La Cour des comptes décompte les mauvais élèves. Dans son rapport 2008, elle a épinglé et recalé 13 structures publiques et parapubliques. Tout y passe. La Direction des Bourses débourse des milliards à-tout-va, l’Ancar ravitaille des entités externes en carburant, la société de recouvrement se lance dans des écarts injustifiés, la Sodefitex bradée par l’Etat, Atépa Technologies achève les hôpitaux comateux de Fatick et Ziguinchor, tandis ceux de Kaolack et Thiaroye font dans la mauvaise gestion. Le prochain Tribunal économique annoncé par le chef de l’Etat, Abdoulaye Wade, tient là ses premiers clients.
DIRECTION DES BOURSES
Parmi les structures épinglées par la Cour des comptes, figure en bonne partie la gestion des Bourses et allocations d’études. Les vérificateurs se sont intéressés à ce grenier de milliards géré par la Direction des bourses. Les contrôleurs, après avoir fait remarquer que la structure dirigée par Ousseynou Goumbala gère des « montants importants de crédits », ont découvert que les bourses pour des études à l’étranger sont « souvent octroyées » à des étudiants inscrits dans des « filières disponibles au Sénégal ». Malgré l’explication donnée par le ministre de l’Education selon laquelle il s’agit de la « volonté des autorités de récompenser les plus méritants », la Cour relève que sur les 67 étudiants bénéficiaires de bourses d’excellence 2003-2004, 37 poursuivent des études dans des disciplines enseignées au Sénégal. Quel gâchis !
AMICALES BOURSIERES
Mais, il y en a encore plus lorsque les autorités se permettent d’octroyer des bourses indûment à des amicales des facultés. Ce qu’il ne fallait pas faire et c’est ce que la Cour considère comme une « immixtion » de ces amicales qui jouent toujours la carte de la pression. Chaque amicale de faculté dispose d’une cinquantaine de bourses sociales qu’elle utilise à sa guise. Ces bourses sont « en partie à l’origine des violences récurrentes à l’université lors du renouvellement des bureaux des amicales », constate la Cour des comptes. Elle ne savait pas d’ailleurs si bien dire puisque les étudiants qui ont séquestré le Recteur de l’Université Chiekh Anta Diop de Dakar et saccagé les locaux, le 9 juillet dernier, à quelques heures seulement de la publication du rapport, ne réclamaient ni plus ni moins que la reconstitution des amicales, véritables vaches à lait. Sans compter la politisation à outrance de ces mêmes amicales « coloriées » en jaune, bleu, vert aux couleurs politiques. Mais, non seulement, la distribution ne respecte pas les règles édictées, mais le budget alloué à cette direction « ne parvient jamais à couvrir ses charges ». Par conséquent, poursuit le rapport, on s’adonne à un « recours fréquent, et en toute irrégularité, à des avances de trésorerie à régulariser à hauteur de 3 milliards 700 millions en 2001 », comme c’est le cas en 2001.
La Cour des comptes a noté que des attestations de bourses ont été « délivrées à des étudiants non boursiers ». Pour la juridiction, la Direction des bourses doit s’atteler à ce que les attestations de bourse ne soient établies qu’au bénéfice d’étudiants bousiers « fiables et authentiques ».
CUMUL DE SALAIRES ET DE BOURSES
La coupe est débordante lorsque des enseignants sont en même temps boursiers. C’est un des lots découverts par la Cour et qui sont, de son avis, « loin d’être des cas isolés ». Malgré tout, la Direction des bourses qui l’a, elle-même découvert, n’a pas pris les « mesures nécessaires » pour le remboursement de ces rémunérations « indûment perçues ». Et dans ses recommandations, la Cour des comptes souhaiterait que le ministre délégué chargé du budget prenne les dispositions « nécessaires pour le remboursement des sommes indûment perçues à titre de bourses par des agents identifiés du Ministère de l’Education », en l’occurrence, ici, des vacataires et volontaires. Dans ses réponses aux auditeurs, le Directeur des bourses, Ousseynou Goumbala, indique, après aveu, que les vacataires ou volontaires « ne bénéficient plus de bourse car ils sont déjà attributaires de la bourse de vacation ».
PIECES JUSTIFICATIVES INVISIBLES
La gestion financière de la Direction des bourses se résume également à un « défaut de pièces justificatives ». Si le régisseur de la caisse à la période sous revue, Mbaye Ndiaye argue « l’exiguïté du bureau » la Cour, après avoir « pris acte », ne trouve pas l’argument « suffisant » et rappelle la règle de conservation des pièces d’archives. Il faut rappeler qu’il y a quelques semaines, le chef de l’Etat, alors que l’université chauffait à coup de pierres et de grenades lacrymogènes, avait demandé à fouiller la Direction des bourses pour comprendre pourquoi le retard du paiement des allocations. Il avait demandé, lors du conseil des ministres du 6 mais, l’audit de la structure.
Hamath KANE