Hissène Habré sera-t-il jugé un jour au Sénégal ? Pour l’instant, la réponse est loin d’être évidente. Même si les défenseurs des droits de l’homme continuent de s’agiter et les hommes politiques multiplient les paroles pour afficher leur bonne intention. Aujourd’hui, l’ancien prédisent du Tchad est encore loin du prétoire. Le président Wade a été très clair lors du 15 éme Sommet de l’Union africaine qui s’est achevée ce mardi à Kampala en annonçant aux organisations des droits de l’homme que « le gouvernement du Sénégal ne s’occupera pas des questions de financement du procès ». De façon explicite, Abdoulaye Wade explique que le Sénégal ne mettra pas ses fonds dans le budget du procès et qu’il reviendra à l’Union africaine de désigner un ordonnateur des dépenses et un comptable. Il dit : « Le gouvernement sénégalais ne s’occupera nullement des questions de financement. Il appartiendra à l’Union africaine de désigner un ordonnateur de dépenses et un comptable. Le Sénégal n’a rien à voir avec ça ».
Par ailleurs, le chef de l’Etat est revenu sur l’autre facteur bloquant de ce procès qui risque davantage de faire traîner ce dossier. Ce qui ne va pas enthousiasmer les victimes et les défenseurs des droits de l’homme qui multiplient les pressions pour juger l’ancien président en exil à Dakar depuis 1990. Il ne sera pas jugé dans le nouveau Palais de justice de Dakar. Sans ambages, il dit : le « nouveau Palais de justice a été construit pour les justiciables sénégalais. L’Union africaine n’a qu’à réfectionner l’ancien Palais de justice du Cap Manuel ou même louer des locaux pour abriter le procès. Je ne sortirai pas les magistrats sénégalais de leur bureau pour faire de la place au jugement de Hissène Habré », a-t-il déclaré. Pourtant, lors d’une mission d’experts dépêchés par l’Union européenne à Dakar, il avait été retenu la solution d’affecter une aile inutilisée du nouveau Palais de justice de Dakar à l’organisation du procès de Hissène Habré.
Toutefois, les organisations des droits de l’homme comme Human Rights Watch, la Rencontre africaine pour la défense des droits de l’homme (Raddho) et l’Association tchadienne des victimes de Hissène Habré multiplient les contacts avec des officiels africains pour les sensibiliser sur la question de la nécessité de juger Habré au Sénégal. D’ailleurs, de nombreux pays africains ainsi que l’Union européenne se sont engagés à participer au financement du procès. C’est sur cette question que s’arc-boute le procès de l’ancien homme fort de Ndjamena.
Il faut rappeler que l’Etat du Sénégal avait émis le vœu de disposer de l’intégralité du budget avant d’ouvrir ce procès qui passionne tout le continent. Ce budget était estimé à 18 milliards de francs Cfa. Cependant, les propos sans équivoques des autorités sénégalaises sur la question ne remettent pas en cause la volonté du Sénégal de faire juger l’ancien dictateur tchadien Hissène Habré au Sénégal. Le président Wade soutient que cela lui ferait « honte de voir Hissène Habré jugé par une juridiction occidentale. Il doit être jugé en Afrique ». Il poursuit : « Si j’ai accepté que lancer un message aux victimes en leur déclarant Hissène Habré soit jugé au Sénégal, c’est parce que tout individu qui commet des crimes graves doit rendre des comptes. Je souhaite que Hissène Habré soit jugé ». Pour l’instant, Habré est encore très loin du Temple de Thémis.
La Gazette