberté pour Karim Wade? Qu’en pensez-vous ?

La CREI a été crée par une loi. L’Etat de droit, c’est le respect de la loi. La loi, comme dit l’autre, elle est majestueuse et solennelle, donc elle inspire le respect et doit être respectée. La justice doit faire son travail dans la sérénité, mais aussi sans aucune pression. On ne serait plus une démocratie encore moins une République si on devait, pour les beaux yeux de quiconque, dire que la justice doit aller dans tel sens. On n’oriente pas la justice ; on ne doit pas faire pression sur la justice. C’est ce qui nous rassemble tous et nous permet d’être en paix. On doit faire confiance à la justice.

« Je demanderai à rencontrer le président Abdoulaye Wade »

Il y a ceux qui pensent que les lendemains du procès Karim Wade pourraient être troubles dans ce pays. Que les démons vont surgir pour mettre fin à l’Etat de droit …?
Impensable et inacceptable. Je n’ai pas de mots assez forts. Notre rôle en tant qu’hommes politiques, vous les medias, la société civile, les partis politiques tout appartenance confondue, les chefs religieux, tous, nous devons prendre conscience et savoir que ce n’est pas parce qu’il y a un procès que le Sénégal doit brûler. Ce n’est pas parce que quelqu’un à maille à partir avec la justice que le Sénégal doit brûler. Non ! Apaisons la situation. En tous cas, l’ancien que je suis aujourd’hui, je demanderai à rencontrer le président Abdoulaye Wade. Je le dis à travers votre journal. Nous avons travaillé ensemble, nous avons collaboré ensemble. Je suis son cadet. Je ne suis pas de ceux qui disent « c’est mon père ou mon oncle », moi je dis que c’est mon aîné et je crois savoir qu’il y a une sympathie réciproque entre nous. Avec le président Macky Sall, on s’est vu il n’y a pas longtemps. J’ai trouvé chez lui un homme ouvert, un homme qui veut faire progresser le pays dans la paix et la sérénité. C’est pourquoi, je pense que lui je peux lui parler. Et autant aussi, je pourrais parler à Abdoulaye Wade. Le compagnonnage que nous avons eu en 2000 quand j’ai voté et fait voter pour lui dans le cadre du FAL, c’est un grand moment dans l’histoire politique de notre pays. Je comprends qu’il puisse avoir mal en tant que père de famille, mais il m’a dit un jour dans son bureau quand il m’a demandé de lui rendre ce qu’il m’avait prêté ou confié (le CRAES) qu’un homme public doit savoir encaisser et Abdoulaye Wade est un grand homme politique.

Mr le président les médiateurs sociaux sont très attendus dans ce dossier et les Sénégalais impatients de les entendre car ils ont besoin d’être rassurés. Que comptez-vous faire ?

Je crois que nous tous, nous devons nous y impliquer. Le délibéré est fixé au 23 mars. Il faudra avant cela apaiser la situation. Il faut que les gens arrivent à se parler. Il faut également arriver à comprendre la justice et l’Etat de droit. Les marabouts, les chefs religieux, la société civile, les partis politiques conscients et concernés, les médias, tous ceux qui doivent être conscients que ce pays nous appartient et que personne ne doit l’agresser.

« Arrêter la prolifération des partis politiques qui ne vont pas aux élections »
Cette situation tendue n’est elle pas une conséquence de la prolifération des partis politiques? N’est-il pas souhaitable d’y mettre de l’ordre ?

Ça c’est une autre question. J’ai lu dans la presse, le Directeur de cabinet du ministre de l’Intérieur dire qu’il ya 300 partis politiques entre autres, alors qu’en 2000 il n’y en avait que 48. Il n’appartient pas à un fonctionnaire de caporaliser les partis politiques. Il n’appartient pas à l’Etat d’enfreindre la liberté de se réunir. Non, il faut peut être insister sur l’obligation pour les partis politiques d’aller aux élections et rationnaliser par ce biais-là. Mais la liberté d’association, elle est importante, surtout la liberté d’avoir un parti politique, d’avoir un syndicat. Il ne faut pas se laisser voiler les yeux par le nombre exponentiel de partis politiques. Tous concourent à l’expression du suffrage. Maintenant, il faut arrêter la prolifération des partis politiques qui ne vont pas aux élections, qui ne réclament pas le suffrage des Sénégalais.Chaque année, les partis politiques doivent présenter leur bilan financier. Les partis politiques doivent vivre comme un organe qui vit, qui respire, qui mange, qui boit. On peut y arriver, mais pas par la contrainte de l’Etat. Il faut arriver à ce que les partis politiques se réunissent et que le suffrage des Sénégalais les départagent. Que le suffrage des Sénégalais les mettent hors d’activité. Seuls les sénégalais peuvent faire ça.
Le début de solution semble être les coalitions. On voit même des coalitions de coalitions. Quelle est l’intention qui vous anime vous par exemple à aller dans ce sens ?
Aujourd’hui, il est difficile pour un parti politique seul de gagner des élections nationales, voire même des élections locales. C’est pourquoi nous avons créé la coalition « defar sa rew » qui comprend aujourd’hui 12 partis. Cette coalition soutient le président Macky Sall et dans les jours à venir, il a promis de nous recevoir pour officialiser notre soutien à sa réélection en 2017. En responsable, nous le soutenons pour faire progresser ce pays, pour que les espoirs qui sont placés en lui ne soient pas vains.

Peut-on penser que l’homme que vous avez rencontré ait déjà lancé sa campagne pour 2017, en visitant le sud du pays?

Je ne pense pas que ce soit une campagne déguisée. Seulement, il va de soit qu’un chef de l’Etat doit de temps en temps aller dans les profondeurs de son pays. Il y va comme Senghor nous a appris à le faire. C’est ce que fait Macky Sall. Il peut faire une campagne électorale, parce qu’il est à 2 ans de la fin de son mandat. Car je ne crois pas qu’il fasse un septennat. Il est trop fier de la parole donnée de sorte qu’il sera obligé d’écourter son mandat à 5ans. Et nous le réélirons. Si aussi par extraordinaire, le mandat devait aller à 7 ans, il n y a pas pour le moment, meilleur que lui pour diriger ce pays. La tournée économique qu’il a menée est une bonne chose. Il est temps qu’on prenne en considération cette belle région de la Casamance. Il faut arriver à ce qu’elle soit apaisée au plan de la sécurité et au plan économique.

Notre coalition soutient Macky Sall pour 2017

Vous pensez donc que la démarche entreprise par le président dans le sud du pays est peut être la meilleure des démarche pour pouvoir porter véritablement la paix et apaiser les esprits dans ces terroirs?

Il faut aller vers les gens. Il ne faut pas rester dans son bureau, les voir et les consulter. Il faut aller là où sont les gens, là où ils vivent. De l’expérience de Senghor, je retiens qu’il n’est jamais resté un an sans aller dans les profondeurs du Sénégal. Le président Macky Sall doit être encouragé dans cette démarche. Quand il a annoncé que le prix du transport aller être de 5000 F de Dakar à Ziguinchor, mais ça c’est une évolution extraordinaire dans un pays apaisé. Qui aurait cru cela, il ya 10ans ?

Vous avez été Monsieur Casamance, entretenez-vous encore des relations avec les hommes du maquis ?

C’est une question délicate, mais je dois seulement dire que je suis toujours disponible pour mon pays. Et c’est ce que j’ai fait aussi avec l’Abbé Diamacoune Senghor à qui je rend hommage pour sa disponibilité en ce qui me concerne. J’ai aussi beaucoup travaillé avec Ansoumana Badji. C’est pour dire qu’il ya des solutions pour la Casamance et le président Macky Sall est sur la bonne voie avec Robert Sagna qui est un fils de la Casamance, et qui est d’une grande qualité.

L’acte 3 de la Décentralisation doit être relu

La Casamance est pôle-pilote de l’acte 3 de la décentralisation , pensez-vous que c’est la bonne donne pour développer et apaiser le sud ?

S’il ya un sujet qui me passionne c’est la Décentralisation . Nous avons fait un travail extraordinaire en 1990N mais à l’assemblée nationale, pour mettre fin à la tutelle de l’administration centrale. En 1996 avec la vraie loi sur la décentralisation , des compétences ont été données aux collectivités locales. Les actes du maire étaient exécutables d’office. Alors qu’auparavant, 44 domaines de compétences était soumis à une approbation préalable. Avec l’acte 3 de la Décentralisation , il faut que l’on arrive à faire en sorte que le préfet ne joue plus le rôle de gendarme où on est obligé de lui confier les budgets de la ville, de la commune pour qu’il donne son avis. La France qui est notre pays de référence a évolué dans ce domaine-là il y a longtemps. Il faut faire confiance aux élus. Il faut rompre avec ce schéma inadmissible qui fait que seuls les fonctionnaires sont capables de prendre les décisions conformes à la rigueur administrative. Il faut que les élus soient responsabilisés. Dans les pays avancés, ce sont les maires qui sont responsables de l’ordre public. Si on veut un développement harmonieux et équitable, il faut décentraliser d’avantage. Il faut faire confiance aux élus. Que les agents de l’Etat se mettent derrière les élus et non le contraire. Nous avons encore la culture du commandant de cercle.

Avec l’acte 3 on a fait dans la précipitation

La démarche concernant l’acte 3 est d’une intention louable, mais on l’a fait dans la précipitation. Comme disait le président Senghor, il faudrait une relecture de cette loi. L’acte 3 vient compléter l’acte 2 qui a été confectionné en 1996. J’étais président de la commission des lois à l’Assemblée nationale. On a travaillé pendant 21 jours sans discontinuer pour aboutir à un consensus entre le gouvernement et l’Assemblée. On a fait des amendements qui étaient pris en compte par le gouvernement. Au total, 345 amendements et 91 recommandations. Parmi les recommandations, il y en a une sur laquelle je reviens, c’est la suppression, dans le vocabulaire administratif, du commandement territorial. Mais les fonctionnaires d’autorité comme on les appelle n’en ont pas tenu compte pour continuer à dominer les élus locaux.

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