Entre franchir les portes de l’université et être soumis au programme spécial « Bac moins » du chef de líEtat, les candidats au baccalauréat qui se déroule depuis le 1er juillet dernier doivent bien avoir des soucis avec leurs copies. Mais au-delà et au regard des nombreux recalés au Bfem et en Licence, faudrait-il aussi un programme pour eux ?
L’idée du chef de l’Etat, Abdoulaye Wade, consistant à recycler les malheureux candidats au baccalauréat semble nouvelle. Pourtant, les premiers signes de clémence avaient déjà été déclinés par le ministre de l’Enseignement préscolaire, Elémentaire, Moyen-secondaire et des Langues nationales, Kalidou Diallo, le 21 juillet 2009. Interrogé en marge d’une conférence de presse qu’il animait dans les locaux de son département, il avait laissé entendre, impuissant et contraint par les résultats « catastrophiques » (30%) au Bac, qu’il n’était pas exclu, concernant les recalés de la classe de 3ème, de rendre le Brevet de fin d’études moyennes (Bfem) « facultatif ». Il n’avait pas, alors, manqué d’arguments partagés d’ailleurs par certains inspecteurs d’académie. Pour lui, le diplôme constitue un « handicap » pour passer en classe de seconde. Mais surtout, poursuivait Kalidou Diallo, parce que le Bfem n’est qu’un besoin professionnel et non une « condition pour aller en seconde ». Du reste comme ne l’est, non plus, « le certificat pour aller en classe de sixième ». Finalement, le Certificat de fin díétudes élémentaires (Cfee) ne va pas disparaître mais l’entrée en 6ème sera, quant à elle, supprimée, comme l’a annoncé le ministre en marge des examens en juin dernier.
Il est vrai que depuis 2005, suite à des résultats régulièrement en chute, le gouvernement avait entrepris de changer le mode de passage en fixant la barre à une moyenne de 10/20 seulement pour passer en seconde, là où seul le « Tableau d’honneur », 12/20, en était le quitus. Toutes ces mesures de « souplesse » en faveur des candidats avaient pour but de donner la chance aux « recalés » de ne pas accuser du retard dans leur cursus et de foncer droit vers le baccalauréat. Mais voilà que les postulants à ce premier diplôme universitaire se heurtent, à leur tour, à cette obstruction à leur admission. Pour cette raison, le programme spécial « Bac moins » du président de la République est bien une machine à « recycler » cette frange laissée en rade par le système éducatif.
QUID DES « BAC PLUS » NON ORIENTES ?
Le « Bfem moins » est déjà là pour permettre aux « ajournés » et aux exclus de bifurquer par un chemin qui n’était originellement pas le leur. Il n’y a pas d’autre choix ! Pour Kalidou Diallo, « le diplôme n’a qu’une valeur professionnelle alors que quelqu’un peut ne pas prendre l’option d’avoir le Bfem mais viser autre chose ». C’est justement pour les mêmes motivations de recyclage des recalés au bac que Me Wade a émis ce projet pour ceux qui n’arriveront jamais à sillonner les allées des universités à ras bord d’étudiants. Au motif évident de l’incapacité de l’Université Cheikh Anta Diop à accueillir de nouveaux bacheliers, surtout ceux les moins bien notés au baccalauréat. La politique de désengorgement et de « rejet » au nom du « culte de l’excellence » des admis a mis dans la rue des milliers de « Bac plus ». Leur faute, c’est de n’avoir pas obtenu, pour la plupart, le sésame dès le premier tour. Peu de chances pour les repêchés des épreuves du deuxième groupe condamnés à aller voir ailleurs. Toutes choses qui doivent inspirer le chef de l’Etat pour le lancement d’un programme qu’il dénommerait « Bac plus » ou « Licence moins » comme il l’envisage, aujourd’hui, pour les « Bac moins ».
EDUCATION ALTERNATIVE
Ce programme spécial « Bac moins », tel que libellé avec ses mesures d’accompagnement, donne à croire que les autorités sont tournées vers l’éducation alternative, ou non formelle ou encore de « la seconde chance ». Il s’agit bien d’offrir une seconde chance à ceux qui ont échoué au bac et dont le Président Wade espère le rattrapage par l’emploi et la formation attendus du Programme d’alphabétisation et d’apprentissage de métiers (Palam). Une nouvelle direction qu’il a lancée et qui devrait « mettre en oeuvre des formations adaptées avec l’usage des Technologies de l’Information et de la communication ». Il faut réduire, à défaut d’éviter « la déperdition scolaire » de ces milliers d’élèves qui ne peuvent même pas, dans leur plus grand nombre, rêver d’une formation payante ! Pour les 72 000 candidats recensés par l’Office du Bac, leur avenir dépend de leur excellence.
Hamath KANE