Les femmes du pays ont-elles été consultées pour donner leur sentiment et leur point de vue sur cette représentation qui symbolise la « Renaissance Africaine » ? Ce serait étonnant, sinon on comprendrait difficilement que nos braves sœurs, épouses et mères donnent leur aval et leur caution à cette image. Celle-ci représente une idée singulière et spécieuse de la renaissance qui place l’homme au cœur de la problématique et réduit la femme à un rang de subalterne qu’on peut écraser ou élever en fonction des humeurs des hommes. Ce sexisme révoltant, reprenant une idée biblique, et qui soutient que la femme est créée à partir du flanc de l’homme, est véhiculée de façon ostensible dans cette image où un homme tout puissant protége l’enfant et tire la femme à sa guise. Il peut la laisser choir ou l’élever, en fonction de ses humeurs du moment.
Cette méprise est non seulement révoltante, mais elle bat en brèche une prétention du chef de l’Etat qui veut nous faire croire qu’il a créé le poste de vice-président pour les femmes et dans un souci de les mettre davantage au cœur de l’Etat et des problèmes qui préoccupent la nation. On ne saurait trouver meilleure image pour illustrer et conforter tous nos préjugés et stéréotypes sur la femme. Quelle est cette image ringarde et désuète qui prend la femme comme une pauvre créature à la traîne de l’homme à qui elle doit son existence et sa survie sur terre ? Nous sommes loin des préoccupations de la modernité qui place la question genre au centre du développement des nations. La femme africaine se lève à 6 heures du matin et se couche beaucoup plus tard afin de ramener à la maison les moyens de survie de la famille. Elles sont fortes, travailleuses, dignes et ne sont pas représentées par cette image de la statue.
On ne donne pas ainsi suite à ce combat noble et légitime de l’équité et de l’égalité. La « Renaissance Africaine » passera par cette équité et cette égalité entre les deux piliers de notre société, ou ne sera pas. Aucune nation ne peut prétendre se développer en ravalant plus de la moitié de la société à un rang inférieur. Les femmes et les hommes sont égaux en droit et en devoir et concourent ensemble à entretenir la société et à assurer sa survie. La Renaissance est un pari sur l’avenir mais un pari qui ne peut être légitime et juste que dans la seule mesure où elle considère ces deux piliers comme des acteurs complémentaires, indispensables l’un à l’autre. Il serait inacceptable que le mouvement féministe et les femmes de ce pays se plient à cette manière de concevoir la Renaissance et donnent leurs cautions à toutes initiatives tendant à la matérialiser. C’est faux de prétendre que la femme n’est que l’assistante de l’homme. Elle est autre chose que cela. Dans nos pays, elles éduquent protégent l’enfant et l’insèrent dans la société. Contrairement à ce que veut faire croire cette image où l’on voit un enfant arraché à sa mère par un homme qui le couve.
Ces clichés et ces stéréotypes ne doivent pas passer la barrière de la conception. Ils doivent être combattus et rangés définitivement dans les fonds des esprits rétrogrades, pour ne jamais plus en sortir. C’est pour cette raison que toutes les femmes sénégalaises et africaines doivent se désolidariser et condamner cette idée de Renaissance qu’on veut leur imposer. Il est peut-être important pour la femme sénégalaise de croire que des postes lui sont réservés dans les structures de l’Etat pour corriger une injustice. Sans aucun doute il est encore certainement plus important de combattre cette idée rétrograde de Renaissance véhiculée par cette image qui va certainement bientôt trôner au sommet de cette colline érigée en monument. Nous savions déjà que certaines personnalités politiques se prêtent à toutes les ruses pour s’accorder les faveurs du Peuple. Le concept de la statue de la « Renaissance Africaine » est si ringard qu’il survive à son auteur. Cette idée ne rentrera jamais dans l’Histoire car elle rame à contre-courant de celle-ci. Tout compte fait, le chef de l’Etat accapare un bien du Peuple que ce dernier voudrait présenter dans un esprit conforme à la question genre.
Aïssatou LAYE