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POSITIVE BLACK SOUL
Une vitrine craquelée

samedi 29 août 2009

Didier Awadi, 40 ans, issu d’une famille d’instituteurs d’origine béninoise, et Doug E Tee, fils d’un ex employé d’Air Afrique et d’une femme d’affaires, constituent les pionniers du mouvement hip-hop sénégalais en fondant le Positive Black Soul. Un groupe mythique qui s’est disloqué au moment de grandir et qui s’est reconstruit le 14 Août dernier le temps d’un anniversaire en attendant un jour les retrouvailles définitives.

Et si le rêve reprenait son cours scénique normal après la célébration des vingt ans de vie commune ? Et si ta voix et ma voix comme au bon vieux…. temps, ils reprenaient ensemble leurs chemins de gloire pour amener leurs fans au summum de l’extase ? Et si le Positive Black soul d’Awadi et de Doug E Tee reprenaient ensemble ce bébé qu’ils n’ont pas jeté avec l’eau du bain pour le ramener sur le gotha du rap africain où ils ont obtenu une solide réputation de leader incontesté du mouvement hip-hop sénégalais et … africain ? Le Positive Black Soul pourra-t-il renaître de ses cendres après une séparation inattendue de six ans ? Physique de catcheur, dreadlocks au vent, Didier Awadi recentre le débat sur la recomposition définitive de ce groupe : « nous n’avons pas prévu de sortir un album ou de repartir ensemble. Quand on va revenir ensemble, on le fera parce que plusieurs choses nous lient. » Et aussi qui vous séparent ?

Pour l’instant, il faut dérouler le tapis rouge à ces deux binômes qui ont poussé l’audace au micro dans une période incertaine et indécise. Une persévérance au prix de « sacrifices » et « de courage » pour réaliser un rêve d’enfant. En imposant le rap africain sur la scène internationale.

Aujourd’hui, tous les fans peuvent sourire à la perspective des éventuelles retrouvailles comme ils l’avaient fait en enterrant leurs rivalités pour marcher ensemble vers le chemin de la gloire. Quand chacun de son côté, ils faisaient rêver les enfants de leurs coins en entonnant leurs voix dans les entrailles de Liberté 6 (pour Doug E Tee) et Amitié 2 (pour Didier Awadi). C’était la période de l’adolescence où le Didier Awadi’s Syndicate et les King MC’s de Doug E Tee se livraient à une « adversité extraordinaire » durant le système de clan. Il fallait tout simplement que les grands esprits se rencontrent pour allier leurs forces dans un même ensemble et unir leurs talents pour s’immiscer dans l’espace musical sénégalais. Un pari audacieux.

La rivalité va s’évanouir lorsque Didier Awadi prend l’initiative d’inviter Doug E Tee à sa fête d’anniversaire en Août 1989. Au cours de la soirée, les deux hommes rappent ensemble et ne tardent pas à se découvrir des valeurs communes. De plus, ils se sentent l’un comme l’autre prêts à militer pour le développement et le respect de leur continent dans le monde. Du jour au lendemain, ils unissent leur motivation et leur talent au sein d’un groupe qui prend le nom de Positive Black Soul.

Ce positivisme est au cœur de leur discours. Ils choisissent d’aborder les problèmes de société avec un esprit clair, constructif, voire moralisateur. C’est un succès immédiat construit avec les tournées internationales dès 1994 en Angleterre, Suisse, Japon, Robben Island, et aussi au Congo à la veille de l’affrontement entre Pascal Lissouba et Denis Sassou Nguesso.

Doug E Tee se rappelle cette tournée avec une voix emplie d’émotions et de désolations : « nous étions venus pour chanter la paix et la guerre éclate sous nos yeux. Nous avons pris le dernier avion et l’aéroport de Brazzaville était fermé. C’est un moment que je n’oublierai jamais de ma vie. » C’était seulement à l’aube d’un rêve pour ce duo de rappeurs qui voulait révolutionner le mouvement hip-hop sénégalais et pousser les autorités vers le changement de comportement dans la gestion du bien public. Awadi a toujours le verbe désabusé : « Tout ce que nous dénoncions n’a pas changé. Les politiciens font ceux qu’ils veulent et nous allons continuer à dénoncer. On ne va jamais se lasser. »

Ils sont passés pourtant par toutes les étapes avant de titiller les sommets même en dépit de leur popularité. La raison ? « Le groupe n’a pas beaucoup de moyens » justifie Awadi. Bien sûr, au Sénégal, personne n’est vraiment intéressé pour les produire surtout que comme un peu partout, le rap a une image « parfois négative. » Ils trimballent leur tronche dans les studios dakarois en quête d’une âme sensible pour les produire mais c’est donc seuls qu’ils se prennent en main pour essayer de matérialiser ce rêve d’enfant. « C’était un moment difficile parce qu’on a galéré gravement. Personne ne voulait nous produire. C’était vraiment compliqué. Nous avons cru à ce rêve pour le réaliser » ressasse Awadi. L’album Boul Falé en 1994 est alors le symbole du sacrifice consenti et constitue une fierté pour les deux. Doug E Tee : « nous étions super contents parce que nous avions réussi à sortir le premier album. C’était une joie extraordinaire parce que ce n’était pas évident. »

Une légende du rap est née. Le Positive Black Soul est désormais dans les starting-blocks et propage le virus du rap un peu partout à Dakar où les possees se structurent dans les coins et recoins de la capitale et sa banlieue.

Bien sûr, il faut avoir l’audace et le courage pour s’aventurer dans un terrain où la conquête d’un petit squat n’était pas gagnée d’avance. Mais, Awadi et Doug Tee ont eu l’audace de se jeter dans l’inconnu avec des têtes farcies d’ambitions et de certitudes. Aujourd’hui, ils sont une référence en matière de rap sénégalais, chantant aussi bien en wolof, en français, qu’en anglais. Avec un Positive Black Soul (Pbs) propageant ses idées humanistes et sa musique énergique dans le monde entier.

Aujourd’hui, en regardant dans le rétroviseur, les deux rappeurs affichent un sourire de bonheur. Awadi : « On ne peut évidemment qu’être très heureux de ce qu’on a accompli. C’est réconfortant d’être précurseurs du mouvement hip-hop sénégalais. » Un réconfort moral qui a escorté leur longue et jeune carrière. Et un regret ? « Les autres rappeurs nous ont calomniés en nous « clashant. » On se connaissait parce que certains nous fréquentaient le matin et nous clashaient le soir. Nous avons compris parce qu’ils cherchaient de la promotion » s’esclaffent-ils. Xuman, une autre figure de proue du rap sénégalais, leur érige une stèle pour services rendus au mouvement hip-hop sénégalais : « ils ont du mérite. C’est le premier groupe qui a donné ses lettres de noblesse au mouvement hip hop sénégalais et africain. Sans le Pbs on n’aurait jamais pu parler du Pee Froiss. Ils nous ont donné notre chance en produisant notre premier album et depuis, la collaboration n’a été que des plus saines. » Cet anniversaire est un concert-retrouvailles pour ce groupe disparu avec les vicissitudes du temps, mais qui se reconstruit pour juste une soirée.

Pour rappeler comme au bon vieux…. temps. Lorsqu’il les évoque, Awadi parle de ces retrouvailles comme d’une évidence qui devait se faire pour marquer ce moment d’une pierre blanche. « Ça s’est fait de façon naturelle parce que nous devons marquer cet évènement. On s’est retrouvés pour fêter nos 20 ans et il n y a rien de plus normal d’ailleurs. Il faut que les gens le voient tout simplement sous cet angle », évacue nerveusement le Dj. Mais, Awadi et Doug E Tee savent qu’ils ne peuvent plus occulter cette question qui taraude les esprits chagrinés par leur rupture mais qui reste toujours sans réponses. Une séparation douloureusement vécue par certains dans un contexte où le groupe a fini de « s’hégémoniser » dans ce pays et de connaitre une aura extraordinaire dans le reste du monde.

Une référence. Une légende venait de s’éteindre et une vitrine se craqueler sous les yeux médusés des Sénégalais conquis par ce duo de rappeurs. Ils ne vont jamais connaître de quoi retournent les interrogations et les rumeurs inhérentes à cette rupture inattendue. Awadi : « ça ne regarde personne et personne ne va savoir ce qui s’est passé. C’est notre vie et nous ne sommes pas obligés d’étaler nos divergences sur la place publique. » Une langue en bois massif diplomatique. En tout cas, c’est un honneur et un bonheur pour eux : leurs relations amicales et confraternelles n’ont pas souffert de l’usure du temps « parce que nous sommes restés amis et très proches. On ne partage plus la scène, mais on est restés liés », avoue Awadi avec un ton ferme.

En vérité, les retrouvailles s’imposaient au temps et il fallait surtout songer au public. Dans l’air, il souffle comme un vent de nostalgie, et c’est peut-être comme cela qu’il faut le prendre, de façon toute simple.

Nostalgie du public quand, sur de nombreuses fréquences radiophoniques, les membres du groupe savent reconnaître quelques-uns de leurs titres, quelques-unes de leurs notes. Même en se séparant, ils ont toujours la tête farcie d’ambitions : « nous n’avons encore rien fait ici parce que nous devons remplir le stade Léopold Sédar Senghor. C’est un rêve que nous avons toujours eu » étale Awadi. C’est le rêve qui les a conduits jusque-là. Pourquoi pas ?

Bocar SAKHO


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