Les résultats sortis des urnes indiquent que la gauche en tant qu’acteur principal des assises nationales aura raté l’occasion, par des querelles intestines, de porter en triomphe les conclusions issues de ces larges consultations.
Comme en 2000, le candidat de la coalition Benno Siggil Senegaal Moustapha Niasse arrive en troisième position et va être le faiseur de roi. Le débat autour de la candidature unique de l’opposition a tellement retenu les états majors dans les salons et dans des discussions interminables. Ainsi avec le recul, on mesure à quel point la division et la dispersion au bout du compte de Benno a été un énorme gâchis. La configuration telle qu’elle se dessine renvoie à la retraite Ousmane Tanor Dieng, Moustapha Niasse et les ténors de la gauche qui sont dans sa coalition. Le duel du deuxième tour entre Macky Sall et Abdoulaye Wade consacre dans une certaine mesure l’échec des vétérans de la gauche qui ont largement contribué à la conquête des libertés et des valeurs. Echaudé par le fait d’avoir porté en triomphe le candidat du Sopi Abdoulaye Wade en 2000, ils ont trouvé en Moustapha Niasse le champion susceptible de refonder la République sur des bases solides et d’exorciser le traumatisme que Wade a fait subir aux institutions et à la gouvernance de manière générale. L’implosion de Benno le 1er décembre dernier et les passes d’armes notamment de la part du parti socialiste qui s’en ont suivi n’ont fait qu’accentuer la déception des électeurs à qui on faisait miroiter la possibilité d’un candidat de l’unité et du rassemblement. Très amer Ousmane Tanor Dieng avait le propos acerbe. Il qualifiait la désignation de Niasse par une bonne frange de Benno de « coup de force », « de coup d’Etat et de complot. « C’est un coup d’état qui a été prémédité et bien organisé mais nous n’acceptons pas ce « complot » disait-il. La procédure utilisée est « illégale » s’insurgeait-il contre son rival. Cette dislocation et cette rupture violente ont dû renvoyer aux électeurs l’image d’une caste de politiques qui se cachent derrière le paravent des conclusions des assises nationales pour faire des calculs bassement politiciens au service de leurs intérêts partisans et de leurs chapelles politiques respectives. La contestation véhémente du Ps, avec en première ligne son chef de file, de ce choix porté sur Niasse donnait davantage d’écho à une telle perception. Tanor accusait littéralement Niasse d’avoir sacrifié cette unité sur l’autel de ses ambitions présidentielles. : « C’est Moustapha Niasse qui dit qu’il ne veut pas aller à l’assemblée nationale, parce qu’il ne veut pas recommencer une carrière parlementaire ». Il ajoutait sur la même lancée à propos de la commission de facilitation : « les cinq membres de la commission de facilitation qui se disent des sages ont tous voté pour Niasse ».
Cette division doit être d’autant plus durement ressenti que la coalition composée de fortes personnalités a fait une percée majeure loin devant le candidat Tanor Dieng mettant ainsi fin à postériori au débat sur la représentativité supposée plus grande du Ps. Un débat stérile précédé de longs mois de conciliabules et de maquignonnages sans fin pendant que les autres prétendants à la magistrature suprême occupaient le terrain et sillonnait le territoire pour obtenir le soutien des électeurs. Certainement si cette équipe de fortes personnalités autour de la coalition s’était fait l’économie de ces réunions et séminaires interminables, elle aurait très probablement permis à Niasse de faire partie de duel du deuxième tour. Le réalisme politique commandait également une unité entre Ousmane Tanor Dieng et Moustapha Niasse afin de pouvoir espérer garder les chances de se donner les moyens de conquérir le pouvoir et d’appliquer les réformes annoncées. Evacuer cette analyse de la situation de la part de ténors de la politique aussi expérimentés relève d’un aveuglement qui défie le bon sens. Comment pouvaient-ils ignorer que le risque d’une défaite éventuelle les enterrerait sur le plan politique. Tous emportés par la chute du président, ils ont ainsi écrit leur propre nécrologie politique en se risquant à une telle aventure.
Aliou NIANE