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GESTION DES DECHETS BIOMEDICAUX
C’est toujours le tout à la poubelle

mardi 20 juillet 2010

Absence de dispositif approprié, conditionnement dans les mêmes poubelles que les déchets ordinaires, manque d’information et de formation des agents…La gestion des déchets biomédicaux, qui constituent 15% des déchets à l’hôpital, pose d’énormes problèmes aux structures sanitaires et constitue des risques réels pour la santé des malades et du personnel médical, ainsi que pour l’environnement.

Hôpital Abass Ndao, il est 10 heures en ce début du mois de juin. Alors que le soleil de la matinée peine à dissiper les quelques nuages dans le ciel, l’ambiance est plutôt chaleureuse mais calme. On est mardi mais on se croirait un dimanche tant l’endroit est tranquille. Sauf que le silence est quelque peu brisé par les cris de charognards qui se disputent les déchets de toutes sortes déversés à l’aile gauche de la structure.

De cet espace d’où émane une odeur nauséabonde, se trouve la « plateforme » : un dépotoir à ciel ouvert. C’est là où se retrouvent tous les déchets de l’hôpital, mêlés et jetés à même le sol : objets piquants et tranchants (lame de bistouri, seringues) ; pansements ; perfuseurs ; déchets domestiques, chimiques et anatomiques (placenta) … Tout est mélangé dans un total irrespect des normes de traitement. Quelques tas brûlés laissent encore échapper des nuées sombres de fumée se mêlant à la forte odeur comme pour empester davantage l’atmosphère.

Alors qu’à quelques encablures, jouxtent la cuisine, la crèche et le service d’ophtalmologie. Certaines vérandas sont assiégées par des groupes de visiteurs et de malades à la recherche d’air pur et de fraîcheur. Une cohabitation avec la saleté qui peut aller au-delà de plusieurs jours en attendant le passage des camions de ramassage. Ces ordures ont fini de s’adapter au décor quotidien de l’hôpital, et semblent ne plus déranger personne. Pis, au lieu d’être séparées à défaut d’incinération ou d’enfouissement, elles sont tout juste acheminées vers Mbeubeuss où les « récupérateurs » en hériteront pour en remettre certains sur les étals des marchés après recyclage. Ceci, en parfaite méconnaissance des risques potentiels. Une véritable chaine d’insécurité à l’origine de nombre d’infections. Ces déchets d’hôpitaux, plus connus sous le nom de déchets biomédicaux sont issus des activités de prévention, de diagnostic, de suivi, de traitement préventif, curatif dans le domaine de la médecine humaine, vétérinaire ou des activités de recherche. Ils sont souvent toxiques et contiennent des matières infectieuses et dangereuses. Leur manipulation, leur transport avec des déchets généraux, leur dépôt sur des terrains en plein air, posent ainsi de sérieux problèmes environnementaux et peut causer de graves dangers pour la santé. « Chaque matin on achemine les poubelles vers la plateforme qui, malheureusement, ne remplit pas les conditions parce qu’étant à ciel ouvert. On a un système de tri des déchets avec des poubelles de couleurs différentes pour séparer les déchets suivant leur nature mais ça ne se fait pas correctement. On mélange tout et c’est un problème », peste Michel Bakhoum responsable du service d’Hygiène de l’hôpital qui renseigne qu’aucune action ne semble entreprise pour remédier à cette situation désobligeante.

« On avait adressé une correspondance au directeur de l’hôpital depuis 2004, pour que les déchets anatomiques soient traités directement au niveau de Le Dantec où il y a un incinérateur mais jusqu’ici ce n’est pas fait et on est obligé d’acheminer tout vers Mbeubeuss. Ce qui constitue un danger réel, encore que durant la saison des pluies, il se dégage une forte odeur et cela fait un an que l’on n’a plus reçu de produits de désinfection ni de désinsectisation », peste t-il. Pourtant, cet hôpital bien que dans une mauvaise passe, n’en reflète pas moins la situation catastrophique des structures hospitalières publiques du pays. Hormis l’hôpital Principal de Dakar (Hpd), aucune autre structure n’est dans les dispositions optimales pour gérer de manière appropriée ses déchets. Pré-collecte, collecte, tri, conditionnement, stockage jusqu’au traitement proprement dit ; aucune de ces phases n’est respectée dans les structures sanitaires publiques dont la majorité ne dispose pas d’incinérateurs. Avec pour conséquence le développement des maladies nosocomiales qui touche entre 5 et 6% des malades hospitalisés. Pourtant, le Code de l’environnement stipule à son article L 30 que : « les déchets doivent être éliminés ou recyclés de manière écologiquement rationnelle afin de supprimer ou de réduire leurs effets nocifs sur la santé de l’homme, sur les ressources naturelles, la faune et la flore ou la qualité de l’environnement. Les dispositions du présent chapitre s’appliquent à toutes les catégories de déchets, y compris les déchets biomédicaux ».

Au Centre hospitalier national (CHN) de Fann, « le principe de la gestion des déchets biomédicaux est là mais il reste beaucoup à faire ». Car avec l’extension de l’hôpital et la création de nouveaux services, le développement des capacités incinératrices et de traitement demeure une nécessité. Encore que les rejets du seul incinérateur dont dispose l’établissement de santé constituent un facteur de pollution de l’environnement et un risque sanitaire grave pour les malades et agents.

Pourtant, la situation semble préoccuper les autorités sanitaires du Sénégal qui ont mis en place un Programme national de lutte contre les infections nosocomiales (Pronalin) depuis 2004. Avec comme grands axes : l’information, la sensibilisation, la formation des personnels et la mise à disposition d’équipements entre autres, ce programme a pour objectif d’instaurer un cadre institutionnel très fort en impliquant les directions des hôpitaux. « Certains hôpitaux n’ont même pas d’incinérateurs ou alors ils sont souvent mal utilisés parce qu’on met tout ensemble. Les risques sont la production de métaux lourds, dioxine, substances qui ne sont pas biodégradables et qui peuvent provoquer beaucoup de maladies alors que ces infections coûtent chères. Le prix de revient d’un traitement pour une personne atteinte de ces germes souvent multi résistantes, peut facilement avoisiner les 500 mille francs CFA », renseigne le Colonel Babacar Ndoye, médecin biologiste responsable du Pronalin. Une préoccupation qui justifie largement les formations effectuées dans le cadre de ce programme entre 2005 et 2007 pour 3500 agents de différents hôpitaux sénégalais.

Mais l’absence de statistiques fiables pour les maladies nosocomiales rend difficile la mission du Pronalin. « En 2007 et 2008 il y a eu des enquêtes de prévalence qui ont montré que 5 à 6% des patients hospitalisés ont des maladies nosocomiales. Mais la méthode utilisée lors de ces enquêtes n’est pas la meilleure et il n’y a pas d’enquêtes d’incidence pour avoir une surveillance régulière surtout que les comités de lutte contre les infections nosocomiales ne sont pas encore très fonctionnels », explique t-il. Toutefois les bonnes initiatives pour une meilleure gestion des déchets et une réduction drastique des infections nosocomiales, dont 80% des cas sont liés à la transmission des germes par le soignant, semblent se multiplier à l’instar de la nouvelle unité de production de solution hydro alcoolique et du projet de gestion des dioxines et du mercure (Progedime).

DES REPONSES A L’ETAT EMBRYONNAIRE

L’observance de la désinfection des mains reste pour l’instant la première forme de lutte contre les infections nosocomiales. Ainsi pour faire face aux risques de contraction de plus en plus accrus de maladies nosocomiales, des initiatives sont en train de voir le jour dans certaines structures de santé publique. Le CHN de Fann, unité pilote du programme national sur l’hygiène des mains, a étrenné son unité de production de solution hydro alcoolique, le fruit d’une collaboration avec l’Oms sur un programme de sécurité des patients face aux maladies nosocomiales. Cette unité de production de solution hydro alcoolique destinée à l’hygiène des mains du personnel soignant de l’hôpital est nichée au premier niveau du bâtiment qui abrite la pharmacie centrale de l’établissement sanitaire. « 80% des germes sont transmis par le soignant aux patients donc si rompt cette chaine avec l’utilisation de la solution par le personnel médical on réduit de manière très importante la prévalence des infections nosocomiales », explique le Dr Djiby Faye, pharmacien au CHN de Fann. Il justifie ainsi l’exclusivité de l’utilisation de cette solution aux soignants principaux vecteurs des germes.

Dans ces modestes locaux aux murs d’une blancheur immaculée, les techniciens s’attèlent à mettre en place le sommaire matériel destiné à produire une solution antiseptique pour la friction des mains. Sur la paillasse de la salle de préparation magistrale et de reconditionnement, sont disposés éprouvettes, mélangeur, distilleur. Un mini laboratoire de contrôle chimique de la qualité de la solution permet de s’assurer de la qualité du produit. « Le produit répond aux normes de fabrication des médicaments », assure le Dr Faye qui explique l’efficacité de la solution, dont la formule est fournie par l’Oms, par sa composante principale, le peroxyde d’hydrogène « qui détruit les types de germes les plus résistants : spores. »

Avec une capacité de production initiale de 45 à 50 litres par semaine les besoins des 250 soignants du CHN sont largement dépassés. Aussi l’hôpital envisage-t-il d’accroitre sa production pour procéder à la cession du produit aux autres structures sanitaires du pays. Un souhait qui cependant ne pourra se réaliser que si le matériel de l’unité est renforcé, indique-t-on. Sinon l’alternative sera de former le personnel soignant des autres structures nationales aux techniques de préparation de ce liquide anti infectieux. Un programme qui a de quoi satisfaire car il y va de la réduction des maladies nosocomiales.

DES SOLUTIONS PROPRES

Dans le même sillage, l’Hôpital général de Grand Yoff, le Centre de Santé Youssou Mbargane de Rufisque et le poste de santé de Sangalkam, bénéficieront, dans le cadre du Progedime, d’unités de traitement non incinératrices des déchets biomédicaux. Une initiative qui met fin à l’ère des incinérations, du brûlage à ciel ouvert et autres enfouissements laissant la place aux technologies propres en vue d’une bonne gestion des déchets bio médicaux. La formule a été lancée dans ces trois structures sanitaires grâce au Fonds mondial pour l’environnement qui a choisi le Sénégal comme pays pilote pour l’Afrique. En conséquence ce projet devra servir de démonstration et de promotion des meilleures techniques et pratiques pour la gestion des déchets biomédicaux avec l’objectif de minimiser ou d’éliminer les rejets de dioxines et de mercure dans l’environnement.

Et ce, par un procédé assez efficace et sans impact environnemental consistant à stériliser, broyer et rendre banals les déchets biomédicaux. Car certains métaux lourds comme le mercure peuvent contaminer les personnes à travers les voies naturelles (nez, bouche, yeux et peau). Quant à l’incinération, elle pollue l’atmosphère par l’émission de dioxine et furanes (substances cancérogènes). « Notre objectif est de montrer comment utiliser des technologies autres que les incinérateurs. La seule solution et d’éliminer tout le matériel contenant du mercure dans les hôpitaux (thermomètre par exemple) en le remplaçant par du matériel électronique avant de les envoyer dans les pays développés pour destruction. Il faut qu’on s’adapte aux technologies qui génèrent moins de danger et de pollution pour tout le monde. On rentre dans les structures pour y être soigné mais il y a beaucoup de chances d’en ressortir infecté », précise M. Ousmane Sow, ingénieur chimiste coordonateur du Progedime.

Avec un financement de 798 mille dollars du fonds pour l’environnement mondial et de 800 mille dollars provenant du Sénégal en contrepartie, le projet a démarré depuis août 2009 et s’étend sur deux ans et demi. Il constitue ainsi un moyen important pour le Sénégal de parvenir à une meilleure gestion des déchets biomédicaux. Mais pour instaurer cette révolution et inculquer cette culture, le projet s’appuie sur la formation et le renforcement de capacités afin de convaincre l’ensemble du personnel soignant de changer ses habitudes. « Au sein des hôpitaux, le manque de formation du personnel sur la gestion des déchets est très significatif, et cela expose tous les acteurs internes et externes à des risques d’infection. Même les utilisateurs ne savent pas que la plupart de leur matériel tels que le thermomètre, le tensiomètre et d’autres produits chimiques qu’ils utilisent contiennent du mercure », précise M. Sow.

En revanche rien n’est encore prévu pour les déchets liquides qui représentent un volet plus complexe et qui demandent plus de moyens pour un traitement chimique ou mécanique avec des stations d’épuration dont la réalisation reste encore très coûteuse même pour les pays développés.

Papa Adama TOURE et Mamby DIOUF


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