Le chef de l’Etat sénégalais Macky Sall vient de lancer le Programme d’urgence de développement communautaire (Pudc). Un projet ambitieux pour prendre en charge le mieux6être d’une frange importante des populations sénégalaises, notamment en milieu rural. Sa mise en œuvre confiée au Pnud, suscite des controverses.

Le Programme d’urgence de développement communautaire (Pudc) pour lutter contre les inégalités et transformer les conditions de vie des populations a été lancé mardi 7 juillet à Diamniadio (27 km de Dakar) par le président Macky Sall. Il doit mobiliser 113 milliards de francs Cfa pour la phase initiale sur la période 2015-2017, dont 87 milliards déjà engagés, quatre mois après son démarrage, a indiqué la représentante du Programme des Nations unies pour le développement (Pnud) au Sénégal, Fatou Bintou Djibo. A terme, le coût global du Pudc portera sur 422 milliards. Ce Budget colossal, selon Macky Sall, permettra de réaliser 10 mille 029 km de pistes rurales, 730 forages et châteaux d’eau en plus des volets électrification pour «répondre à des besoins immédiats et cruciaux selon une procédure accélérée pour plus d’équité, de justice sociale suivant l’esprit et la lettre du Plan Sénégal émergent (PSE)». Pour ce faire, le Sénégal a choisi de puiser dans ses propres ressources. Selon le Président Macky Sall, la phase pilote va permettre de doter le monde rural de projets infrastructurels qui concernent l’hydraulique, les pistes rurales et l’électrification. «La phase pilote est destinée à construire et à réhabiliter 3 050 km de pistes rurales, à construire et à réhabiliter 250 forages et châteaux d’eau pour desservir 1 016 villages, à électrifier 325 villages et à mettre à disposition 5 000 équipements ruraux, notamment des décortiqueuses, des batteuses».

Pour ce faire, le Sénégal a choisi de puiser dans ses propres ressources. C’est ainsi que le chef de l’Etat a magnifié la nouvelle méthode de gouvernance sous son magistère permettant «à partir de nos ressources budgétaires propres, de sortir autant de ressources d’une année à l’autre». «Si le Gouvernement peut se le permettre, c’est parce que nous avons changé de paradigme. Nous avons changé de méthode de gouverner. Nous avons également changé la façon dont le budget était conçu. Désormais l’argent sera affecté aux projets prioritaires», dit-il. Ce programme comprend quatre composantes à savoir le développement des infrastructures socio-économiques de base, l’amélioration de la productivité rurale et de la production agricole et de l’élevage, le renforcement des capacités institutionnelles des acteurs locaux et le développement d’un système d’information géo-référencé. Le Pudc va couvrir les zones rurales sur la base de la cartographie de la pauvreté et de l’accès aux infrastructures socio-économiques de base. Il s’agit principalement des régions de Kédougou, Matam, Louga, Saint-Louis, Diourbel, Tambacounda, Thiès, Fatick, Kaolack, Kaffrine et Dakar.

Le Ferlo, premier bénéficiaire

Dans l’immédiat, les projets du Pudc commenceront à se concrétiser dans la zone sylvo-pastorale. «Dans les 11 prochains mois, deux forages à haut débit et deux châteaux d’eau de 1 000 mètres cubes chacun seront construits à Tessekéré et Dolly. Ce qui permettra de multiplier par 5 les capacités de stockage de cette zone qui accueille 100 mille têtes de bétail par jour», annonce Macky Sall. Il s’agit, selon lui, d’accorder une attention particulière à la zone sylvo-pastorale pour y résoudre sans tarder et de manière durable les problèmes liés à l’accès à l’eau pour les populations et pour le cheptel. Ainsi, il y a dans cette optique la construction du mur de clôture du Ranch de Dolly de 120 km ainsi que la réalisation de la piste de désenclavement Linguère-Dolly, distante de 82 km. A ces actions envisagées dans le Ferlo, est venu s’ajouter, informe Macky Sall, l’installation d’unités de transformation et de conservation du lait qui permettront de valoriser davantage les potentialités de la région.

Une démarche centrée sur l’inclusivité

Avant d’accéder au pouvoir, le Président Macky Sall soutient avoir visité plus de 4 000 villages, fait plus de 80 000 km dans un espace-temps de trois ans et demi, au contact des populations. Ce qui répond à son souci permanent de mettre en œuvre un développement inclusif et cohérent devant se traduire par une meilleure territorialisation. «J’ai mesuré de près la pauvreté dans toute son expression, j’ai constaté les disparités persistantes liées à l’inaction, à l’eau potable, à l’électricité. Nombre de nos localités n’arrivent pas à exploiter tout leur potentiel dans le domaine de l’agriculture, de l’élevage, des mines, de l’artisanat et du tourisme, de la pêche, parce qu’elles demeurent enclavées et déconnectées des circuits du commerce et de l’investissement, faute d’infrastructures adéquates. De plus, les conditions de travail des femmes restent encore pénibles et inacceptables en milieu rural». Et le Président Sall d’ajouter : «c’est tout cela, qu’il nous faut corriger en redressant les inégalités, les disparités et les injustices. Voilà pourquoi j’ai décidé de lancer le Pudc. Et je suis sûr, que le Pnud avant fin 2016, va livrer l’ensemble des infrastructures ciblées». Conçu pour répondre aux exigences de développement inclusif, ce programme prône une meilleure territorialisation des politiques publiques pour stimuler le potentiel de toutes les localités. «Il s’agit de donner une plus forte implication aux initiatives à la base par une meilleure implication des acteurs et des bénéficiaires dans la formulation des stratégies de développement local et leur mise en œuvre. Nous voulons parvenir à un développement véritablement national et inclusif, c’est-à-dire un développement pouvant permettre à tous les Sénégalais de bénéficier des ressources nationales pour de meilleures conditions de vie en développant leurs propres potentialités locales et en accédant aux services sociaux de base. Ça résume toute la philosophie de mon action à la tête de l’Etat».

Contourner les lourdeurs administratives

Dans l’optique d’une exécution diligente, le chef de l’Etat préfère confier l’exécution des projets du Pudc au Pnud, pour selon lui, éviter les lourdeurs liées aux longues procédures qu’impose le Code des marchés publics. Et, cette diligence, le Président Macky Sall veut en faire une règle pour toutes les actions engagées par l’Etat dans le cadre du Plan Sénégal émergent (Pse). «J’ai confié l’exécution du Pudc au Pnud conformément aux accords qui nous lient au Pnud et qui nous permettent de collaborer pour apporter des réponses urgentes aux besoins du monde rural dans de meilleures conditions de performance et de respect des exigences de transparence et de bonne gouvernance. C’est ainsi que nous avons pu formuler le Pudc en seulement 4 mois, sans entrave et sans bureaucratie. Nous avons travaillé vite et bien dans la formulation du programme», se réjouit Macky Sall, avant d’avertir qu’«il doit en être de même dans la phase de réalisation».

Ce recours au Pnud ayant permis de contourner les lourdeurs administratives relève, selon le Président Sall, de la matérialisation d’un changement de méthode de gouverner. Il a intimé à ces ministres l’ordre de travailler dans la rapidité et l’efficacité à l’image du Pnud. «Il faut que vous travailliez aussi. Parce que si le programme du Pnud marche et que de votre côté ça ne marche pas, je vais tout transférer au Pnud», avertit-il ses ministres. Le choix porté sur le Pnud est une option gagnante si l’on en croit les résultats déjà enregistrés après quatre mois seulement. Selon la coordonnatrice du Pnud, Mme Bintou Djibo, «le programme d’urgence est d’ores et déjà en cours d’exécution, quatre mois après sa signature. Ainsi, les premiers travaux seront réceptionnés dès décembre 2015 dans le domaine de l’accès à l’eau potable», ajoute-t-elle. Dans ce volet accès à l’eau potable, de l’avis de la coordonnatrice du Pnud, les opérations sont en train d’être effectuées sur le terrain pour alimenter 458 villages en eau potable et 483 villages additionnels vont suivre dans les prochaines semaines. «Cela permettra une couverture en eau potable à plus de 1 016 villages au profit de près de 550 000 habitants», dit-elle, ajoutant que 80 % des ouvrages hydrauliques seront réceptionnés en mai 2016.

Pour le volet désenclavement, informe Mme Djibo, la phase d’installation de chantiers a démarré pour la réalisation de 610 km de pistes rurales auxquels viendront s’ajouter 175 autres dans les prochains jours. Quant aux pistes de production, des études sont lancées pour 2 255 km. Au total donc, ce sont 3 050 km qui seront réalisés, au-delà de l’objectif initial de 1 650 km. Ainsi, au volet électrification rurale, les études sont engagées pour le raccordement de 325 villages en énergie électrique et solaire et les travaux vont démarrer en octobre 2015, selon Mme Djibo. En ce qui concerne les actions du programme visant à alléger la pénibilité des travaux des femmes et à promouvoir leurs activités économiques, Mme Djibo annonce que la distribution de 400 équipements de production et de transformation est programmée pour le prochain Conseil des ministres décentralisé prévu à Fatick du 21 au 23 courant. Le restant, soit 5 100 équipements, sera disponible à partir d’octobre 2015, a assuré Fatou Bintou Djibo.

L’EXÉCUTION PAR LE PNUD CONTESTEE

lors que certains élus locaux dont ceux de l’opposition saluent cette décision du chef de l’Etat de confier, d’autres, à l’instar du maire de Gaya, dans le département de Dagana, désapprouvent cette option de contourner notre bureaucratie. Car si les premiers y voient les prémices d’une émergence des communes, à en croire le maire Abdoul Khadre Ndiaye, «il fallait confier ce programme à des agences sénégalaises qui ont une expertise incontestée». Tout en estimant sur les ondes de la radio Rfm que « l’idée de base est bonne », et que « les mécanismes de gouvernance utilisés semblent être appropriés ». Le président du Conseil d’administration du Conseil des organisations non gouvernementales d’appui au développement (Congad), Amacodou Diouf n’agrée non plus le choix de Macky Sall. Selon lui, le Pnud n’a pas pour vocation d’exécuter des programmes au Sénégal. «Cette structure des Nations Unies n’est pas spécialiste du développement communautaire et n’a ni les moyens en ressources humaines ni ceux financiers pour mener ce programme», dit M. Diouf dans le journal Enquête. «Nous pensons aujourd’hui que le Pnud devrait travailler sur les problèmes de stratégie de développement économique de notre pays. Le Pnud ne peut pas entrer dans la micro-économie ou l’économie communautaire ou l’économie populaire», dit-il. Selon M. Diouf, le développement communautaire est tout à fait différent, du point de vue de la complexité du programme global. «Le développement communautaire est l’ensemble de ces besoins à satisfaire des communautés à la base, au regard de leur dimension territoriale, au regard de leur complexité, au regard aussi de leurs besoins sociologiques. Et cela, ce sont les spécialistes qui doivent le faire», poursuit-il dans «Enquête».