Accueil du site > Actualités > Monde > Un conte de Fès !

EVASION
Un conte de Fès !

lundi 26 juillet 2010

La ville de Fès, capitale culturelle et berceau de la Tidjania, est une paisible et attrayante cité.

Fès, située à 300 km de Casablanca, est un miroir du temps qui passe. L’architecture de la Médina Fès est sublimée par sa vaste palette d’ornements : boiseries sculptées, bronzes ciselés, zelliges polychromes, moucharabiehs, colonnes et plâtres sculptés... et en fait une « ville musée » qui arrive à maintenir ses traditions (université, artisanat, petits métiers…) tout en devenant une cité moderne et très active. Cette ville, coincée entre les sommets des montagnes essaimant toute cette partie marocaine, est à la fois contrastée et étourdissante. Une cité singulière où s’entassent des siècles d’histoire de la civilisation tidiane. Berceau de l’ex-empire chérifien, la ville de Fès, qui a fêté en 2008 ses 1200 ans d’existence, est structurée par une multitude de passages, d’escaliers, de courettes et de ruelles percées d’échoppes anarchiques.

« Baalek ! Baalek ! » Lancé à pleine voix dans les souks par les muletiers, ce cri d’alarme (« Attention ! ») se mêle au fracas métallique des forges, au vrombissement des mobylettes, aux appels à la prière, aux litanies monocordes des écoles coraniques et aux salutations presque systématiques des Sénégalais en quête de compatriotes « puant » la chaleur du pays. En cette matinée du dimanche, le soleil est un fidèle allié. Il darde ses impitoyables rayons sur les processions de têtes convergeant vers le centre ville. C’est la symphonie ordinaire de la Médina de Fès, ce dédale médiéval aux parfums enivrants d’épices, roses séchées, menthe et coriandre, cèdre et vernis des ébénistes. Ici, les délicieux effluves des pâtisseries, des dattes et du pain frais cuisant dans les fours collectifs ; ailleurs, l’odeur puissante du cuir, insoutenable dans les cours où triment les teinturiers et les tanneurs. Ces besogneux de la terre plongés jusqu`à mi-cuisses dans les cuves où macèrent les peaux aux nuances éclatantes.

Un peu partout, les jeunes mendiants s’accrochent à vos boubous, d’autres vous hèlent : « Venez acheter des dattes ». « Le Mausolée de Cheikh Tidiane est de l’autre côté », indique-t-on. Il faut escalader de petits escaliers, passer à l’intérieur de courettes et de ruelles percées d’échoppes pour arpenter la rue menant à la destination providentielle d’une ville contrastée, étourdissante qui conserve les vestiges de la beauté de son histoire médiévale. Avec, au centre, le mausolée du fondateur de la Tidjania, lieu emblématique et historique, à la fois université, bibliothèque et mosquée. « C’est ici le Mausolée du vénéré homme. Entrez s’il vous plaît », demande Idriss un guide tout déférent.

Il est déjà 14h dans la cité religieuse plongée dans son ambiance commerçante devant même les portes du lieu qui le berceau de la Tidjania. La visite permet de communier avec le mystère symbolisé par cette mosquée où la beauté est mise en hauteur par les toits verts d’une mosquée modeste qui est bâtie sur des centaines d’année de civilisation musulmane. Cette capitale spirituelle et culturelle contraste avec les extravagances immobilières et l’hédonisme bling-bling des autres villes marocaines surmontées d’immeubles de tout acabit. Le confort est sommaire. « C’est une maison de Dieu », sourit de façon un peu condescendante Idriss. Mais, les pèlerins sont suffisamment enchantés d’observer la beauté sommaire de ce lieu inondé de mosaïques, avec ces plafonds peints d’arabesques et de fleurs aux couleurs raffinées.

L’ensemble est d’une délicatesse exquise. C’est au milieu de la mosquée qu’est creusé le tombeau de Cheikh Ahmed Tidiane Chérif exerçant une fascination absolue sur les pèlerins. Le tombeau du Saint homme est d’une blancheur immaculée. Il est rectangulaire et prend les contours d’un édifice avec différents paliers qui se succèdent et s’offrent à la vue du visiteur. Les fidèles, ne tombent pas en transes, mais sont submergés par des flots d’émotion continue surtout que la plupart découvre pour la première fois cette Zawiya. Visage barbu, grand boubou blanc, sourire franc, l’actuel Khalife souhaite la bienvenue aux Sénégalais « Vous faîtes partie des privilégiés de Dieu parce que ce n’est pas tout le monde qui vient à Fès. Il y a des riches qui ne viendront jamais dans cette ville. Vous êtes bénis », prédit l’arrière petit fils du fondateur de la Tidjania. C’est la ruée vers le tombeau de l’illustre homme où s’agglutinent les pèlerins. Les prières se multiplient dans une forte exaltation et dans un calme absolu où ne montent vers le ciel que les murmures des oraisons psalmodiées de façon intense par ces Tidianes à la recherche de la bénédiction divine.

Evidemment, la réputation de la résidence du Cheikh est subordonnée à cette céleste borne fontaine où s’hydratait le Saint homme. Aujourd’hui, les fidèles perpétuent la tradition en buvant et en s’aspergeant de cette eau « bénite » puisée dans ce puits multiséculaire. En cette après-midi fortement ensoleillée, l’eau de la borne fontaine est curieusement très fraîche « ça été toujours ainsi » depuis que le Saint Homme fonda sa résidence dans cette oued. « L’eau se répandait partout dans la ville. C’est après que nous avons construit la borne fontaine pour mieux gérer cette eau bénite », explique le guide. Les hommes et les femmes pompent l’eau qu’ils mettent dans les bidons « pour faire profiter les bienfaits de cette eau » aux parents. La force de la foi. Douze siècles d’histoire ont laissé d’autres témoignages et fresques architecturales comme le gigantesque ancien Palais du roi de Maroc transformé dont les issues sont érigées en échangeur pour fluidifier la circulation dans le centre ville. La ville sainte garde de beaux restes d’urbanisme et d’architectures coloniales et offre des cafés en terrasse, restaurants chics et même bars branchés.

Après avoir rayonné sur tout l’empire arabo-musulman, la ville s’était enfoncée dans l’abandon et l’oubli, « mais elle est en train d’être réfectionnée et se modernise ». Délaissés par les grandes familles, ses palais tombés en désuétude sont peu à peu réhabilités et offrent une nouvelle splendeur à Fès. Des maisons d’hôtes et de Palais royaux permettent de plonger dans son atmosphère singulière faite de mosaïques et de plafonds sculptés.

Fès est un mythe, symbole de raffinement et de grandeur. Elle fascine et attire toutes les personnes en quête de connaissance et de spiritualité. Visage barbu, teint noir, Ibrahima Dramé est venu parachever ses connaissances islamiques dans ce berceau de la Tidjania. Une université musulmane réputée. « Je suis venu pour compléter une formation et nous sommes nombreux ici. C’est l’aboutissement de tout Tidiane de venir parfaire sa formation dans cette ville », estime M. Dramé. Dans les parvis du Mausolée, on les reconnait à travers leur grand boubou amidonné contrastant avec les Djellabas marocains. Fès représente plus qu`une escapade dépaysante : une exaltante expérience dans un patrimoine spirituel valorisé dont le raffinement et la modestie irriguent à perpétuité la conscience Tidiane.

Bocar SAKHO


  Dans la même Rubrique :
Si proche, si loin de Thémis
Mamadou Tandja invoque la clémence de la Junte
Un conte de Fès !
Images et cris d’une expulsion ordinaire vers Dakar
l’histoire tumultueuse d’un pays

Réagir à cet article

modération à priori

Ce forum est modéré à priori : votre contribution n'apparaîtra qu'après avoir été validée par un administrateur du site.

Un message, un commentaire ?

(Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.)

Lien hypertexte (optionnel)

(Si votre message se réfère à un article publié sur le Web, ou à une page fournissant plus d'informations, vous pouvez indiquer ci-après le titre de la page et son adresse.)

Qui êtes-vous ? (optionnel)





publicité