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Dr Eliass Boukra directeur exécutif adjoint du Centre Africain d’Études et de Recherche sur le Terrorisme.
« Dakar est une plaque tournante de la cyber criminalité »

mardi 13 décembre 2011

Le Centre Africain d’Études et de Recherche sur le Terrorisme (CAERT) mène sa croisade pour renforcer les moyens de ses experts. C’est un combat acharné pour cette institution qui a été érigée en 2002, dans le cadre du Plan d’action de l’Union Africaine pour la prévention et la lutte contre le terrorisme. Le Dr Liess Boukra directeur exécutif adjoint du Centre qui a dirigé, il y a quelques jours, à Dakar, un atelier consacré à la lutte contre la cybercriminalité et l’extrémisme religieux grâce à internet nous fait le point.

La Gazette : Cette rencontre de Dakar qui porte sur le combat contre le terrorisme et l’extrémisme religieux est un jalon important dans votre démarche. Pourquoi le choix de Dakar ?

Dr Liess Boukra : Le centre africain d’étude et de recherche de lutte contre le terrorisme de l’union africaine a organisé de multiples séminaires dans les différentes régions d’Afrique, ou au niveau de notre siège à Alger. Notre objectif à travers ces séminaires est de faire prendre confiance aux responsables, aux Etats, de l’enjeu que représente l’internet. la cyber criminalité, le terrorisme et l’extrémisme religieux. Notre deuxième souci est aussi de renforcer les capacités des Etats africains. De contribuer à la formation de cadres africains en la matière, c’est-à-dire à la formation concrète qui leur permet de maitriser les différentes techniques et procédures mises en œuvre par les criminels, que cela soient les terroristes djihadistes ou les narco trafiquants. L’internet est le moyen le plus utilisé aujourd’hui. C’est un outil formidable de l’information, de la communication, de la formation, de la propagande et de la sensibilisation pour les criminels de tous bords. Nous avons choisi Dakar parce que c’est une plaque tournante de la cybercriminalité. Même si le pays semble à l’abri du phénomène de l’extrémisme religieux, il n’en reste pas moins que la vigilance doit être de mise du coté des autorités étatiques qui se sont impliquées très tôt dans le combat contre la cyber criminalité.

Les nouvelles technologies de l’information sont au cœur de votre combat. C’est une technique tellement évolutive que l’on peut s’interroger sur les moyens dont disposent les Etats pour ne pas se laisser distancer par les cyber criminels. Comment vous organisez vous par rapport à la traçabilité ? Tout ce qu’un homme peut faire, un autre homme peut le défaire. Ceci est une règle de base. Notre objectif n’est pas seulement de former nos experts avec l’aide de nos partenaires étrangers qui eux ont une maîtrise beaucoup plus importante et beaucoup plus considérable des technologies. Mais aussi apprendre à nos cadres africains à être proactifs, à anticiper, à aussi imaginer ce que l’adversaire peut inventer comme nouvelles procédures pour contourner sa riposte. C’est un combat permanent, un combat très dur, donc nous n’allons pas rester assis. C’est aussi un combat très coûteux. Et c’est en ce sens que nous nous formons mais il ne s’agit pas de former pour former. Nous formons pour riposter mais pas seulement. Le plus important n’est pas seulement de réagir. Etre seulement réactif, c’est être condamné à la défaite. En Afrique, notre principal souci est de nous appuyer sur deux capacités que nous jugeons fondamentales : la prospective et l’anticipation.

Pour combattre la cyber criminalité et l’extrémisme religieux, il faut des moyens conséquents. Un engagement sans faille. Cette préoccupation est elle au cœur de nos Etats ?

L’union africaine et par conséquent nous le CAERT, nous sommes tout à fait conscient de la faiblesse de nos Etats en Afrique. Faiblesse en ressources, faiblesse structurelle, je parlerai même de défaillance. Nous sommes tout à fait conscients du fait qu’aucun Etat africain ne peut seul venir à bout de ce défi. Ainsi la politique de l’Union Africaine et du CAERT est, a été, et demeurera toujours celle qui consiste à fédérer le maximum de possibilités. Le maximum d’Etats autour de ce combat. C’est-à-dire que nous ne nous en sortirons qu’en unissant nos forces. C’est pour cela que le CAERT à appeler à des unités d’action. Que cela soit au niveau du continent, au niveau des régions, voire au niveau des sous régions. En d’autres termes, comme vous le constatez par exemple aujourd’hui ce sont tous les pays de l’Afrique de l’ouest que nous invitons à unir leurs moyens, leurs ressources, de la même façon par rapport aux possibilités qu’offrent nos partenaires étrangers. Et à mettre leurs efforts en commun pour venir à bout de ce combat. Autrement, chaque Etat seul est totalement condamné à la défaite certaine face à cette forme de criminalité. D’où la nécessité-permettez-moi d-insister de former des experts qui ne se contentent pas d’une connaissance générale. C’est-à-dire des experts qui ont une connaissance particulière du phénomène, des experts capables non seulement de savoir comment fonctionne l’internet entre les mains de ces criminels mais aussi capables d’anticiper sur leurs desseins. Deuxièmement, il s’agit non seulement de former mais aussi d’aller vers l’union. Cela pour tenir compte des sensibilités de chaque zone. Aujourd’hui au niveau de la zone sahélo sahélienne, c’est le terrorisme qui préoccupe. Régulièrement, des actes sont commis contre les Etats, les populations, les étrangers. Pour faire face, il ya une politique d’union des quatre pays touchés par le phénomène. Ces pays sont l’Algérie, le Niger, la Mauritanie et le Mali. La mise en commun des ressources permet de gagner en efficacité avec la mise sur pied d’une une unité qui reçoit les informations et d’un état major commun qui agit sur le terrain. C’est un modèle qui peut être dupliqué vers d’autres régions même si chacune d’elle à ses spécificités, ses besoins. Ce qui est important, c’est que l’on développe les unités d’actions. Cela va du partage de l’information, jusqu’aux stratégies d’actions, jusqu’aux ripostes sur le terrain.

Il y a un an à Alger, vous mettiez en place la loi Type sur la prévention et la lutte contre le terrorisme. Que signifie cette loi ?

La lutte contre le terrorisme requiert l’élaboration de normes et de règles juridiques qui habilitent les services de l’Etat à agir dans le cadre de la loi et du règlement et à conférer à la lutte antiterroriste le nécessaire cadre légal. De ce fait, la mise en place d’un cadre légal pour la lutte antiterroriste constitue une exigence de l’Etat de droit et une condition sine qua non pour la structuration, l’organisation et l’harmonisation de l’action des différentes institutions intervenant dans la lutte contre le terrorisme. Ainsi par l’adoption de ce projet de loi type, les Etats africains se dotent d’une norme de référence pour établir, promouvoir ou consolider au plan national la mise en œuvre des obligations découlant des normes mises en place par l’Union africaine et par la communauté internationale dans le domaine de la lutte antiterroriste.  Il s’agit donc de prendre en considération les conventions qui ont été signées et les décisions prises par les Chefs d’Etat africains lors des conférences de l’Union, comme la Convention de l’OUA de 1999 et son protocole additionnel de 2004 sur la prévention et la lutte contre le terrorisme. Le plan d’action adopté par la réunion inter-gouvernementale de haut niveau de l’Union africaine sur la prévention et la lutte contre le terrorisme en Afrique tenue à Alger en septembre 2004 lequel a créé le CAERT, les décisions 256 et 311 adoptées par les conférences au sommet de l’UA à Syrte, en juillet 2009, et à Kampala, en juillet 2010.  La loi type est une loi modèle qui fait la synthèse des normes aussi bien internationales que celles adoptées par le continent, sans omettre les développements et évolutions que connaît le phénomène terroriste, comme la cybercriminalité.

Le CAERT, a-t-il les moyens de ses ambitions. Certains experts pensent qu’il est absolument nécessaire de renforcer les moyens. Est ce votre avis ?

Bien sûr que les moyens ne suffiront jamais. Nous sommes en face d’un phénomène, je dirai un fléau auquel peu de pays échappent. Le CAERT est un instrument de surveillance. Si nous voulons que sa politique soit efficace, il faut renforcer l’instrument. Le CAERT est l’émanation de l’Union Africaine, donc de l’ensemble des pays africains. C’est leur outil. Nous contribuons à éveiller les consciences, à faire le plaidoyer au profit de nos pays auprès des partenaires étrangers. Et à faire aussi des études et des recherches sur le phénomène parce qu’un phénomène non maîtrisé scientifiquement ne peut pas être vaincu. Nous contribuons à créer des synergies visant à renforcer la capacité de nos Etats et c’est ça qui est fondamental. Il faut qu’impérativement que nos Etats sur le plan des ressources, sur le plan de la légitimité autant que sur plan du droit soit bien doté. Que le CAERT soient en rapport avec nos sociétés pour pouvoir prendre en charge cette lutte.

Papa Amadou FALL

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