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Monde rural
Une si longue période de soudure

vendredi 17 février 2012

Le déficit vivrier est drastique dans certaines régions du Sénégal selon le Conseil national de concertation des ruraux qui a bouclé une tournée dans 9 régions. Une situation liée au déficit pluviométrique et à l’imprévoyance du gouvernement qui n’a pas mis en place des stocks de sécurité alimentaire. Les récoltes de céréales ne pourront pas couvrir plus de quatre mois.

« La période de soudure s’est installée très tôt dans certaines régions du pays. Les greniers se vident et l’argent est quasi introuvable en milieu rural du fait des mauvaises récoltes enregistrées dans la plupart des spéculations notamment l’arachide. » Boubacar Cissé le porte-parole du Conseil national de concertation des ruraux dresse un tableau peu reluisant du monde rural. Les souffrances de la paysannerie ont été rappelées à la veille du démarrage de la campagne électorale qui voit 14 candidats brigués les suffrages des sénégalais. Le 12 janvier dernier lors de l’assemblée générale du Cncr des voix se sont élevées pour dénoncer le manque de considération du gouvernement du Sénégal à l’égard des ruraux. Ainsi Adama Diop, secrétaire général du comité local de concertation des organisations paysannes (Clcop) de Tassette, indiquait que « la situation du monde rural est une conséquence d’une mauvaise politique agricole de l’Etat. Une politique qui a simplement échoué. En effet, les raisons de cette catastrophique campagne agricole tournent autour du retard énorme accusé dans la mise en place des semences, leur mauvaise qualité et l’insuffisance de ces semences et des intrants. Ces difficulté viennent s’ajouter à la politique discriminatoire dans la mise en place du matériel agricole qui n’atteint pas sa véritable cible mais aussi à l’inaccessibilité de la terre ».

Une situation grosse de dangers car ce sont près de 800 000 âmes qui sont concernées dans les régions de Diourbel et Matam révélait il y a quelques jours le Programme Alimentaire Mondial. A la vérité selon le Conseil National de Concertation des Ruraux au moins 9 des 14 régions du Sénégal connaissent des difficultés liées à l’insécurité alimentaire. Un constat conforté par le CILSS qui annonçait « des baisses de production céréalière importantes localisées au Centre du Sénégal » dans un communiqué qui faisait le point sur la situation de l’hivernage 2011. Ce sont les conséquences de la mauvaise pluviométrie du dernier hivernage. Malgré les alertes lancées par les comités villageois dans les zones touchées, l’appel des organisations non gouvernementales et des associations nationales telles que le Conseil national de concertation des ruraux, l’Etat n’a pas jugé nécessaire d’accompagner les populations en mettant en place des stocks de sécurité alimentaires. Une situation que déplore Boubacar Cissé vice porte-parole du Cncr qui indique : « le gouvernement n’est obnubilé que par la réélection du président Abdoulaye Wade. Il a oublié les populations. Pourtant, au mois d’Octobre dernier, le secrétariat exécutif du conseil national à la sécurité alimentaire indiquait dans son bulletin d’information n° 16 que « l’’hivernage 2011 se particularise par une mauvaise répartition spatio-temporelle et un arrêt précoce des pluies dans plusieurs localités. Par conséquent la production agricole attendue pourrait être inférieure à celle de la campagne agricole précédente voire à la moyenne des cinq dernières années.

« Aujourd’hui, souligne Boubacar Cissé, dans des régions comme Thiès, Fatick et Diourbel, le déficit en vivres est drastique. »

En concluant ce bulletin, le secrétaire exécutif du Conseil national à la sécurité alimentaire, Modou Mbacké Faye recommandait de « soutenir les zones qui ont connu un déficit céréalier dû à une mauvaise pluviométrie. Pour tirer un meilleur profit des récoltes, il serait souhaitable de prendre un certain nombre de dispositions allant dans le sens de prendre des mesures d’accompagnement pour la protection des récoltes au champ, le stockage, la conservation, la transformation et la commercialisation, de reconstituer les stocks de sécurité alimentaire notamment pour les céréales par le Commissariat à la Sécurité Alimentaire (CSA), de sensibiliser et d’informer les populations pour éviter le bradage des récoltes. » Des recommandations qui n’ont pas été suivies d’effet. Les populations rurales ont été laissées à elles-mêmes car elles ne pouvaient compter essentiellement que sur la commercialisation de la récolte arachidière pour ne pas brader le peu de céréales engrangées. Des événements tels que la Tabaski, l’ouverture des classes avec ses charges incontournables ont obligé les pères de famille à se débrouiller. A Touba lors du grand magal et à Tivaoune au Maouloud, des populations rencontrées nous ont fait part de leur désarroi en mettant l’accent sur leurs difficultés financières. Depuis le mois de mai dernier, « nous vivons dans la précarité » nous avait dit Dame Dieng du village de Keur Dame que nous avions rencontré à Touba. C’est le même constat que nous avons entendu à Tivaoune.

Il y a eu peu d’arachides cette année. Les paysans qui les ont récoltées peuvent se frotter les mains. C’est le cas dans certains villages des régions de Tambacounda, Kaolack, Kaffrine, Ziguinchor et Kaolack. Principalement là où il y a eu une bonne pluviométrie. La concurrence aidant entre les industriels et les commerçants, les cultivateurs ont vendu au plus fort délaissant le prix officiel proposé par le gouvernement. C’est qu’en lieu et place du million de tonnes d’arachides annoncées, la récolte globale sera en deçà des 500 000 tonnes. Une catastrophe pour l’industrie de transformation. Au-delà de l’arachide, une culture de rente comme le coton et les cultures vivrières ont subi les avatars de la pluviométrie également. Au déficit pluviométrique s’est ajouté en effet, le manque d’engrais et d’urée.

« Les difficultés que vivent les populations peuvent aisément se mesurer sur le coût des céréales. Lors de la tournée que nous avons effectuée dans certaines régions, le kg de mil était vendu entre 180 et 200FCfa » révèlent les chefs de mission du Cncr. Le PAM avait lancé l’alerte lors d’un point de presse en indiquant que « 15,1% des ménages sont en insécurité alimentaire ». Cette étude a été menée en avril-mai 2011 avec le Conseil national de la sécurité alimentaire du Sénégal (CNSE). « Aujourd’hui, souligne Boubacar Cissé, dans des régions comme Thiès, Fatick et Diourbel, le déficit en vivres est drastique. Là où en bonne période de récolte, les besoins en couverture alimentaire n’était que de six mois, avec le profil actuel des récoltes, on atteindra tout juste les quatre mois ». Cette situation d’urgence interpelle les acteurs politiques qui doivent apporter des solutions urgentes aux difficultés du monde rural. L’élevage se trouve également confronté à de graves difficultés qui appellent des réponses urgentes.

Pape Amadou Fall

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