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DRAME AU PARC NATIONAL DES ILES DE LA MADELEINE
Impossible cohabitation

dimanche 25 juillet 2010

Le décès de Moustapha Sarr est malheureusement l’aboutissement d’une cohabitation heurtée entre les gardes des parcs nationaux et les populations qui pensent souvent qu’elles doivent avoir un accès libre aux ressources. Ça tourne souvent au vinaigre !

La mort du jeune pêcheur Moustapha Sarr continue de mettre le Sénégal en émoi. Il a été mortellement atteint, le 5 juillet dernier, d’une balle tirée par un agent du Parc national des Îles de la Madeleine (Pnim), alors qu’il est venu cueillir des fruits de mer dans la « zone dite interdite » de ce sanctuaire situé à 4 km au large de Dakar. Une folle journée s’en est suivie. Des centaines de jeunes pêcheurs artisans ont transformé les rues de la Gueule Tapée en champ de bataille pour déverser leur bile.

Des images qui ont fait la une de tous les médias nationaux. Mais au-delà de l’émotion circonstancielle que cet évènement a provoquée, il remet sur la table l’épineuse question de la cohabitation entre Administration des parcs et populations riveraines. Une cohabitation souvent douloureuse, parfois payée au prix de vies humaines et dont les raisons profondes sont à trouver dans les modes de création de ces aires protégées et le manque de préparation de certains agents sur le terrain.

« Ce n’est pas la première fois qu’un tel incident arrive entre les agents du parc et nous », expliquera aux journalistes, un ami de Moustapha Sarr qui était présent sur les lieux de l’accident. Loin d’être un cas isolé, le drame de Soumbédioune est à mettre dans un contexte de rapports conflictuels permanents entre les pêcheurs riverains du Pnim et les responsables en charge de sa gestion. Des rapports aux origines lointaines. Comment ?

Certaines populations n’ont en effet jamais digéré l’érection, en janvier 1976, de ces îles d’environ 45 hectares de superficie en parc national. Elles les ont toujours considérées comme un haut lieu de leurs activités socio-économiques et culturelles. Des privilèges que ces populations lébous ont vu disparaître, au fur du temps, au profit d’une administration souvent trop jalouse de ses prérogatives. Une relation conflictuelle qui sera exacerbée par la récente délocalisation du poste de Commandement du parc suite au projet d’extension de l’hôtel le Terrou Bi. Cette décision a davantage envenimé les relations entre ces deux acteurs qui se sont toujours regardés en chien de faïence.

Aujourd’hui, des initiatives visant à impliquer les populations dans la gestion des parcs sont en cours. C’est le cas notamment de la création du corps des écogardes. Ces jeunes habitants dans les villages périphériques aux parcs interviennent, aux côtés des agents assermentés, dans les activités de sensibilisation et de surveillance. Mais force est de constater que malgré une légère amélioration des situations de conflits, les résultats escomptés sont loin d’être atteints.

UN CORPS AU CENTRE DES PREOCCUPATIONS

Face aux exigences des nouvelles formes de gestion des parcs, le corps des Agents des parcs est en profonde mutation. La gestion concertée impose de nouveaux types de démarches et d’attitudes que certains fonctionnaires ont du mal à assimiler. Toujours barricadés dans leur tour d’ivoire, ils continuent d’adopter une posture de donneurs de leçon ou d’administrateurs coloniaux. Pas étonnant que de Niokolo koba à Djoudj en passant par le delta du Saloum, les conflits avec les populations soient monnaie courante. Une situation aggravée par la raréfaction des ressources naturelles, la pauvreté des populations riveraines et très souvent par le manque d’effectifs et de préparation de certains agents.

Au sujet de ce dernier aspect, l’aveu du conservateur du Pnim est de taille. Réagissant dans les colonnes du journal Le Soleil, le capitaine Abdou Salam Kane affirme que « la balle qui a coûté la vie à un plongeur avait pour cible le moteur de la barque des plongeurs située à quelques mètres de celui des agents et écogardes ». Comment un soldat bien préparé peut-il viser avec une arme à feu le moteur d’une pirogue située à quelques mètres de ses propres agents ? « En le faisant non seulement il met en danger la vie du conducteur mais aussi celle de ses propres hommes. La balle peut ricocher et atteindre n’importe qui ou provoquer une explosion », informe un spécialiste. Pis, selon toujours le conservateur : « la trajectoire de balle aurait été déviée sous l’effet des vagues dans cette zone houleuse ». Preuve qu’il y a encore des efforts à faire en matière de préparation et de formation de ces agents.

REACTION DE SOULEYMANE NDENE NDIAYE
Une ineptie !

En déplacement chez la famille de Moustapha Sarr pour présenter les condoléances du président de la République, le Premier ministre, Souleymane Ndéné Ndiaye, a lâché la phrase de trop. « (…), je suis sûr que le chef de l’Etat ne sait même pas que les agents des Eaux et Forêts sont armés », a-t-il affirmé. Réelle conviction ou simple opération de charme ? En tout cas cette phrase est assez révélatrice de l’amateurisme de nos dirigeants. Faut-il rappeler à Monsieur le Premier ministre que les agents des parcs (et non des Eaux et forêts comme il le dit) sont au même titre que les Douaniers ou les Policiers assermentés dans le cadre de leur mission. Ces derniers sont tenus de faire respecter la loi dans les parcs et réserves parfois au prix de leur vie. Combien d’agents ont à cet effet perdu la vie dans l’exercice de leur fonction, abattus par des braconniers véreux ? Parfait Mané, Charles Sène… sont tous tombés sur le champ de bataille.

Allez demander aux oubliés du Parc national du Niokolo koba de se désarmer, vous risquerez de créer une mutinerie. Que la mort du jeune pêcheur, déplorés et condamnés par tous ne soit pas une raison pour jeter le discrédit sur un corps aussi courageux et valeureux que les Gardes des parcs nationaux. C’est pendant les moments difficiles qu’on a le plus besoin de ses amis. La solution à ce problème nécessite une analyse plus profonde et des actes courageux.

Ahmed DIAME


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1 Message

  • Impossible cohabitation

    27 juillet 2010 15:35, par Diéry Hop
    J’aime ce type d’article qui me rappelle ce qu’on apprenait en 3e pour disserter : Thése , antithése , synthése. Je pense qu’il n’ya rien à ajouter. Les bonnes remarques sont faites, le vrai débat est posé.

    Répondre à ce message


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