Finalement, c’est l’opposant Jean Marie Doré qui est désigné pour conduire le gouvernement de transition en Guinée. Le temps d’organiser des élections dans six mois, selon le Général Sékouba Konaté.
La tutelle guinéenne est toujours militaire. La nomination de Jean-Marie Doré au poste de Premier ministre pour la période de transition sonne pour certains comme un retour en filigrane d’une République. Doré, ce septuagénaire originaire de la Guinée forestière, la même région que le bouillant Dadis Camara, « refroidi » par une balle de son ancien aide de camp, Tumba Diakité, le 3 décembre 2009. La silhouette svelte, le visage en plis, le regard presque forcé, Doré devra se familiariser avec la troupe de son Général, Sékouba Konaté, intérimaire de Dadis. Issu des Forces vives, coalition des partis de l’opposition et des organisations de la société civile, le nouveau chef du gouvernement, choisi par le « sacré » accord du 15 janvier aura la tâche de doser son équipe, sans doute, avec ses ci-devant camarades et peut-être certains sortants du gouvernement de Kabine Komara.
La Guinée est à la recherche d’une nouvelle image qui lui manquait d’ailleurs depuis son indépendance- de Sékou Touré à Dadis Camara en passant par Lansana Conté- pour avoir la confiance des bailleurs de fonds et de la communauté internationale. La répression meurtrière du 28 septembre 2009 qui a fait plus de 150 morts, selon l’Onu, a achevé une nation agonisante. Jean-Marie Doré, lui-même, leader de l’Union pour le progrès de la Guinée (Upg) a échappé belle à la loi des « bérets rouges » au stade du 28 septembre. Il raconte sa mésaventure avec deux éléments de la garde présidentielle qui le tenaient en respect : « Toi, on te cherche depuis longtemps ». Lorsque l’un d’entre eux a menacé de lui envoyer « deux balles dans la tête », l’autre pense plus ignoble : « Il faut l’égorger ». Il devient quand même leur chef pour six mois.
FIN DE CARRIERE ?
L’accord de Ouagadougou entre l’ancien président, son intérimaire et le médiateur de la crise guinéenne, Blaise Compaoré, stipule qu’aucun membre de la junte, du gouvernement au moment du triste évènement ou de l’équipe de transition ne participera à la Présidentielle prochaine. Autant dire que le nouveau Premier ministre, Jean-Marie Doré, met ainsi fin à sa carrière et à ses ambitions présidentielles en acceptant ce poste. Mais, non ! L’ex-porte parole des Forces vives, dans une interview avec Rfi le 21 janvier dernier a choisi le clair-obscur : « Aucun accord n’a été conclu à Ouagadougou. Donc, il me paraît un peu extraordinaire qu’on parle des accords de Ouagadougou. Toutefois, il y a des points dans ces projets du président du Burkina Faso qui peuvent inspirer des propositions de rapprochement entre les Forces vives et le Cndd ». Trahison prématurée ?
En tout cas, même pour le poste de vice-Premier ministre qui devait revenir à la secrétaire générale de la Confédération nationale des travailleurs de la Guinée (Cntg), Rabiatou Sérah Diallo, il n’en sait pas trop. Seul le Général Sékouba Konaté semble détenir l’essentiel du pouvoir là où la transition est censée apaiser les tensions. Jean-Marie Doré a été un adversaire du défunt Lansana Conté à la Présidentielle de 1993 et celle de 1998. Voici donc, un « opposant au pouvoir », un des rares leaders, excepté Alpha Condé, à n’avoir jamais été dans un quelconque gouvernement du prédécesseur de Dadis. Contrairement à Sidya Touré, Cellou Dalein Diallo ou encore François Loncény Fall, parmi les ténors de la vie politique.
La question des sanctions contre les membres de la junte ciblés par le rapport des Nations-Unies sera sûrement la dernière des priorités du gouvernement de transition. D’autant plus que depuis la signature de l’accord de Ouaga, elle est reléguée au second plan, comme l’a apparemment voulue la communauté internationale. Les pressions de la France et des Etats-Unis se sont tues depuis le départ de Dadis du camp Alpha Yaya Diallo. Et le coup de frein de la mission de la Cour pénale internationale (Cpi) qui devrait se rendre à Conakry, du 17 au 19 janvier pour enquêter sur la responsabilité présumée de la junte dans les « crimes contre l’humanité » le corroborent. Le ministre de la Justice guinéen, Siba Loholamou, a indiqué, que l’arrivée de la délégation de la Cpi est reportée du 16 au 19 février prochain. L’essentiel pour Jean Marie Doré et le Président Sékouba Konaté est de « relever la Guinée de ses ruines et de sa descente aux enfers » pour lui faire porter un nouveau blason.
Hamath KANE