Le quartier de la Gueule Tapée a vécu une semaine tragique avec le meurtre d’un jeune pêcheur. Soumbédioune est aujourd’hui dans tous ses états.
Soumbédioune outragée ! Soumbédioune brimée ! Soumbédioune martyrisée ! Au finish, Soumbédioune s’est rebellée pour faire face à la folie des armes des agents du parc de la Madeleine. La révolte a grondé et la résistance s’est organisée à coups de pierres pour faire face aux grenades lacrymogènes des flics. Soumbédioune était « sang dessus, sang dessous » après le meurtre de son fils. Pneus et pirogues brûlés, vitrines et poste de commandement du parc saccagés, parpaings jonchant le sol, routes barrées, la Corniche ouest avait la semaine dernière les allures de champ de bataille et d’intifada.
Le scénario est tragique : la balle d’un agent des parcs aurait atteint en pleine poitrine un jeune pêcheur. Le drame est survenu après la confiscation du matériel, servant à la récolte d’oursins, de Moustapha Sarr et de ses amis dans la « zone interdite » du parc de l’îlot Sarpant. Un meurtre qui a mis les populations dans tous leurs états. Leur furie n’a rien épargné. Ambulance du Groupement national des sapeurs pompiers caillassée, pirogue de surveillance des gardes forestiers brûlée, la violence des habitants de la Gueule tapée n’a pas pu être maitrisée malgré l’intervention musclée des forces de l’ordre pour lever les barrages installés par les populations pour manifester leur colère. Les courses poursuites dans les ruelles de la Gueule Tapée, quartier quadrillé par les policiers qui voulaient mater les effrontés pêcheurs pressés de venger la mort de Moustapha Sarr âgé seulement de 22 ans, ont accentué la psychose et exacerbé la tension. Il a entraîné des dizaines de blessés et plusieurs arrestations. Une journée ubuesque et dramatique. Le quartier s’est embrasé avant d’être le cadre funeste du ballet des autorités dans un climat délétère et tendu. Affreux !
Un an après les évènements tragiques de Kédougou, la répression des émeutes de la faim, la profanation de la Grande mosquée de Dakar et de l’Eglise Notre dame, le film de Soumbédioune révèle les dessous d’une spécialité bien sénégalaise : l’épineux maintien de l’ordre. Les journées d’affrontement montrent les limites des Forces de l’ordre sans que les hautes sphères de la sécurité de notre pays ne craignent un embrasement général. Pourtant, les crises sociales débordent souvent en désordre généralisé et deviennent des crises de régime.
Pourtant, la stratégie du maintien de l’ordre est un art politique surtout dans des moments fortement tendus comme le lundi macabre de Soumbédioune. De toute façon, les larmes vont couler éternellement même après la condamnation du coupable. Car Moustapha Sarr a laissé derrière lui une jeune femme martyrisée et anéantie. Le reste est juste de la fioriture.
Bocar SAKHO