L’organisation des droits de l’homme, Human rights watch (HRW) confirme les « crimes contre l’humanité » commis par la junte guinéenne, lors des événements du 28 septembre 2009. Dans son rapport intitulé "Un lundi sanglant", HRW épingle le capitaine Moussa Dadis Camara et cinq autres de ses proches dont son aide de camp Aboubacry Diakité dit Tumba, tous passibles de la Cour pénale internationale (CPI).
Les choses vont sûrement bouger dans les jours à venir en ce qui concerne les massacres du 28 septembre 2009 en Guinée. La dernière sortie de Tumba Diakité accusant le capitaine Moussa Dadis Camara d’avoir ordonné le déploiement des forces de l’ordre sur les manifestants de l’opposition ne lave aucunement l’aide camp qui a tiré sur son chef le 3 décembre dernier. Et, en vertu du Statut de Rome de la Cour pénale internationale compétente pour les crimes « (de) viol, (d’) esclavage sexuel, (de) prostitution forcée, (de) grossesse forcée, (de) stérilisation forcée ou toute autre forme de violence sexuelle de gravité comparable » parmi les crimes contre l’humanité potentiels, Human rigths watch (HRW) épingle la junte au pouvoir depuis le 23 décembre 2008, un an jour pour jour.
Si, pour l’organisation des droits de l’homme, la commission nationale d’enquête indépendante (CNEI) créée le 30 octobre 2009 par décret a réfuté certains faits pour n’avoir pas eu des témoignages sur des victimes des crimes cités, c’est parce que ledit décret « ne faisait nulle mention de la possibilité, ou non, de la commission de faire des recommandations sur l’obligation de rendre des comptes » et les représentants internationaux qui y ont participé n’avaient qu’un « rôle consultatif ».
En tout état de cause, « à la différence des crimes de guerre, les crimes contre l’humanité peuvent également être commis en temps de paix s’ils font partie d’une attaque généralisée ou systématique contre une population civile ». Le rapport de HRW, dans son chapitre Exigence de justice : identification des principaux auteurs des violences de septembre, après connaissance des aspects légaux, liste les « individus dont la responsabilité pénale doit être examinée ».
Moussa Dadis Camara
Un « faisceau de preuves » laisse pourtant penser que Dadis Camara a joué un « rôle central » dans le massacre du 28 septembre au stade et dans les événements qui ont suivi. Le coup de téléphone qu’il a passé le 28 septembre 2009 à 1h du matin au leader de l’opposition Sidya Touré, l’enjoignant à annuler la manifestation (Ndlr : ce qu’a confirmé Dadis lui-même), ainsi que les négociations avec les chefs de l’opposition jusqu’au début de la répression montrent que Dadis Camara détenait un « rôle essentiel » dans la réaction du Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD) au rassemblement du 28 septembre avant qu’elle n’ait lieu. (…) Il est « peu probable » qu’il (l’aide camp de Dadis, Aboubacry Tumba Diakité, Ndlr) aurait agi de la sorte et causé un tel massacre sans que son supérieur, Dadis Camara, l’ait su. Mieux, selon HRW, le président du CNDD n’a pu essayer de « faire échouer » les opérations ni montrer une volonté de « punir les crimes » commis par ses hommes.
Aboubacry Diakité alias Tumba
Diakité, qui, dans sa dernière interview avec RFI, a juré avoir empêché la torture des leaders de l’opposition. Certains d’entre eux ont confirmé, le lendemain, les allégations du fugitif du 3 décembre. Mais, Hrw a retenu dans son rapport accablant, que le lieutenant « a personnellement mené les Bérets rouges dans le stade, se trouvait avec eux lorsqu’ils ont tiré dans la foule des manifestants, a mené le groupe des Bérets rouges qui a battu et arrêté les leaders de l’opposition et a personnellement assisté au viol de nombreuses femmes au stade sans intervenir pour mettre fin aux violences ».
Marcel Kuvugi
Un deuxième officier des Bérets rouges, le second lieutenant Marcel Kuvugi, réputé pour servir régulièrement de chauffeur personnel à Dadis Camara a également joué un rôle dans le massacre, notamment lors de l’attaque des leaders de l’opposition au stade. (…) Lorsque les leaders politiques ont été emmenés à la clinique Ambroise Paré pour y recevoir les premiers soins, Kuvugi a exigé qu’ils soient plutôt emmenés directement au camp militaire et a menacé de les tuer et de leur envoyer une grenade s’ils sortaient de la voiture à la clinique.
Claude Pivi, dit Coplan
Des charges pèsent également sur le ministre de la sécurité présidentielle, le capitaine Claude Pivi, dit Coplan, commandant le plus haut gradé de la force des Bérets rouge, en charge de la sécurité présidentielle et « donc responsable des actes de la Garde présidentielle ». Les témoignages (étant) contradictoires sur la présence ou non de Pivi hors du stade le 28 septembre, il est « peu probable », en revanche, souligne HRW, qu’il n’ait joué aucun rôle dans les événements qui ont suivi, y compris les attaques sur les maisons des leaders politiques le soir du 28 septembre, lorsque lui et certains de ses proches Bérets rouges « ont été vus attaquer » le domicile du leader de l’opposition Cellou Dalein Diallo.
Moussa Tiégboro Camara
Les gendarmes personnellement commandés par Tiégboro « ont, au moins à deux reprises, usé de la force létale » contre les militants de l’opposition convergeant vers le stade, « causant la mort d’au moins trois manifestants non armés ». Plus tard, Tiégboro et les gendarmes de son unité sont entrés dans le stade avec des membres de la Garde présidentielle. Les gendarmes de son unité ont pris une « part active au massacre » et, dans une moindre mesure, aux « abus sexuels » qui ont suivi. Plusieurs témoins ont expliqué à Human Rights Watch qu’ils avaient vu le capitaine Tiégboro dans le stade.
Ansoumane Camara
Il commande la Compagnie mobile d’intervention et de sécurité (CMIS), une unité de la police. (…) Les véhicules blindés de la CMIS ont « lancé l’assaut en tirant des grenades lacrymogènes de leurs véhicules spécialement équipés » dans le stade puis ont « apparemment participé » à l’attaque du stade, bien que seulement quelques témoins interrogés par Human Rights Watch les aient accusés d’avoir participé aux atrocités.
Lagazette.sn