La pluviométrie mal distribuée menace de famine plus de 850.000 personnes au Sénégal. Des réponses imminentes et efficaces sont attendues du gouvernement qui ne dispose pas toutefois d’une grande marge de manœuvre budgétaire.
Par rapport à l’année dernière, l’agriculture sénégalaise a enregistré une baisse de productivité de 25%. Une chute imputable à une pluviométrie mal distribuée. Mais, en plus d’être sujette aux aléas du climat, l’agriculture sénégalaise souffre de son faible niveau d’équipement, d’une mauvaise maîtrise des ressources en eau ou encore de l’insuffisance de la fourniture en intrants. Conséquence : sa croissance a connu cette année une baisse de 2%. « Sur l’année 2011, la valeur ajoutée du secteur primaire en termes réels s’est repliée de 12,6%, en raison notamment d’un déficit pluviométrique important », souligne l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (Ansd). Pour sûr, les retombées de ce mauvais hivernage sur les prévisions de croissance en 2012 seront négatives. Attendue à 4,3% en 2012, la croissance du Pib devrait fléchir et se situer, selon certaines sources, au dessous de 4%. Déjà fortement en proie à la lenteur de la reprise sur le plan international, au renchérissement du prix du baril de pétrole et des produits alimentaires, de la baisse de la demande mondiale consécutive à la crise de la zone euro, l’économie sénégalaise va devoir faire face aux contraintes internes.
Mobilisant plus de 50% de la population active sénégalaise, l’agriculture sénégalaise a contribué, en 2010, pour plus de 58% à la croissance du Pib.
Toutefois les risques systémiques et structurels qui caractérisent l’agriculture sénégalaise essentiellement pluviale et saisonnière l’empêchent d’être un secteur porteur de croissance et créateur de richesses et d’emplois malgré les énormes potentialités en terres aménagées et en disponibilité en eau. La mauvaise répartition des précipitations de l’hivernage passé a anéanti les cultures et va sans nul doute aggraver la situation alimentaire dans le monde rural où le taux de malnutrition sera de toute évidence très aigu. Des milliers de familles paysannes sont menacées de famine. Selon la Fao, 15 millions de personnes, dont 850.000 Sénégalais soit 6%, sont en proie à de graves risques d’insécurité alimentaire dans la zone sahélienne. « On estime que 15 millions de personnes au bas mot sont à risque d’insécurité alimentaire au Sahel, en partie à cause de baisses localisées, mais importantes, de production agropastorale », peut on lire sur le portail de la Fao. « Plusieurs pays de la région du Sahel en Afrique de l’Ouest ont besoin d’une aide d’urgence pour conjurer une crise de sécurité alimentaire et nutritionnelle de grande envergure et protéger et restaurer les moyens d’existence des communautés dépendantes de l’élevage et de l’agriculture », avertit l’organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (Fao).
Riposte
« Il nous faut agir sans délai pour empêcher la détérioration de la situation de la sécurité alimentaire et éviter une crise alimentaire et nutritionnelle généralisée », ajoute le Directeur général de la FAO, José Graziano da Silva qui appelle à un transfert de moyens financiers pour assurer la sécurité alimentaire.
Inutile de dire que la période de soudure sera longue et Sénégal, que des efforts importants devront être entrepris par le gouvernement afin de circonscrire les conséquences de cette mauvaise saison agricole. Seulement, dans le budget 2011, la marge de manœuvre des pouvoirs publics reste limitée, car il clair que le déficit budgétaire, à l’heure actuelle de 6,9% ne peut plus se creuser davantage. Les investissements lourds et en retard consentis dans le cadre du plan Takkal ont contribué pour une grande part à creuser ce déficit. Dans ce cas quelle stratégie de riposte est à la portée du Sénégal pour porter assistance au monde agricole tout en respectant ses engagements vis-à-vis des partenaires techniques financiers ? Soulignons que ces derniers s’opposent à toute politique de subvention des prix comme ce fut le cas en 2008, au plus fort de la crise alimentaire mondiale, lorsque le gouvernement du Sénégal avait entrepris de subventionner les prix de produits alimentaires pour un montant de plus de 370 milliards de Fcfa. Aussi, pour sortir le monde rural de cette mauvaise passe, selon toute vraisemblance, une subvention sur les denrées alimentaires n’est pas à l’ordre du jour et serait une mauvaise option, pour plusieurs raisons. Dans son analyse d’impact sur la pauvreté et le social (PSIA) de 2008, le Fmi a estimé que ce type de mesures était en général mal ciblé. Mieux, poursuit le Psia, « à près de 55 %, elles (ces subventions) ont profité aux ménages se situant dans la tranche supérieure de 40 % de la répartition du bien-être ». Il est donc clair que la solution serait de procéder à un transfert transparent de ressources vers les populations ciblées. « À plus long terme, un système de transferts monétaires en faveur des populations qui en démontrent le besoin constitue la meilleure option d’aide sociale », estime le Psia. Il préconise plus globalement la nécessité de s’attaquer directement à la pauvreté rurale, « grâce à l’augmentation de la productivité agricole et l’élargissement de possibilités d’emplois ruraux ». Quoi qu’il en soit, même si tous les regards sont tournés au Sénégal vers le deuxième tour de la présidentielle, les germes d’une insécurité alimentaire et nutritionnelle sont présentes et nécessitent des choix politiques judicieux et rationnels mais qui n’ébranlent pas la stabilité macroéconomique de l’économie du pays. En attendant, l’amplitude des inégalités entre les milieux urbains et le monde rural où résident la majorité des pauvres va s’amplifier du fait de la rareté de l’emploi, principal vecteur à travers lequel la croissance économique agit sur la pauvreté.
Mamby DIOUF